/sports/football
Navigation

54e Super Bowl: une relation privilégiée entre Laurent Duvernay-Tardif et son agent

SPO-LAURENT DUVERNAY-TARDIF
Photo d'archives, Agence QMI À l’hiver 2017, Sasha Ghavami et Laurent Duvernay-Tardif avaient rencontré les médias pour révéler les détails du contrat que le garde venait de signer avec les Chiefs.

Coup d'oeil sur cet article

 Il y a de ces scénarios qui sont tout simplement trop beaux pour être vrais. L’amitié durable, doublée d’une fructueuse relation d’affaires, qui lie Laurent Duvernay-Tardif et son agent, Sasha Ghavami, est bien réelle. Pourtant, il leur faut encore se pincer pour vraiment croire que tout le chemin parcouru a mené l’improbable duo vers le 54e Super Bowl. «C’est un film qu’on vit», s’exclame celui qui gère la carrière du joueur de football le plus en vue au Québec.  

 • À lire aussi: Du berceau au Super Bowl 

 • À lire aussi: Un «Wayne Gretzky entre les mains» 

 D’aussi loin qu’il se souvienne, Ghavami rêvait d’être agent de joueurs. Au Collège Jean-Eudes, ses amis jouaient au football. Pas lui, mais il suivait religieusement les activités de la NFL en rêvassant de représenter un jour un joueur dans la puissante ligue.   

  • Écoutez ci-dessous le balado de La Zone payante et les prédictions des animateurs en vue du Super Bowl!

Lorsque le groupe a fait le saut sur la scène collégiale avec les Phénix d’André-Grasset, un dénommé Duvernay-Tardif s’est vite intégré à la bande.   

 «On était des jeunes qui apprenaient à se connaître. Il y avait déjà une belle complicité, mais à cet âge-là, tu ne sais pas ce que ça peut devenir. On était loin de se douter que Laurent pourrait un jour avoir une chance de jouer professionnel.    

 «On disait toujours en riant que le premier de la gang qui allait percer, j’allais le représenter», réfléchit l’agent vers lequel plusieurs joueurs canadiens se tournent à peine 10 ans plus tard.   

 Un plan en 2013  

 C’est en 2013 que Ghavami a réalisé que le fantasme de la NFL pourrait potentiellement devenir accessible. Tandis que l’avocat en devenir se trouvait à l’autre bout du monde pour une session de droit à l’Université de Western Australia, il a constaté que son pote Laurent faisait l’objet de reportages soulignant ses prouesses athlétiques, à la maison.   

 «La majorité des tests physiques qu’il avait faits le situaient parmi les joueurs de première ronde dans la NFL. Tout ça, même s’il étudiait en médecine et qu’il ne pratiquait pas tant. Il y a beaucoup de gars très athlétiques lors des tests, mais qui ne peuvent pas apprendre. Je me suis dit qu’il était tellement intelligent qu’il pourrait apprendre. Il lui manquait juste la visibilité», explique Ghavami, qui a alors présenté son plan de carrière à Duvernay-Tardif.   

 Il espérait tenir entre ses mains la recette pour atteindre la NFL, s’y établir et toucher le gros lot. Mais encore fallait-il que les deux néophytes se lancent, sans le moindre bagage pour appuyer leurs folles ambitions.   

 Ne faisant ni une ni deux, Sasha Ghavami a devancé son vol de retour vers Montréal pour exposer sa vision à son ami.   

 «Je tenais à ce qu’il me fasse confiance pour les bonnes raisons. Je n’avais pas d’historique pour démontrer que je pouvais réussir. Je ne sais pas à quel point Laurent croyait vraiment en mon plan. J’y croyais probablement plus que lui! Je terminais mon baccalauréat en droit et j’entamais mon barreau en août. Quand je regarde aujourd’hui, le plan était assez bon et il a été respecté. C’est un rêve où tout est bien tombé en place», s’exprime l’agent.   

 La consécration  

 Il y a d’abord eu un «pro day» qui a lancé un message clair aux équipes de la NFL. Puis, le repêchage, que Ghavami qualifie encore de «l’un des plus beaux jours de [sa] vie».   

 Envers et contre tous, voilà les inséparables complices au Super Bowl. Comme si le scénario du film n’était pas déjà assez surréaliste.    

 «Juste de penser que sept ans après notre plan, on récolte le fruit de nos efforts au Super Bowl, ça me rend émotif...», laisse tomber l’architecte derrière le plan en marquant une pause.   

 «Tu en connais beaucoup qui auraient fait confiance à un gars de 21 ans pour gérer tout ça? Dans la vie de tous les jours, je ne suis pas l’agent de Laurent, mais l’ami de Laurent avant tout. C’est un grand chum et ça compte beaucoup pour moi.»    

 Un «phare» dans une vie bien remplie  

 Laurent Duvernay-Tardif ne pourrait mener de plein fouet une carrière couronnée de succès sous les projecteurs sans l’apport de quelqu’un de grande confiance en coulisses.  

 Le phénomène populaire qu’est devenu Laurent Duvernay-Tardif, c’est en partie le travail dans l’ombre de Sasha Ghavami qui a contribué à l’ériger.   

 Que ceux qui croient que son rôle d’agent ne consiste qu’à négocier des contrats se détrompent.    

