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Non coupable!

Blanchie par la Fédération internationale de canoë, Laurence Vincent Lapointe a été contaminée non intentionnellement par son ancien compagnon

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TROIS-RIVIÈRES | La Fédération internationale de canoë (FIC) a conclu que Laurence Vincent Lapointe disait la vérité et lève sa suspension provisoire, ce qui lui laisse la voie libre pour participer aux Jeux olympiques de Tokyo. La preuve scientifique l’a démontré : le ligandrol qui l’incriminait provenait de son ex-amoureux. 

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Accompagnée de son avocat, Me Adam Klevinas, la canoéiste Laurence Vincent Lapointe était souriante avant de s’adresser aux journalistes présents à sa conférence de presse, lundi.
Photo Chantal Poirier
Accompagnée de son avocat, Me Adam Klevinas, la canoéiste Laurence Vincent Lapointe était souriante avant de s’adresser aux journalistes présents à sa conférence de presse, lundi.

Accompagnée de ses parents et de son avocat Adam Klevinas, la canoéiste de 27 ans a commenté lundi avec soulagement, d’abord en matinée dans sa ville natale de Trois-Rivières, et plus tard à Montréal, cette décision qui lui avait été communiquée vendredi. Suspendue par la FIC depuis le 13 août, la multiple championne mondiale retrouve maintenant son statut de favorite à six mois des Jeux. 

Laurence Vincent-Lapointe commente la levée de sa suspension aux côtés de son avocat Adam Klevinas, lundi matin, à Trois-Rivières.
Photo Alain Bergeron
Laurence Vincent-Lapointe commente la levée de sa suspension aux côtés de son avocat Adam Klevinas, lundi matin, à Trois-Rivières.

L’ex passe aux aveux 

« Vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point je suis soulagée, à quel point ça fait du bien de mettre fin à ce périple et de pouvoir me concentrer sur ce que j’aime et retourner sur l’eau pour me préparer pour les Jeux », a exprimé Vincent Lapointe, qui file vers la Floride dès mardi afin de reprendre l’entraînement avec l’équipe canadienne. 

  

  • ÉCOUTEZ l'entrevue de Laurence Vincent-Lapointe avec Mario Dumont à QUB radio :    

Un tribunal de première instance de la FIC a donc adhéré à la thèse de la contamination qu’a défendue son avocat, le 9 décembre à Lausanne, où il a déposé l’ultime argument découvert durant le mois précédent, et ce, grâce à la collaboration d’un laboratoire médico-légal de Strasbourg. 

Après l’insistance du clan Vincent Lapointe, l’ex-conjoint de l’athlète avait proposé, à la fin d’octobre, de soumettre ses cheveux à une analyse, une technique qui permet de retracer l’historique des produits consommés, chaque centimètre représentant un mois de vie de la personne. 

Or, l’analyse de son échantillon capillaire, le 12 novembre, a révélé des traces de ligandrol consommé entre avril 2019 et octobre 2019. Par visioconférence, l’homme a finalement avoué au comité antidopage de la FIC avoir ingéré le 25 juillet du SR-9011, un produit qui favoriserait la croissance musculaire mais interdit de circulation au Canada et qui contenait à son insu du ligandrol, une substance prohibée par le Code mondial antidopage. Cette consommation coïncide au calendrier avec le test inopiné subi par Vincent Lapointe, le 29 juillet, et qui contenait une infime quantité de 4 picogrammes par millilitre attestée aujourd’hui qui lui a été transmise par fluides corporels. 

« Depuis le 13 août qu’on travaille sur ce dossier. Nous avons mené une enquête rigoureuse et en profondeur pour essayer de déterminer l’origine du ligandrol trouvé dans l’échantillon d’urine de Laurence », a expliqué l’avocat. 

Multiples démarches 

Aidés par les parents de l’athlète, qui disent avoir ressenti une « animosité » dans l’opinion publique, les défendeurs ont retourné de nombreuses pierres avant d’aboutir à cette trouvaille : analyse de tous les suppléments ingérés par elle et son ex-conjoint avant le test positif, examens de ses propres cheveux et de 17 produits (thé, épices, chocolats, etc.) par des laboratoires indépendants et accrédités par l’Agence mondiale antidopage (AMA), test polygraphique favorable subi le 2 octobre, etc. 

La canoéiste a pu compter sur l’appui inconditionnel de ses parents, Guy Lapointe et Nathalie Vincent, durant tout le processus de défense.
Photo Alain Bergeron
La canoéiste a pu compter sur l’appui inconditionnel de ses parents, Guy Lapointe et Nathalie Vincent, durant tout le processus de défense.

