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54e Super Bowl: avec Laurent Duvernay-Tardif, McGill avait un «Wayne Gretzky entre les mains»

Même s'il avait acquis au fil de son cheminement scolaire une expérience minimale sur la ligne offensive, c’est à l’Université McGill que Laurent Duvernay-Tardif a vécu le changement de position qui l'a amené à devenir un joueur de football hautement estimé.
Photo d'archives, Annie T. Roussel Même s'il avait acquis au fil de son cheminement scolaire une expérience minimale sur la ligne offensive, c’est à l’Université McGill que Laurent Duvernay-Tardif a vécu le changement de position qui l'a amené à devenir un joueur de football hautement estimé.

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 Laurent Duvernay-Tardif, numéro 92, ailier défensif... Il fut une époque pas si lointaine où c’était de cette manière que le Québécois des Chiefs, qui s’apprête à prendre part au Super Bowl, était présenté. Jusqu’en 2011, à l’Université McGill, quand son entraîneur de position, Matthieu Quiviger, a hérité de la commande de le transformer en joueur de ligne offensive. Récit d’un pari réussi...  

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 Aujourd’hui, Quiviger en rit de bon cœur. Son protégé, qui est devenu au fil du temps un garde partant de premier plan dans la NFL, a réussi une métamorphose spectaculaire en changeant de position avec des résultats probants.    

 Entraîneur de la ligne offensive à l’époque, Quiviger n’avait cependant pas accueilli la nouvelle de gaieté de cœur lorsque ses patrons avaient soumis le dossier Duvernay-Tardif sur le tas de la pile dans son bureau.    

 «Au départ, je dirais que j’ai eu à endurer le changement de position», a raconté candidement Quiviger.   

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«On m’a présenté ça comme un fait accompli. Je n’étais vraiment pas content parce qu’il était le deuxième joueur de ligne défensive qu’on m’envoyait et j’avais pas mal d’autres chats à fouetter. Finalement, après le premier entraînement de Laurent avec moi, je suis allé voir le coach et je lui ai dit : ‘‘Tu ne m’enlèves jamais ce gars-là!’’» a-t-il ajouté, fort amusé.    

 Du Gretzky dans le nez!  

 Au fil du temps, Quiviger en a vu d’autres. Il a lui-même évolué à McGill comme joueur de ligne offensive de 1990 à 1994, avant de faire le saut dans la Ligue canadienne. Par la suite, son rôle d’entraîneur lui a permis de flairer rapidement un diamant quand il en a vu un.    

 «Penses-tu vraiment qu’un coach qui voit Wayne Gretzky sur le jeu ne sait pas ce qu’il a entre les mains? C’était carrément comme ça que je me sentais avec lui. Personne ne me croyait, mais dès que je suis rentré à la maison après cette première pratique, j’ai dit à ma blonde que je commençais à coacher le meilleur joueur de l’histoire au pays», assure celui qui est aujourd’hui analyste du football universitaire à TVA Sports.    

 «Laurent a toujours démontré une rapidité extraordinaire, avec des chevilles et des hanches extrêmement flexibles. La grosseur de ses mains et sa force physique, je n’avais jamais vu ça. J’ai tout de suite perçu un énorme potentiel en lui.»    

 Du 92 au 66  

 Quiviger a rapidement eu le sentiment que ses impressions se confirmaient en situation de match. Lorsqu’il a enseigné les trucs du métier à Duvernay-Tardif, la première mission a été de freiner le redoutable ailier défensif du Rouge et Or Arnaud Gascon-Nadon.    

 «Je lui ai dit que j’avais trois mois pour tout lui montrer. À son premier match contre lui, on a déplacé Laurent de chaque côté de la ligne pour qu’il le suive partout. Gascon-Nadon a fini ce match-là avec seulement un demi-plaqué», se remémore Quiviger.    

 «Il avait peu d’expérience, mais il apportait des correctifs instantanément. Il avait l’avantage d’avoir joué de l’autre côté et d’anticiper le mouvement de la ligne défensive.»    

 Puisque le futur membre des Chiefs ne pouvait plus porter le numéro 92 en traversant à l’offensive, son mentor lui a fait un cadeau bien spécial pour souligner sa grande foi en lui.    

 «Personne à McGill n’avait porté mon 66 depuis que j’étais parti. J’ai été un choix de première ronde dans la Ligue canadienne, mais lui, j’étais sûr qu’il finirait dans la NFL et j’étais fier qu’il porte mon 66 pour faire honneur au numéro. Je me voyais en lui sur le terrain.»    

 Du 92 au 66, puis au 76, l’évolution du joueur et de l’être humain derrière les numéros aura été aussi fulgurante que remarquable.     

 Pas surpris de le voir au Super Bowl  

 Plusieurs sont d’avis que Laurent Duvernay-Tardif joue actuellement le meilleur football de sa carrière et qu’il ne faut pas s’étonner de le voir au Super Bowl. 

