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La tuerie de la grande mosquée de Québec, trois ans plus tard: leaders unis pour la paix

À la fin décembre, <i>Le Journal</i> a réuni les représentants de plusieurs communautés religieuses et culturelles de Québec pour discuter de leurs actions pour le vivre-ensemble. Sur la photo : le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, l’évêque anglican Bruce Myers, David Weiser (communauté juive), le grand chef Konrad Sioui, Frank Eboa (conseil panafricain) et Boufeldja Benabdallah (communauté musulmane).
Photo Didier Debusschère À la fin décembre, Le Journal a réuni les représentants de plusieurs communautés religieuses et culturelles de Québec pour discuter de leurs actions pour le vivre-ensemble. Sur la photo : le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, l’évêque anglican Bruce Myers, David Weiser (communauté juive), le grand chef Konrad Sioui, Frank Eboa (conseil panafricain) et Boufeldja Benabdallah (communauté musulmane).

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 Il y a trois ans, le tueur de la grande mosquée de Québec n’a pas semé que la désolation. Sans le vouloir, il a aussi déclenché un mouvement de solidarité qui, alors que l’on souligne aujourd’hui le triste anniversaire de cet attentat, mobilise plus que jamais plusieurs communautés de la région, religieuses et culturelles.   

 Boufeldja Benabdallah, président du Centre culturel islamique de Québec, parle du 29 janvier 2017 comme d’une «prise de conscience» pour plusieurs de leurs membres, qui ont senti le besoin d’apprendre à se connaître et de faire front ensemble contre la haine.   

 Il y voit le signe que, même à travers les pires tragédies, il peut jaillir des conséquences positives.   

 «Ça ne remplacera pas la douleur des familles. Je ne dis pas : tant mieux que ce soit arrivé ! Mais ç’a été galvanisant [...]. Les gens se sont mis à travailler, à s’ouvrir, à parler, à l’intérieur et à l’extérieur des associations », dit-il.   

 Après le meurtre insensé de six hommes, les catholiques, les anglicans, les juifs, les Hurons-Wendat, entre autres, lui ont tendu la main, et leurs représentants ont noué des amitiés sincères.   

 Se voisiner  

 D’ailleurs, aux fins de ce reportage, Le Journal n’a eu aucune difficulté à réunir plusieurs leaders lors d’une rencontre inédite. Le cardinal Gérald Cyprien Lacroix a accepté de les recevoir dans sa résidence du Vieux-Québec.   

 «L’événement de la grande mosquée a été l’occasion de faire tomber des murs d’ignorance et de nous amener à nous connaître, à nous appuyer, à nous voisiner», témoigne l’archevêque de Québec, qui parle de M. Benabdallah comme d’un «frère».   

 Épluchette de blé d’Inde sur les terres du diocèse catholique, soirée à la cathédrale anglicane, pique-nique festif à la place Jean-Béliveau... les moments de partage sont plus fréquents entre la société d’accueil, les religions et les cultures.   

 Ce soir, c’est même dans une église de Sainte-Foy que des citoyens de tous les horizons souligneront le troisième anniversaire de la tragédie.   

 «On sent que nous ne sommes plus isolés comme avant» et «il y a de la curiosité dans l’air», remarque Boufeldja Benabdallah. «Je souhaite que ça continue.»   

 Dénominateur commun  

 Bruce Myers, évêque anglican de Québec, se souvient d’avoir demandé, quand il a été intronisé en 2017, que prennent la parole David Weiser, président de la communauté juive, MM. Benabdallah et Mohamed Labidi, de la grande mosquée, et le cardinal Lacroix, ce qui était plutôt inusité.   

 «Nous sommes, dans un certain sens, une minorité privilégiée et nous avons, pour cette raison, une obligation d’utiliser notre privilège pour tenir la main, supporter, appuyer les autres minorités religieuses qui ont besoin d’aide», pense-t-il.   

 Le grand chef de la nation huronne-wendat, Konrad Sioui, souligne de son côté la nécessité de trouver un « dénominateur commun » entre les individus. «Quel est-il? C’est l’être humain lui-même. Ce n’est pas sa couleur, sa religion», plaide-t-il.   

 Un organisme pour coordonner les actions   

 La Ville de Québec comptera bientôt un organisme laïc et neutre pour faciliter la tenue d’événements et d’ateliers tournés vers le vivre-ensemble.   

 L’association Unité Québec, qui rassemble depuis plus d’un an, de manière informelle, divers regroupements religieux et culturels, des citoyens et des gens d’affaires, est sur le point de devenir un organisme à but non lucratif, ce qui permettra entre autres de lever des fonds plus facilement.   

 «Nous allons créer une structure de gouvernance et un conseil d’administration», révèle David Weiser, le cofondateur de ce regroupement et président sortant de la communauté juive de Québec.   

 Solidaires  

 Des représentants juifs, musulmans, anglicans et catholiques de la capitale avaient décidé de se rassembler sous cette bannière le 4 novembre 2018, quelques jours après une fusillade dans une synagogue de Pittsburgh, aux États-Unis, qui avait fait 11 victimes.   

 Des résidents et des élus s’étaient joints à eux lors d’une cérémonie à l’hôtel de ville.    

 «C’était surtout une occasion pour que la population de la ville de Québec se tienne solidairement contre toute forme de haine et de racisme», se souvient M. Weiser.    

 Depuis ce jour, Unité Québec a pour mission de «construire un avenir harmonieux» dans la région.   

 Sa branche «festive», Festimonde Québec, a participé à la création de quatre événements en 2019, dont une grande fête le 3 juillet, journée anniversaire de la fondation de Québec, qui a réuni 3000 personnes de plus d’une trentaine d’origines près du Centre Vidéotron.    

 Jamais terminé  

 Ce combat pour une société toujours plus tolérante ne sera jamais terminé, ajoute Bruce Myers, évêque anglican de Québec.    

 «Il le faut, parce qu’à la fin, la pire finalité de la peur et de la haine, c’est la violence et la mort», dit-il.   

 «On l’a vécu» et «tout cela n’est pas hypothétique», insiste-t-il, en faisant référence au drame du Centre culturel islamique de Québec.