« C’est vraiment à la fin que moi, j’étais confortable, comme avocat et comme quelqu’un qui a beaucoup d’expérience dans le domaine, pour dire que oui, on l’a (la preuve) », a résumé Klevinas, qui dit avoir répondu à l’invitation du professeur Pascal Kintz de Strasbourg pour étoffer son dossier. 

Comme une flèche perdue 

L’entraînement forcé en solitaire est maintenant terminé pour la détentrice de 13 titres mondiaux, privée des championnats du monde en août dernier en Hongrie. 

Même s’il lui reste à passer différentes étapes de qualification, elle connaissait déjà lundi le nombre de 178 jours la séparant des Jeux de Tokyo. L’heureuse nouvelle partagée lundi tranchait avec les six derniers mois d’incertitude qu’elle venait de traverser. 

« J’étais comme une flèche qui était tirée vers une cible que sont les Jeux olympiques. Quand tout est arrivé, j’étais encore comme une flèche en plein vol, mais tout s’est effondré autour de moi. C’était comme s’il n’y avait plus rien pour me dire si j’avançais ou je reculais. J’étais tellement perdue... » 

L’affaire Vincent Lapointe 

29 juillet 2019 : Laurence Vincent Lapointe (LVL) subit à Montréal un test inopiné commandé par la Fédération internationale de canoë (FIC). 

13 août 2019 : La FIC suspend provisoirement LVL après avoir détecté des traces de ligandrol. 

20 août 2019 : Avec son avocat Adam Klevinas, LVL clame son incrédulité et son innocence en conférence de presse à Trois-Rivières. 

2 octobre 2019 : LVL se prête volontairement à un test polygraphique qui lui est favorable. 

12 novembre 2019 : Un échantillon capillaire de son ex-conjoint analysé par un laboratoire médico-légal de Strasbourg révèle la présence de ligandrol consommé entre avril 2019 et octobre 2019. 

29 novembre 2019 : Le laboratoire indique à LVL que la quantité infime de ligandrol détectée dans son organisme peut avoir été transmise par des fluides corporels de son ex-conjoint. 

9 décembre 2019 : Le clan de LVL témoigne devant le tribunal de première instance de la FIC. 

9 janvier 2020 : La FIC demande un délai supplémentaire aux 30 jours prescrits par le règlement antidopage pour livrer sa décision. 

24 janvier 2020 : La FIC annonce à LVL qu’elle lève sa suspension 

27 janvier 2020 : Conférence de presse de LVL à Trois-Rivières et Montréal. 

 

Des doutes pour la vie 

Laurence Vincent Lapointe savoure l’autorisation officielle d’empoigner sa rame après une suspension provisoire de six mois, mais elle se doute bien qu’un doute persistera dans la communauté sportive et l’opinion publique, malgré la preuve scientifique qui l’a blanchie. 

« Pendant longtemps et peut-être même pour toujours, il y a des gens qui ne me croiront pas. Ce qui est important, c’est que le monde autour de moi sait que je dis la vérité. C’est sûr qu’il en restera qui ne croiront pas, mais c’est correct. Je vis avec ça », nous a avoué la canoéiste de 27 ans à sa première apparition publique de la journée, lundi à Trois-Rivières. 

Victimes des regards  

« J’ai pleuré beaucoup », a admis Nathalie Vincent pour traduire le cauchemar que les parents de l’athlète disent avoir enduré depuis la suspension provisoire imposée le 13 août. Une banale sortie avec leur fille au Festival Bière et Poutine de Trois-Rivières, en septembre, leur a permis de tâter l’opinion publique durant la tourmente. 

« Tout le monde détournait les yeux parce qu’ils ne savaient pas comment réagir. De sentir toute cette animosité-là... », a commenté Guy, son père qui affirme avoir fait une croix sur tous les réseaux sociaux et leurs « messages haineux ». 

« Ça a donné un coup de vieux », a-t-il avoué. 

Pas encore qualifiée  

Le retour à la compétition et ses 13 titres mondiaux ne garantissent pas à Laurence Vincent Lapointe une participation aux Jeux de Tokyo, où l’épreuve féminine de canoë vivra son baptême olympique. 

Lors des essais canadiens prévus en Georgie, à la mi-avril, elle devra d’abord mériter sa place dans l’embarcation individuelle qu’a habilement qualifiée sa coéquipière Katie Vincent, lors des championnats mondiaux en août dernier en Hongrie, où elle est venue en relève pour cette mission en remplacement de Vincent Lapointe. Une autre option pour assurer sa participation aux JO repose dans la qualification du canoë biplace (C2) lors des championnats panaméricains au Brésil, du 7 au 10 mai. La Québécoise devra alors unir ses efforts à ceux d’une coéquipière autre que Katie Vincent, exclue de cet exercice depuis qu’elle a qualifié le canot individuel. Une réussite en duo à ce moment donnerait du coup une place additionnelle au concours individuel à Tokyo.