 À l’arrière-scène, Ghavami s’occupe des demandes médiatiques, des opportunités d’après carrière, des possibilités d’investissements, de l’image de marque, de la fondation et alouette!    

 «Sasha, c’est le phare. C’est le pilier au Québec pendant que je suis à Kansas City. Je lui donne tout le mérite du monde pour avoir fait en sorte que je me rende jusque-là. C’est lui qui m’a poussé, c’est lui qui a contacté les équipes et qui a défriché un paquet d’affaires pour que j’atteigne la NFL», a encensé le garde des Chiefs après la victoire des siens en finale de conférence.   

 Un apport mutuel  

 «Quand j’étais sur le terrain, j’avais hâte de voir Flo [sa conjointe], évidemment, mais Sasha n’était pas loin derrière. La première chose qu’on a faite, c’est de prendre une photo du trio. C’est ce trio qui se rencontrait en 2013 dans un petit trois et demi sur Atwater et Sherbrooke pour discuter de la façon dont on allait arriver à la NFL. De savourer avec eux où on en est rendu, juste d’y penser, ça me donne des frissons», a-t-il poursuivi.   

 Des liens forts et une vision commune ont permis au tandem de lancer mutuellement leurs carrières. Le Super Bowl se veut l’occasion de se témoigner toute leur reconnaissance, l’un à l’égard de l’autre.   

 «Sasha est carrément la personne qui gère ma vie. J’en fais beaucoup, j’aime ça être impliqué dans plein de causes. Je veux donner mon temps pour utiliser la tribune de la NFL afin de maximiser mon impact auprès de jeunes, mais je ne serais pas capable sans avoir une équipe avec moi. Sasha, c’est celui qui pilote le bateau pendant que je me concentre sur le football. Je ne serais pas ici sans lui, c’est sûr», tranche Duvernay-Tardif, même si son agent désapprouve humblement.   

 «Je lui dois ma carrière, tout simplement, réplique Ghavami. Sans lui, je ne serais probablement pas agent. Je trouve ça très touchant quand il dit qu’il me doit aussi sa carrière, mais on ne sera jamais d’accord là-dessus. Il aurait percé dans la NFL sans moi, mais ça me fait chaud au cœur qu’il pense ça de moi.»   

 Des millions qui n’ont rien changé     

Sasha Ghavami et Laurent Duvernay-Tardif ont festoyé ensemble sur le terrain lorsque les Chiefs ont remporté la finale de la conférence américaine, le 19 janvier.
Photo courtoisie
Sasha Ghavami et Laurent Duvernay-Tardif ont festoyé ensemble sur le terrain lorsque les Chiefs ont remporté la finale de la conférence américaine, le 19 janvier.

 Il n’est pas rare que des questions d’argent viennent effriter des liens, aussi étroits soient-ils, surtout lorsque des dizaines de millions sont impliquées. Les négociations pour le gros contrat signé par Laurent Duvernay-Tardif en 2017 n’ont heureusement pas eu cet effet néfaste.  

 Cinq ans, 42 millions... S’il est devenu habituel de voir des joueurs de hockey québécois faire sauter la banque, aucun joueur de football canadien n’avait touché une telle somme avant Duvernay-Tardif.   

 Plusieurs agents inexpérimentés se seraient empressés d’accepter un montant moins robuste dès la première offre. Pleinement confiant en sa tactique de négociation et en la valeur de son client et ami, Sasha Ghavami a plutôt prôné une patience qui a rapporté gros.   

 «Ça témoigne de la confiance qu’on se porte mutuellement. Laurent ne baignait pas du tout dans les notions de contrat et il n’avait pas vraiment d’idée de ce qu’il valait. Il n’y avait pas de doute dans mon esprit qu’il figurait parmi les meilleurs gardes de la ligue», affirme-t-il.   

 Dans ce contexte qui lui était inconnu, Duvernay-Tardif ne cache pas, avec du recul, que la tension aurait pu escalader.   

 «J’étais à Montréal en gériatrie et Sasha m’appelait pour me dire que les Chiefs avaient offert tel montant et qu’on devrait refuser. Je me disais par bouts : “tu es qui pour me dire de refuser ça ?” Ça aurait pu mettre notre amitié à rude épreuve, c’était intense», ricane-t-il trois ans plus tard.   

 Bonne préparation  

 Pour Ghavami, toute cette confiance résidait dans une préparation sans bavure, lui qui avait méticuleusement étudié tous les comparables possibles avant de pouvoir tenir tête à une équipe de la NFL.   

 «En négociations, l’important est de bien justifier ton offre pour qu’elle fasse du sens aussi pour l’équipe.    

 «Je me souviens qu’avant la signature, on soulignait la fête de Laurent dans un restaurant. Il m’avait pris par le cou en me disant : “Je te fais confiance, mais c’est ma carrière, fais attention!” Il y avait une certaine pression, mais jamais je n’aurais mis son avenir en péril. Tout ça remontait au plan qu’on a monté en 2013 et je me sens encore choyé qu’il m’ait fait confiance.»   

 Maintenant que le compte en banque est bien garni, il n’y aurait rien de tel pour le duo que de partager ensemble la conquête du trophée Vince-Lombardi.