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Séjours au Bénin de l'ex-PDG: le Salon du livre dit avoir payé les voyages

Philippe Sauvageau
Photo d'archives, Jean-François Desgagnés

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L’ex-PDG du Salon du livre de Québec prétend qu’il a payé pour ses nombreux voyages injustifiés au Bénin. Une version contredite par l’organisation et celui qui a mené l’enquête administrative.

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En avril 2019, notre Bureau d’enquête a révélé que le grand patron du Salon du livre, Philippe Sauvageau, a multiplié de nébuleux voyages au Bénin à grands frais durant plus d’une décennie. Il a été congédié depuis. 

L’affaire a rebondi la semaine dernière alors que Philippe Sauvageau a brisé une entente de confidentialité en accordant une entrevue à Radio-Canada. 

En larmes, il mentionne qu’il remboursait les milliers de dollars qui lui avaient été avancés par le Salon du livre pour des voyages au Bénin. Que l’argent était déduit de ses honoraires. Il se fiait à une résolution de 2005 du conseil exécutif qu’il avait lui-même oubliée. 

Il a répété la même chose à notre Bureau d’enquête. Que les demandes de remboursement étaient faites directement à son institution financière. 

Tous les voyages payés

Le nouveau président du CA du Salon du livre de Québec, John R. Porter, a fait une refonte « complète et totale » du cadre réglementaire de gouvernance. « Je peux vous assurer qu’il n’y a eu aucune dépense pour une mission à l’étranger », a-t-il dit .
Photo d'archives, Stevens LeBlanc
Le nouveau président du CA du Salon du livre de Québec, John R. Porter, a fait une refonte « complète et totale » du cadre réglementaire de gouvernance. « Je peux vous assurer qu’il n’y a eu aucune dépense pour une mission à l’étranger », a-t-il dit .

Or c’est faux, assure celui qui a mené l’enquête administrative, le nouveau président du CA, John R. Porter. Les dépenses pour les 11 voyages au Bénin de l’ex-PDG ont toujours été payées par l’organisation, affirme M. Porter. 

Après vérification, aucune somme n’a été prise sur le salaire de l’ex-PDG, assure-t-il. Malgré une entente de confidentialité, M. Porter désirait s’exprimer sous réserve, en raison des «erreurs» véhiculées par Philippe Sauvageau. «Il ne se souvenait pas d’avoir payé ses voyages, parce qu’il ne les a jamais payés», dit-il. 

D’ailleurs, à cette époque, M. Sauvageau recevait ses paies par chèque. Aucun versement n’était fait à son institution financière, indique M. Porter. 

Ce n’est que tout récemment, à la suite de sa suspension, que l’organisation a retenu pour la première fois des montants sur la paie de M. Sauvageau. Ce dernier réclamait depuis longtemps des REER à l’organisation, alors qu’il n’avait plus l’âge de le faire. 

Allocations de dépenses

Au printemps, des documents obtenus par notre Bureau d’enquête ont permis de faire une compilation exhaustive de neuf comptes de dépenses détaillées que M. Sauvageau avait réclamés avec succès au retour de ses périples au Bénin. 

Sans les coûts des billets d’avion, un total de 30 000 $ de dépenses avait été compilé. Parfois, il obtenait des avances de fonds de milliers de dollars qu’il dépensait toujours en totalité. 

Un manège qu’il répétait lorsqu’il voyageait au nom d’une autre organisation. «Il ne les a jamais payés de sa poche, y compris lorsqu’il a fait des voyages pour l’Association des parlementaires», souligne M. Porter. Un modus operandi qui s’est déroulé entre 2005 et 2018. 

Ce que L’enquête nous apprend

  • L’enquête a démontré des choses très préoccupantes durant le règne de Philippe Sauvageau à la tête du Salon du livre 
  • 300 jours en voyage à l’étranger aux frais du Salon du livre 
  • Partait en voyage sans agenda précis 
  • Plusieurs escales à Paris avec sa femme pour visiter des expositions 
  • L’organisme parle de «laxisme», de «manque de rigueur» et de «conflit d’intérêts» 
  • L’ex-PDG avait la mainmise totale sur la gouvernance