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«Halka»: un goût du Maroc à la TOHU

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MONTRÉAL – La TOHU se donne ces jours-ci des airs du Maroc en offrant son espace circulaire au Groupe Acrobatique de Tanger et son spectacle «Halka», lequel célèbre une communauté peu présente sur nos planches, et pourtant à l’aise avec les prouesses physiques.

C’est la première fois que la salle ronde montréalaise accueille une troupe d’Afrique du Nord. Celle-ci visitera Toronto, Winnipeg et Vancouver après son passage à Montréal. Le Groupe Acrobatique de Tanger avait précédemment mis sur pied trois autres spectacles, «Taoub» (2004), «Chouf Ouchouf» (2009) et «Azimut» (2013). Aucun d’eux n’avait tenu l’affiche de la TOHU avant «Halka».

Presque minimaliste avec son groupe de 14 artistes, dont deux musiciens (notamment à la flûte et aux percussions), la production se fonde sur les mouvements des corps, les chants omniprésents à en devenir un élément à part entière de la mise en scène, les rythmes des tambours, la poésie tout africaine.

Pas de tableaux à grand déploiement ou de costumes éclatés ni trapèze ou balançoire russe ici, mais plutôt l’ouverture d’une porte sur une culture apparemment peu représentée dans l’industrie du cirque.

«Halka» revêt un caractère festif et rassembleur, qui galvanisera malgré sa courte longueur (une heure sans entracte) et son style singulier. Habitués que nous sommes aux fantasmes démesurés du Cirque du Soleil, la simplicité presque pure de cette proposition différente étonnera par son dépouillement. «Halka» n’en met pas plein la vue, mais n’en a pas moins le cœur à la fête.

Souplesse

Dans «Halka», les acrobates sautillent avec aisance, culbutent avec agilité et réinventent de quelques manières la pyramide humaine, un procédé ici abondamment exploité.

À plusieurs reprises, les membres de la bande s’empilent les uns par-dessus les autres, à quatre pattes ou bien droits à la verticale. Ces moments figurent parmi les préférés du public, du moins celui qui emplissait la TOHU mercredi, soir de première médiatique de «Halka».

La troupe se tient au centre de l’espace, par terre, tout près de l’assistance, comme si aucune barrière invisible, même pas celle de la hauteur de la scène, ne devait séparer les spectateurs des artistes. C’est d’ailleurs là la signification de la Halka, l’énergie du cercle formé par la foule sur une place publique autour d’amuseurs forains.

Après une entrée en piste tranquille, les esprits s’excitent rapidement, pour ne plus se calmer ensuite.

Il n’y a presque que la souplesse des hommes et des femmes qui constitue le cœur de «Halka». Nul grand décor ne complète l’ensemble, les habits ne sont que chemises, chandails et pantalons. En lieu et place d’artifices distrayants, on use d’accessoires comme la Facha (une ceinture de tissu enroulée autour de la taille d’une acrobate) ou, beaucoup, de la Djefna (bassine de métal ressemblant à un couvercle, destinée à la lessive et instrument de fête dans les mariages) pour exécuter son savoir-faire.

Les enveloppes charnelles, elles, paraissent voler au gré des sauts et des pirouettes, rebondissent au sol, légères comme des plumes, dans des instants de toute beauté, presque envoûtants. Comme ceux où les pieds de ces athlètes créatifs tracent dans le sable des dessins (voulus?) au gré de leurs tourbillons, et où on marche sur les mains comme si c’était là facile pour le commun des mortels. Les jambes tressautent, des bras tirent au poignet. Même les souliers revolent de partout, à un certain moment! Et ce, dans un éclairage discret, qui laisse toute la place aux protagonistes.

En somme, «Halka» apparaît comme un unique et joyeux chaos, placé un brin en marge des traditions de l’art circassien. De quoi combler les envies de nouveautés ou de dépaysement rapide.

Le Groupe Acrobatique de Tanger présente «Halka» à la TOHU jusqu’au 9 février. D’autres activités spéciales inspirées de l’Afrique sont offertes sur place pour la durée des représentations.