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L’Ordre des diététistes enquêtera sur les imposteurs du poids

Le Collège des médecins se dit aussi préoccupé par leurs promesses irréalistes

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L’Ordre des diététistes ouvre une enquête et le Collège des médecins promet d’agir pour contrer les charlatans qui vendent des services d’amaigrissement et de santé naturels.  

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Ces deux ordres professionnels s’inquiètent des découvertes de notre Bureau d’enquête, qui ont fait l’objet du documentaire Détox ; infiltration chez les imposteurs de la gestion de poids, diffusé il y a deux mois.  

« Tout ce que vous abordez dans le documentaire sera discuté. [...] Ça n’a pas de bon sens », lance le président du Collège, Mauril Gaudreault.   

Le médecin s’engage à faire part de ses préoccupations aux autres ordres ainsi qu’aux ministres de la Santé et de la Justice.   

Le documentaire Détox dépeint l’industrie lucrative de l’amaigrissement. Il démontre que certaines écoles agréées par le gouvernement proposent des formations bidon sur des remèdes miracles pour perdre du poids.   

De son côté, l’Ordre professionnel des diététistes du Québec explique avoir ouvert une enquête.   

« Nous sommes au courant du dossier et nous le prenons très au sérieux », indique Paule Bernier, présidente de l’Ordre.   

Dans Détox, notre Bureau d’enquête a pu assister, muni d’une caméra cachée, à des formations chez l’entreprise Nutriphilia, pour devenir « praticienne en gestion de poids ». Ce titre n’est reconnu par aucun ordre professionnel.   

Remède contre la pédophilie  

Nous avons aussi suivi des cours à l’Académie Énergie Santé, où on enseigne par exemple qu’il existe un remède homéopathique pour contrer la pédophilie ou les déviances sexuelles, et que les vaccins causent l’autisme.   

On nous a également expliqué, lors de nos infiltrations, qu’il était important de faire deux à trois lavements (irrigation) du côlon par année, afin de nettoyer l’organisme.   

Le Dr Gaudreault croit « qu’il y a matière à enquête. Par exemple, un naturopathe ne peut pas aller contre les indications d’un produit en le recommandant à des personnes diabétiques ou cancéreuses [comme entendu dans le documentaire] ».   

Enquêteur à temps plein  

À la tête du Collège depuis 16 mois, il s’est dit « préoccupé » par le phénomène de pratique illégale de la médecine.    

« Il y a un enquêteur chez nous qui est occupé à temps plein là-dessus, lance-t-il. Par exemple, l’irrigation du côlon, c’est dangereux et c’est de la pratique illégale. Ça ne repose sur aucune base scientifique. On ne peut pas laisser continuer ça [...] »   

Au gouvernement du Québec, la ministre de la Santé, Danielle McCann, n’a pas voulu commenter, renvoyant le dossier à Santé Canada.    

La ministre de la Justice, Sonia LeBel, se dit préoccupée et réitère que « l’une des raisons d’être du système professionnel est la protection du public et la lutte contre les charlatans et la pseudoscience ».  

ELLE FAIT FACE À CINQ CHEFS D’ACCUSATION  

France Parent nous a proposé de subir une irrigation du côlon dans une clinique de Belœil. Il s’agit d’une pratique controversée que dénoncent des spécialistes. Nous l’avions filmée en caméra cachée lors de ce reportage diffusé à la fin de l’année dernière.
Capture d'écran d'archives
France Parent nous a proposé de subir une irrigation du côlon dans une clinique de Belœil. Il s’agit d’une pratique controversée que dénoncent des spécialistes. Nous l’avions filmée en caméra cachée lors de ce reportage diffusé à la fin de l’année dernière.

Une femme de Belœil qui offre des services de lavement du côlon, montrée dans le documentaire Détox, fait face à cinq chefs d’accusation d’exercice illégal de la médecine. France Parent, qui n’est pas médecin, est visée depuis le 19 août par des avis d’infraction du Collège des médecins. Selon les documents déposés par le Collège, Mme Parent a « diagnostiqué » des maladies, a « déterminé le traitement médical » et « a prescrit des médicaments et autres substances lors d’une consultation ». Son dossier sera de retour en cour le 7 février.  

Santé Canada est pointé du doigt  

Santé Canada devrait faire preuve de plus de rigueur avant d’homologuer les produits de santé naturels, estime l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ).   

Notre Bureau d’enquête révélait, en décembre, des irrégularités entourant la gamme de produits Nutriphilia , qui se présentent sous forme de poudre et de gélules.    

La présidente de Nutriphilia, Pascale Gervais, se vantait dans ses cours que sa gamme de produits était certifiée. Les emballages portent bel et bien un numéro de produit naturel (NPN) donné par Santé Canada, mais ce numéro correspond à celui octroyé à une autre entreprise, Distributions Santé Leblanc.   

Le directeur des communications de Santé Canada a confirmé en octobre « qu’aucun des produits présentés sur le site web de Nutriphilia » n’avait été approuvé.  

C’est long  

Un « dossier de suivi » a été ouvert à l’organisme gouvernemental, mais trois mois plus tard, impossible d’avoir des détails. Santé Canada réitère qu’une équipe est « en train de faire des suivis et prendre les actions nécessaires pour rectifier la situation ».   

Selon Yves G. Jalbert, de l’ASPQ, c’est tout le processus d’homologation qu’il faut revoir.   

« C’est quoi leur grille d’évaluation ? Leurs paramètres pour dire ce produit-là est bon ou non ? On dirait que Santé Canada accepte tout. C’est hallucinant. C’est trop opaque, on n’a pas les informations requises », lance le spécialiste de contenu de cette organisation dont le mandat est de se pencher sur les questions de santé et de bien-être des Québécois.  

Ce printemps  

Santé Canada mène des consultations sur les produits de santé naturels et d’autosoins depuis 2016. Des propositions sont promises pour ce printemps.   

« Pour les produits de santé naturels, on veut améliorer l’étiquetage », soutient Manon Bombardier, directrice générale de la Direction des produits de santé naturels et sans ordonnance chez Santé Canada.    

Par exemple, l’étiquette des médicaments sans ordonnance devra comporter un tableau montrant les ingrédients.   

« On exige un contraste noir sur blanc et une taille minimum de police de six », précise Mme Bombardier.  

La proposition ne satisfait pas l’ASPQ, qui préférerait qu’on parle davantage du contenu que de l’emballage.   

« Même si tu améliores l’étiquetage, le problème, c’est qu’un Canadien sur deux a un niveau de littératie faible, donc qu’il est incapable d’interpréter l’information », rappelle M. Jalbert.    


Découvrez les promesses troublantes que notre journaliste a entendues dans ce grand reportage d’une heure sur Club illico.