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Coronavirus: Québec déplore l’épidémie... de peur

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La Santé publique québécoise lance un appel au calme en lien avec le Coronavirus, déplorant l’épidémie de peur qui frappe. «Je ne dis pas que c’est un délire, mais on a des gens qui sont inquiets et l’inquiétude se propage plus vite que n’importe quel microbe», affirme le directeur, Horacio Arruda.  

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Le directeur de la Santé publique avait convié les médias hier matin pour rectifier certaines informations qui ont pu être véhiculées au cours des derniers jours.     

«Beaucoup de choses circulent dans les médias sociaux, dans la fiction, qui viennent se mêler en termes d’informations et donner une perception de risque très élevé par rapport à la réalité», a souligné le Dr Arruda dans son appel au calme, lancé malgré le rehaussement du niveau d’alerte de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).    

Dr Horacio Arruda
Photo Pierre-Paul Biron
Dr Horacio Arruda

«On n’a pas de mesures additionnelles actuellement parce que la situation est sous contrôle et que le risque est faible», a ajouté la ministre de la Santé Danielle McCann, cherchant à «apaiser ce sentiment de crainte».     

Épidémie de peur  

Le directeur de la Santé publique appelle donc la population à maintenir ses activités et ne pas se laisser emporter par l’épidémie de peur qui sévit actuellement. M. Arruda déplore d’ailleurs que des gens soient ostracisés par la réaction de citoyens craignant l’épidémie.    

«Si vous voyez une personne asiatique qui semble avoir le rhume, ne paniquez pas. [...] Parce que là, on voit des gens priver leur enfant d’aller à l’école parce qu’il y a des enfants asiatiques. Ça n’a pas de sens», déplore le directeur de la santé publique.    

Cette vague de peur, non justifiée dans le contexte actuel du coronavirus, serait également amplifiée par des fictions sur le sujet. Sans vouloir la nommer directement, le Dr Arruda a notamment fait référence à la série Épidémie, diffusée par TVA, qui relate au Québec une épidémie de... Coronavirus.    

«La perception du risque contrecarre quelque peu les efforts que l’on fait. [...] Mais c’est la fiction, pas la réalité. Et si un jour la fiction rattrape la réalité, nous serons prêts à réagir.»    

Le masque inutile  

Le Dr Arruda conseille aussi à la population de ne pas se laisser berner par l’impression de sécurité des masques protecteurs. Ces derniers ne sont pas utiles dans les circonstances et ne le seraient pas plus en cas d’épidémie.     

«Le masque donne une fausse impression de sécurité. [...] Il est porté plusieurs heures, les gens accumulent des sécrétions sur eux et peuvent être contaminés. Le meilleur message est celui qu’on applique pour la grippe, soit l’hygiène respiratoire», indique Horacio Arruda, rappelant l’importance d’éternuer ou tousser dans son coude ou un mouchoir et de se laver les mains régulièrement.    

«Si le masque était un instrument salvateur, j’en porterais un aujourd’hui», insiste le directeur de la Santé publique.     

Aucun cas au Québec, trois au Canada  

Ce dernier précise que quatre personnes seulement ont été sous investigation au Québec et que tous les tests réalisés se sont avérés négatifs. D’ailleurs, les personnes infectées ailleurs présenteraient en grande majorité des symptômes légers et ne nécessitent pas d’hospitalisation.     

«Et nous ne cachons rien à la population. Il n’y a aucune pression politique sur moi pour dire ce que je vous dis aujourd’hui. Je fais les mêmes recommandations que je ferais à mes propres enfants», assure le médecin.    

Les autorités sanitaires canadiennes ont confirmé en début de semaine un troisième cas d’infection au coronavirus au pays. Il s’agit d’un homme de la Colombie-Britannique qui revenait de Chine. Il s’ajoute aux deux premiers cas découverts, un couple ontarien qui avait aussi séjourné dans la région de Wuhan. Ces trois personnes sont actuellement en quarantaine dans leur résidence respective.    

Rapatriement à venir  

Le Canada travaille d’ailleurs toujours sur le rapatriement de ressortissants canadiens en Chine. Le directeur de la Santé publique du Québec a indiqué que ses équipes étaient toujours en contact avec les autorités fédérales pour les modalités de l’opération. Même son de cloche du côté du gouvernement de la CAQ.    

«On continue à mettre de la pression et à discuter avec le fédéral pour faire en sorte que d’une part ils aient accès à tous les services consulaires dont ils ont besoin et qu’on réponde à leurs demandes», a indiqué la ministre des relations internationales Nadine Girault, qui n’a pas pu préciser le nombre exact de Québécois actuellement en Chine.

Les urgences débordées  

Pendant ce temps, les urgences dans les centres hospitaliers du CHU de Québec débordent, une situation habituelle à cette période de l’année, mais qui serait toutefois influencée par le coronavirus.     

Le directeur des urgences au CHU de Québec, Pierre-Patrick Dupont, indique que l’éclosion du virus chinois, qui s’est répandu avec parcimonie sur le reste de la planète, est un facteur anxiogène chez certaines personnes, ce qui peut les mener à consulter les urgences.    

«Des patients viennent et craignent le coronavirus, mais au triage, il y a une liste de questions et ils sont classés comme des patients ayant des symptômes grippaux», indique M. Dupont.    

Par ailleurs, les autorités de la santé sont en mode «éducation» et un guide d’aide à la décision est largement diffusé, afin de prévenir les débordements dans les urgences.    

Consulter pour des symptômes de rhume ou de gastro s’avère inutile et même nuisible.     

«Ça favorise la contamination, alors qu’il faudrait faire l’inverse», termine M. Dupont.    

– Avec la collaboration de Catherine Bouchard et de Marc-André Gagnon