/investigations
Navigation

La belle vie à vos frais: apparence de conflit d’intérêts pour l’ex-déléguée du Québec à Los Angeles

L’ex-déléguée du Québec à L.A. a dû démissionner d’un emploi, car elle était en apparence de conflit d’intérêts.

Coup d'oeil sur cet article

L’une des fonctionnaires les mieux payés du gouvernement du Québec, avec un salaire annuel de 170 000$, a réussi à fonder et à diriger, en parallèle, une entreprise avec son conjoint sans que son employeur le sache.  

Confrontée par notre Bureau d’enquête, l’ex-déléguée Elizabeth MacKay a démissionné de son poste de directrice financière et d'administratrice d’Addendum Communication.      

Elizabeth Mackay à L.A.
photo tirée de Facebook
Elizabeth Mackay à L.A.

C’est même après nos questions que le ministère des Affaires internationales a appris qu’elle avait créé cette compagnie en catimini l’été dernier. À la même époque, elle avait perdu son poste de déléguée du Québec à Los Angeles.      

Elle n’a toutefois pas quitté la côte californienne. Elle a plutôt été réintégrée parmi le personnel du ministère comme administratrice d’État nommée à Los Angeles, où son salaire dépasse celui du délégué actuel.   

Le journaliste Nicolas Lachance est revenu sur le dossier à l'émission Politiquement incorrect, sur QUB Radio:  

«Mme MacKay a fait parvenir une correspondance au ministère confirmant sa démission à titre de CFO [directrice financière] pour éviter de se placer en situation d’apparence de conflit d’intérêts», a indiqué Jean-Auclair, porte-parole au ministère du Conseil exécutif.      

Le PDG de l’entreprise, Martin Ouellet, assure que sa femme devait seulement occuper ce poste durant le démarrage de l’entreprise et le processus d’immigration.      

Même traitement  

Son contrat au gouvernement lui permet de préserver le «même traitement qu’elle avait comme déléguée». Ainsi, elle y gagne toujours un salaire d’environ 170 000$, en plus de nombreux avantages sociaux.      

En plus de son salaire de 170 000 $, elle louait jusqu’à récemment cette luxueuse maison évaluée à 1,7 M$.
Photo courtoisie
En plus de son salaire de 170 000 $, elle louait jusqu’à récemment cette luxueuse maison évaluée à 1,7 M$.

À l’époque où elle était déléguée, Mme MacKay était l’une des fonctionnaires les mieux payés du Québec avec une allocation annuelle de 200 000$ qui lui permettait de vivre dans une luxueuse résidence de Los Angeles d’une valeur de 1,7 M$. Au total, elle recevait 368 000$.      

L'arrière de la résidence d'Elizabeth Mackay lorsqu'elle était déléguée du Québec à L.A.
Photo courtoisie
L'arrière de la résidence d'Elizabeth Mackay lorsqu'elle était déléguée du Québec à L.A.

Encore plus surprenant, depuis novembre, elle reste chez elle tout en profitant de son plein salaire.      

«À compter du 11 novembre 2019, elle écoule des réserves de congés accumulés, et ce, jusqu’à son départ à la retraite le 11 juin 2020», a indiqué M. Auclair.      

Mais le ministère ne verse plus d’allocation pour sa résidence. Elle vit maintenant dans un appartement plus modeste à Los Angeles.      

QUI EST ELIZABETH MACKAY ?  

De 2005 à 2009   

Elle travaille au cabinet du premier ministre Jean Charest ainsi que dans plusieurs autres cabinets de ce gouvernement.      

Mars 2012   

Elle est nommée sous-ministre adjointe au ministère du Tourisme par le gouvernement de Jean Charest.      

Juillet 2013   

MacKay est transférée comme conseillère à Investissement Québec par le gouvernement de Pauline Marois.       

Mai 2015   

Elle est nommée déléguée du Québec à Los Angeles par le gouvernement de Philippe Couillard.      

Embarrassant pour le gouvernement  

L’ex-déléguée du Québec à Los Angeles s’est placée en apparence de conflit d’intérêts et a mis le gouvernement dans l’embarras, affirme une experte en gouvernance des entreprises publiques.      

