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Enfin des surtitres au théâtre

Les représentations de la pièce 887 de Robert Lepage surtitrées au Diamant

Rétrospective 2016
Photo Érick Labbé Robert Lepage souhaite ouvrir le Diamant aux malentendants et aux personnes sourdes.

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Sourde depuis l’âge de trois ans, Marie-Andrée Boivin a vécu de très grandes émotions lorsqu’elle a assisté à une représentation avec surtitres du spectacle 887 de Robert Lepage au Diamant.

« C’était un bonheur », a-t-elle indiqué, il y a quelques semaines, lors d’un échange de messages textes.

Réalisatrice de documentaires et vidéaste, Marie-Andrée Boivin détient un baccalauréat en scénographie et une maîtrise en communication, profil média expérimental.

Elle aime les arts et la culture, mais sa surdité l’empêche d’aller voir du théâtre, des spectacles d’humour et autres formes artistiques parlées.

L’initiative mise en place par le Diamant lui a permis de voir un spectacle qu’elle n’aurait pas pu voir autrement.

« Je me suis tellement sentie touchée quand j’ai vu la phrase : ce spectacle est surtitré pour les personnes sourdes et malentendantes apparaître sur l’écran. On m’annonçait et on annonçait à tout le public que moi aussi, j’avais ma place. C’était bouleversant », raconte-t-elle.

Marie-Andrée Boivin avait trois ans lorsqu’une méningite l’a rendue totalement sourde. Elle a 40 ans et a été la première enfant à recevoir un implant cochléaire au Canada en 1987. Une technologie révolutionnaire qui ne lui permet pas, toutefois, d’entendre clairement tout ce qui se dit dans une représentation théâtrale ou dans un spectacle d’humour.  

Un courriel

En septembre dernier, elle faisait parvenir un courriel à la compagnie Ex Machina de Robert Lepage pour demander si c’était possible d’offrir des représentations de 887 avec des surtitres.

Sa mère avait vu Les sept branches de la rivière Ota au Diamant, où l’on retrouvait des surtitres en raison de la présence, dans la pièce, de plusieurs langues étrangères.

« Elle m’a dit que le Diamant allait bientôt présenter une superbe pièce et que je ne pourrais pas la voir comme d’habitude. La salle de spectacle avait les équipements nécessaires pour les surtitres et j’ai décidé de les contacter », note-t-elle. 

Rétrospective 2016
Photo courtoisie, Ex Machina

Robert Lepage confirme que ce courriel est à l’origine des représentations surtitrées qui ont été présentées les 23 et 30 novembre au Diamant. « C’est ma sœur Lynda, qui travaille avec moi, qui a vu ce courriel et qui a eu cette idée. On a mis une équipe là-dessus et on a décidé d’essayer quelque chose afin que les malentendants puissent voir du théâtre », raconte Robert Lepage. 

Réflexion

Le créateur et metteur en scène confirme qu’une réflexion a été entamée sur le sujet. L’homme de théâtre souhaite ouvrir le Diamant aux malentendants et aux personnes sourdes.

« Ce n’est pas encore au point à 100 %, mais nous allons trouver comment. Il n’y a pas juste monsieur et madame tout le monde qui vont au théâtre. Il faut aller chercher les touristes, les malentendants et aider les gens qui n’y vont pas naturellement. Nous allons voir ce qu’on peut faire, mais ce n’est pas évident », conclut-il.

Le Québec en retard

Outre les initiatives de Robert Lepage, les représentations avec surtitres sont à peu près inexistantes au théâtre et dans les spectacles d’humour présentés au Québec.

Il est extrêmement difficile pour les personnes qui ont un implant ou une surdité de saisir les dialogues au théâtre ou dans un spectacle d’humour.

« Si je n’ai pas lu le texte à l’avance, je parviens à entendre environ 5 % des dialogues », remarque Marie-Andrée Boivin.

Des systèmes FM sont en place dans une majorité de salles de spectacles afin d’aider les gens malentendants, mais ils ne sont pas efficaces à 100 %, en raison des différents niveaux et types de surdité.

Le Québec, selon Marie-Andrée--- Boivin, est très en retard. En Europe, plusieurs théâtres et salles de spectacle offrent des représentations avec des surtitres et en langage signé. Il est même possible de se procurer, au National Theatre, à Londres, des lunettes spéciales où le texte défile sur les verres. 

En humour

La compagnie québécoise Spectacle Interface a adapté, au fil des ans, quelques spectacles d’humoristes dans la langue de signes. Elle l’a fait, entre autres, avec ceux de Philippe Laprise, Patrick Groulx, Peter Macleod et des Morissette.

Mais là encore, précise Marie-Andrée Boivin, ce ne sont pas toutes les personnes malentendantes qui sont en mesure de comprendre la Langue des signes québécoise (LSQ) ou le français signé. Les surtitres, selon elle, représentent la solution idéale. 

Elle milite, depuis plusieurs années, pour l’accessibilité de la culture aux personnes sourdes et malentendantes.

Ses démarches ont amené le portail tout.tv, à la suite d’une mobilisation enclenchée sur les réseaux sociaux, à mettre des surtitres en 2014.

Au cinéma

Certaines salles de cinéma québécoises offrent, quant à elles, des appareils portatifs qui permettent aux gens qui sont malentendants de voir les surtitres, sans qu’ils soient présents sur l’écran. Mais le système n’est pas parfait.

« C’est quelque chose qui fonctionne une fois sur quatre », dit-elle.