 «Ça ne m’étonne pas. Il réussit tout ce qu’il entreprend ce gars-là. Tout ce qu’il touche se transforme en or. Pour plusieurs, ce serait le point culminant d’une vie. Pour Laurent, ce sera juste une étape dans sa vie. Il aura un jour un apport important dans la société québécoise», estime Mathieu Quiviger, son entraîneur de position à McGill.    

 Pour Tony Iadeluca, qui l’a dirigé sur la scène collégiale au Collège André-Grasset, l’aspect football n’est qu’une corde dans le vaste éventail de Duvernay-Tardif.    

 «Un jour, je demeure convaincu qu’il va faire de la politique au Québec. Un bon ministre de la Santé, pourquoi pas?», a-t-il soulevé.    

 Au sommet de son art  

 Pour la plupart des analystes, Laurent Duvernay-Tardif et la ligne offensive des Chiefs se retrouvent maintenant devant un défi colossal face à la redoutable ligne défensive des 49ers.    

 «Contrairement à ce que tout le monde pense, pour moi, le vrai défi revient à la ligne défensive des 49ers d’aller battre une ligne offensive comme celle des Chiefs, qui joue du gros, gros football», estime Quiviger.    

 «Laurent vient de disputer les trois meilleurs matchs de sa carrière. Actuellement, il n’est pas loin d’être le meilleur de la ligue à sa position. Il est au top de sa game à protéger le meilleur quart-arrière de la ligue dans un rôle de partant. Il y a de quoi être fier de lui.    

 «Il a l’avantage d’affronter l’un des meilleurs plaqueurs du circuit en Chris Jones chaque jour à l’entraînement. Il a joué souvent contre des gars dominants comme JJ Watt. Il est prêt pour la ligne défensive des 49ers», promet son ami et ex-entraîneur.     

 Le grand sec devenu un grand joueur  

 Quand Laurent Duvernay-Tardif a enfilé crampons, casque et épaulettes pour les Pirates du Richelieu sur la scène du football civil au début de l’adolescence, bien malin celui qui aurait pu imaginer son fabuleux destin.  

 De 2003 à 2007, c’est chez les pee-wee et bantam que Jacques Foisy aura été le tout premier entraîneur-chef du garde à droite partant des Chiefs de Kansas City. Ne comptez pas sur ce dernier pour tenter de faire croire qu’il avait déjà tout deviné le scénario improbable du reste de la vie footballistique de son poulain.    

 «J’étais évidemment loin de pouvoir deviner son destin. Il a commencé comme ailier défensif parce qu’à ce moment-là, Laurent était un grand sec. Il n’avait pas le physique pour jouer sur la ligne offensive. Je l’avais mis là parce qu’il était très fort et quand il tenait son homme, il ne sortait pas de ses griffes», a mentionné la première personne que Duvernay-Tardif a appelée coach dans sa carrière de football.    

 Bloqueur... et botteur!  

 Tout de même, Jacques Foisy admirait la puissante brute de celui qui est aujourd’hui un gaillard de 6 pi 5 po et de plus de 320 lb. Il n’a donc jamais hésité à l’utiliser à différentes sauces, que ce soit sur la ligne offensive ou même comme botteur.    

 «Occasionnellement, je le faisais jouer sur la ligne offensive à cause de sa force. Quand un joueur défensif passait trop facilement dans le trou, je l’envoyais pour colmater la brèche à cause de sa puissance. Il n’aimait pas tellement ça parce que comme tous les jeunes de cet âge, il préférait plaquer.     

 «Sauf qu’il faisait ce que je lui demandais sans rechigner, en bon joueur d’équipe. Même s’il jouait à une position occasionnelle pour lui, il connaissait bien son livre de jeux. Pour un petit gars de 13 ans, il était très sérieux », a relaté celui qui entretient toujours un lien étroit avec le célèbre garde.    

 Joueur bien entouré  

 Pour celui qui l’a dirigé en premier, s’il était impossible de prédire un tel avenir sur le terrain, il était toutefois beaucoup plus facile de constater que sa personnalité pourrait le mener loin, peu importe la sphère d’activité.    

 «Il était déjà un chic type. La pomme n’est pas tombée loin de l’arbre. Ses parents étaient très gentils et dévoués à la famille. Lui, il était poli et enjoué, un jeune plaisant à côtoyer qui écoutait bien les directives de l’entraîneur. Il n’a jamais été un faiseur de trouble , se souvient-il.    

 M. Foisy estime d’ailleurs que l’entourage de Duvernay-Tardif explique une partie des succès qu’il connaît aujourd’hui.    

 «Quand un athlète a beaucoup de talent, il peut avoir tendance à avoir un ego démesuré, mais pas lui. Il est plutôt reconnaissant et pour moi, c’est ça le plus impressionnant. Il est entouré de gens qui veulent son bien. S’il y avait un requin dans son entourage, il le verrait venir assez vite.»    

 Présent au Super Bowl  

 Signe d’une loyauté indéfectible, Jacques Foisy a été invité, en compagnie de son épouse, à assister au Super Bowl. C’est son ancien joueur qui lui a fait le bonheur de lui demander directement.    