Selon la professeure de l’École nationale d’administration publique, Marie-Soleil Tremblay, l’ex-déléguée Elizabeth MacKay semble avoir contrevenu aux règles d’éthique du gouvernement.      

«Elle me semble avoir reconnu une sorte de culpabilité. Dans le sens où elle a démissionné de son poste de CFO dans l’entreprise, convient-elle. Ce n’est pas parce que tu as une permanence que tu peux enfreindre le code d’éthique.»      

Depuis juin, Elizabeth MacKay est inscrite au registre de l’État de la Californie à titre de directrice financière de l’entreprise privée de son mari.      

Pas au courant  

Marie-Soleil Tremblay s’est dite «très préoccupée» que Québec ait été informé par notre Bureau d’enquête du nouveau statut de l’ex-déléguée.      

«Si le ministère n’est pas au courant, et que c’est clairement à l’encontre du code d’éthique, là, ça met tout le monde dans l’embarras, a mentionné Mme Tremblay. Ça met madame dans l’embarras, son conjoint, la compagnie, le ministère, et le gouvernement, qui va devoir réagir. Je dis toujours aux gens d’être transparents et de le divulguer.»      

Selon l’experte, Mme MacKay aurait dû démissionner de son poste au ministère. Elle croit d’ailleurs que le gouvernement devrait poursuivre son investigation.      

«Même avec une démission, dans les années qui suivent, tu n’es pas censé utiliser tes fonctions précédentes. C’est l’impression que ça donne. En plus elle continue à recevoir un salaire, souligne Marie-Soleil Tremblay. Si tu me demandes mon opinion d’experte, il faudrait analyser plus loin pour savoir, même si elle a démissionné de son poste de CFO. Tu ne peux pas avoir le beurre et l’argent du beurre.»      

Un double rôle pendant plusieurs mois  

Elizabeth MacKay a pu agir pendant près de huit mois comme directrice financière et cofondatrice d’une entreprise privée tout en continuant à toucher son plein salaire de fonctionnaire. Sa nouvelle entreprise soulevait des questions d’apparence de conflit d’intérêts avec son travail à la délégation du Québec à Los Angeles. Voici un résumé de son double rôle sous forme de questions et réponses.  

L’ex-déléguée Elizabeth MacKay lors d’une activité à Los Angeles.
Photo courtoisie
L’ex-déléguée Elizabeth MacKay lors d’une activité à Los Angeles.

Quel était son rôle comme déléguée générale du Québec entre mai 2015 et juin 2019?  

Faire la promotion des intérêts du Québec et offrir un appui aux petites et moyennes entreprises québécoises en sol américain.      

Quels sont les services offerts par Addendum Communication?  

En plus de la traduction, elle offre des services aux petites et moyennes entreprises américaines qui souhaitent étendre leurs activités au Québec. Elle fait de même pour les entreprises québécoises en quête d’expansion sur les marchés américains.      

Quel est son rôle actuel à la délégation?   

Elle a été réintégrée en juillet 2019 dans une fonction auprès du sous-ministre attitré au ministère des Relations internationales et de la Francophonie. Depuis novembre, elle écoule des congés avant sa retraite prévue le 11 juin 2020.      

Quel était son rôle dans Addendum communication?   

Selon les documents de l’État de la Californie, elle était secrétaire et CFO (directrice financière et administratrice). Elle est apparue au registre alors qu’elle était toujours déléguée. Selon le PDG, Martin Ouellet, sa femme n’est pas actionnaire et les activités d'Addendum Communication portent exclusivement sur le langage.       

Quel est son rôle actuel dans Addendum communication?   

Après les questions de notre Bureau d’enquête au ministère, elle a démissionné de son poste de directrice financière et administratrice.      

Le Secrétariat au Conseil du trésor n’a pas l’intention de prendre de mesures contre la fonctionnaire. Mme MacKay a indiqué au ministère «n’avoir été impliquée dans aucune activité-conseil auprès de l’entreprise».