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Une toute nouvelle drogue inquiète les autorités

Un opioïde puissant a été détecté dans des comprimés achetés sur la rue

GEN - HUGO BISSONNET DG CENTRE SIDA AMITIÉ
Photo Martin Alarie Hugo Bissonnet, directeur général du Centre Sida Amitié, s’inquiète de la présence d’isotonitazène, un opioïde de synthèse aussi fort que le fentanyl. L’organisme a ainsi émis une « Alerte surdose » pour informer les consommateurs de rue.

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Une nouvelle drogue aussi puissante que le fentanyl, l'opioïde responsable de milliers de morts au pays, a été détectée pour la première fois au Québec dans un comprimé, semant l'inquiétude chez des experts.  

« Si la personne qui est tombée là-dessus avait été un consommateur peu habitué, il serait probablement mort », lance le Dr Jean Robert, du Centre Sida Amitié, qui a dépisté la substance dangereuse dans de la drogue achetée sur la rue.  

On parle ici de l’isotonitazène, un opioïde de synthèse très puissant, trouvé dans un comprimé vendu comme l’analgésique Dilaudid.  

L’usager qui en a consommé, un habitué du Dilaudid, a eu une très mauvaise réaction : impression de mort imminente, forte agitation, images bizarres irréelles, délire verbal et perte de conscience.   

L’organisme, qui offre des services aux toxicomanes, dont le dépistage de produits dangereux dans les drogues, a immédiatement lancé une « Alerte surdose ».  

« On donne de l’information avec un canevas simple, peu de mots, mais surtout des images du comprimé pour qu’il soit reconnaissable », explique le directeur général de Centre Sida Amitié, Hugo Bissonnet. Depuis 2017, l’organisme des Laurentides a fait plus de 2700 dépistages de drogue.  

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« Il est très important d’informer les personnes de ce qu’elles ont acheté ou ce qu’elles se sont fait passer. Et la personne qui fournit l’échantillon est la première à le savoir. C’est elle qui a fait un badtrip », dit le Dr Robert. Après, l’info se propage très rapidement entre les toxicomanes.   

Selon lui, celui qui a vendu la drogue trafiquée n’est même pas au courant de la dangerosité de son produit. Il montre plutôt du doigt les producteurs de ces drogues de synthèse aux pratiques douteuses.  

Pour l’instant, un seul cas a été répertorié au Québec.   

D’autres cas ?  

« On l’a vu juste une fois, mais on entend des choses inquiétantes qui proviennent de la rue. On entend parler de faux Dilaudid ultra toxiques qui donnent des effets indésirables importants. Donc on craint qu’il y en ait d’autres en circulation », avertit M. Bissonnet.  

Selon lui, il est difficile de prévenir une surdose dans le cas de l’isotonitazène.   

Les languettes rapides qui permettent de détecter la présence de fentanyl dans les drogues ne fonctionnent pas pour cet opioïde nouvellement dépisté.   

Malgré ce premier signalement au Québec, d’autres cas de surdose sont survenus à Calgary ainsi que sur la Côte-Est américaine, selon M. Bissonnet.  

♦ L’Institut de santé publique du Québec a indiqué rester à l’affût face à l’apparition de cette drogue.  

Qu’est-ce que l’isotonitazène ?    

  • Surnommé « Toni »  
  • Opioïde de synthèse  
  • Aussi ou plus puissant que le fentanyl  
  • Entre 60 et 500 fois plus fort que la morphine  
  • Une infime quantité peut être mortelle  
  • L’injection de naloxone bloque les effets de la surdose, comme le fentanyl    

Un problème grave de santé publique  

« Au Canada, 13 000 personnes sont décédées depuis trois ans d’une surdose. Si c’était le coronavirus qui avait causé autant de décès, on en parlerait plus », image Jessica Turmel, du Groupe de recherche et d’intervention psychosociale.   

Comme d’autres experts en toxicomanie consultés par Le Journal, elle insiste sur le fait qu’il serait important que la population s’inquiète davantage du problème de santé publique que sont les surdoses mortelles.  

Ces surdoses sont en majorité causées par des opioïdes achetés dans la rue.   

Mme Turmel s’est d’ailleurs dite alarmée d’apprendre la présence d’isotonitazène dans de la drogue. Surtout que ce produit est considéré comme l’« addictif le plus puissant ».  

« C’est préoccupant, parce que c’est très intense. C’est comme si l’idée était de trouver la molécule la plus puissante, qui coûte le moins cher [pour couper la drogue] », dit-elle.  

Selon elle, ce produit pourrait par contre aussi bien s’être trouvé dans une production de comprimés par « contamination croisée ».  

« Mais ça veut quand même dire qu’un fabricant dans un laboratoire a utilisé ça une fois pour couper », nuance-t-elle. J’espère que ce sera confiné et qu’on ne connaîtra pas la crise vécue avec le fentanyl. »   

Le problème avec les faux comprimés de Dilaudid, c’est que les utilisateurs ne connaissent pas le contenu, encore moins les risques liés à sa consommation.  

Pas juste les toxicomanes  

« Les usagers se fient à leurs habitudes, ce qui rend le risque de surdose élevé », avertit Jean-François Mary, directeur général de l’organisme Cactus Montréal, qui vient en aide aux toxicomanes.   

C’est parce qu’il y a moins de Dilaudid légitimes en circulation qu’il y a une production de comprimés contrefaits.  

Selon lui, trop peu de solutions sont proposées par les autorités.  

« On est pris dans une impasse. La situation se complexifie. Les mesures proposées sont l’intervention, la sensibilisation. Mais on n’agit pas à la source. »  

Il faut aussi s’assurer de ne pas viser uniquement les toxicomanes. Plusieurs utilisateurs récréatifs peuvent être victimes de surdoses, rappelle Jessica Turmel.