 «Ça me procure beaucoup d’émotions. Je suis heureux d’avoir été impliqué dans sa vie de football, mais c’est pour lui que je suis fier. Je ne pensais jamais vivre ça un jour et tant qu’à y aller, aussi bien que ce soit pendant le règne de Laurent et des Chiefs», a souligné celui qui ne regardera certainement pas le match comme bien des autres.    

 «Quand je regarde les Chiefs, c’est Laurent que j’observe. Il est tellement bon qu’il me fait rater beaucoup de gros jeux de Patrick Mahomes!»     

 De la division 3 à la NFL    

Même s'il avait acquis au fil de son cheminement scolaire une expérience minimale sur la ligne offensive, c’est à l’Université McGill que Laurent Duvernay-Tardif a vécu le changement de position qui l'a amené à devenir un joueur de football hautement estimé.
Photo courtoisie

 Quand un jeune joueur de football décide de se lancer tête première dans un programme collégial québécois de division 3, au sein d’une équipe de 38 joueurs, ce n’est pas forcément parce qu’il rêve à la NFL.   

 De nos jours, les Phénix du Collège André-Grasset n’ont rien à envier aux autres gros programmes collégiaux, eux qui ont raflé le Bol d’Or en 2018 en division 1. Quand Laurent Duvernay-Tardif a choisi cette institution pour poursuivre son cheminement en 2008 et 2009, le football n’était pas à l’avant-plan.    

Même s'il avait acquis au fil de son cheminement scolaire une expérience minimale sur la ligne offensive, c’est à l’Université McGill que Laurent Duvernay-Tardif a vécu le changement de position qui l'a amené à devenir un joueur de football hautement estimé.
Photo courtoisie

 «Ce n’était pas ce que c’est aujourd’hui. Quand tu choisissais Grasset à cette époque, je ne suis pas sûr que tu avais une grande passion pour le football. Laurent n’a jamais été recruté après son secondaire. Il est vraiment venu avec nous d’abord et avant tout pour les études», réfléchit 12 ans plus tard l’entraîneur-chef Tony Iadeluca, qui est entré en fonction en 2009 pour diriger Duvernay Tardif à sa deuxième saison.    

Même s'il avait acquis au fil de son cheminement scolaire une expérience minimale sur la ligne offensive, c’est à l’Université McGill que Laurent Duvernay-Tardif a vécu le changement de position qui l'a amené à devenir un joueur de football hautement estimé.
Photo courtoisie

 Sans affirmer qu’il voyait déjà un avenir professionnel en lui, Iadeluca était toutefois d’avis que l’ailier défensif pourrait devenir un excellent joueur... de l’autre côté du ballon.    

 «À l’époque, il faisait 6 pi 5 po et 245 lb. Il nous manquait des joueurs de ligne offensive et je me suis dit qu’un gars aussi intelligent que lui n’aurait pas de difficulté à apprendre le livre de jeux et il a aussi joué à l’attaque. À la fin de la saison, je lui ai dit : ‘‘Je pense qu’au prochain niveau, tu seras meilleur sur la ligne offensive’’», avait-il deviné.    

 Impliqué partout  

 À l’époque, Julien Hakim était son entraîneur de position sur la ligne défensive. Il se souvient d’un étudiant-athlète qui sortait du lot pour différentes raisons, lui qui s’était hissé dans l’équipe d’étoiles de la ligue tout en complétant son DEC Plus en sciences de la nature.    

 «Laurent a toujours été capable de s’adapter aux différentes sphères de sa vie. En dehors du terrain, il était un gars super poli, un étudiant de 90 de moyenne. Mais une fois sur le terrain, il était capable de jouer très physiquement. Il pouvait allumer la switch et devenir méchant s’il le fallait. On le voit encore aujourd’hui à Kansas City quand il attaque vraiment son joueur», a-t-il relaté.    

 Le son de cloche est le même du côté de l’entraîneur-chef Iadeluca.    

Après un match des Chiefs à Kansas City la saison dernière, Tony Iadeluca a immortalisé le moment en compagnie de ses fils et de son ancien protégé.
Photo courtoisie
Après un match des Chiefs à Kansas City la saison dernière, Tony Iadeluca a immortalisé le moment en compagnie de ses fils et de son ancien protégé.

 «Pour moi, ça a toujours été une grande fierté d’avoir dirigé Laurent parce qu’il a démontré qu’il est possible de mener de front le sport et les études. C’est dur comme joueur d’être en compagnie d’un gars comme lui et de prétendre que tu n’as pas le temps de faire ci ou ça. Tout le monde l’admirait déjà dans le temps parce qu’il avait ses notes, il s’entraînait, il performait au football, il était dans l’association étudiante... Il n’y a rien qu’il ne touchait pas », dit-il, admiratif de ses exploits passés comme actuels.    

 «Quand on pense à ça, en l’espace de 19 mois, il aura réussi à passer son examen de médecine et à jouer au Super Bowl. C’est malade!» a-t-il poursuivi.