/weekend
Navigation

La réalité trans dans toute son humanité

WE 0201 DOSSIER TÉLÉ
Photo courtoisie Suzon (Une autre histoire)

Coup d'oeil sur cet article

Dans son bistro, Maria est épanouie, chaleureuse et pas barrée. Elle s’ajoute cette saison à la faune urbaine de la série Fugueuse. Non loin de là, en banlieue Nord, Suzon, la douce au grand cœur vit sa vie en veillant sur ceux qu’elle aime dans Une autre histoire. Ce qu’elles ont en commun ? Elles sont trans, une réalité dont on a rarement parlé en fiction, mais qui s’inscrit dans la beauté de la diversité de l’humanité.  

Pascale Drevillon est une comédienne trans graduée en interprétation à l’École supérieure de théâtre de l’UQAM. Active au théâtre, elle reprendra à la fin du mois sa création Genderf*cker. Cette année, elle a décroché le rôle de Claudia dans la 2e saison de la websérie Dominos et c’est elle qui incarne Maria dans Fugueuse : la suite. « Maria est lumineuse, décrit-elle. Michelle Allen voulait qu’elle soit une inspiration pour Yohan et Daisie. Ils se sentent différents. Elle se sent utile. »  

« Ce genre de représentation dans les médias contribue à permettre aux personnes trans de développer leur confiance, constate Camille Chamberland, sexologue psychothérapeute, dont la santé transgenre est une spécialité. Ça rend la réalité trans accessible. C’est une référence émotionnelle, ça crée un sentiment d’appartenance sans avoir à entretenir des liens. » 

L’auteure Michelle Allen et le réalisateur Éric Tessier ont pris le temps de discuter avec Pascale de toutes les subtilités autour de la transidentité afin de bien faire les choses. « J’ai fait changer quelques répliques, mais un beau travail de recherche avait été fait. C’est génial que j’aie été retenue pour jouer le rôle, ajoute l’actrice. C’est très positif pour la représentativité. Nous avons (les trans) une voix unique, un visage unique, un historique, un vécu. C’est génial qu’on nous voie ! »  

Khate Lessard (OD)
Photo courtoisie
Khate Lessard (OD)

Au-delà de la transition 

Pascale est une des rares actrices trans au Québec. À part Gabrielle Boulianne-Tremblay révélée dans le film Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau. Probablement la première trans à hériter d’un rôle majeur dans une série chez nous. « Quand on regarde ce qui se passe ailleurs, j’espère que ça va ouvrir des portes !, mentionne-t-elle en faisant référence à la télé américaine. Ce que je déplore quand on parle de la réalité trans, c’est qu’on se concentre toujours sur l’aspect médical et la transition. C’est plus spectaculaire.  

La transition est souvent un hameçon. Certains l’abordent, comme Khate Lessard (d’Occupation Double) qui s’est respectée dans tout ça et qui a gardé le contrôle sur ce dont elle voulait parler. Khate est une influenceuse. Moi je suis comédienne. Je veux garder ça positif, le fun, et je trouve plus intéressant quand on n’a pas à focaliser sur l’aspect clinique du personnage. Dans Dominos, on ne dit jamais que Claudia est trans, mais parce que c’est moi, on s’en doute. Dans Euphoria, le mot trans n’est jamais nommé. C’est magistral la façon dont ç’a été abordé avec le personnage de Jules. » 

Maria (Fugueuse)
Photo courtoisie
Maria (Fugueuse)

Éviter la caricature 

Dans Une autre histoire, la première famille d’Anémone ne s’en serait pas sortie sans Suzon. « C’était une prostituée que Ron (le père) avait ramenée, mais quand il s’est aperçu qu’elle avait des attributs masculins, il s’est mis à la battre, raconte l’auteure de la série, Chantal Cadieux. Caroline (l’aînée) l’a convaincue de rester. Nous sommes à la fin des années 80, il n’y avait pas d’opération, les propos à l’égard des trans étaient violents. Suzon a une enveloppe corporelle plus costaude, elle est issue de la classe moyenne. Mais c’était important pour nous de ne pas tomber dans la caricature. » 

Une recherche a d’abord été faite pour trouver une actrice trans dans la cinquantaine avec suffisamment d’expérience, sans succès. « Je savais que Stéphane Jacques allait en prendre soin, ajoute-t-elle. On ne parle pas du fait que Suzon est trans. Elle n’est pas sortie du placard, elle fait partie de la famille, a un travail, s’assume. La normalité c’est ce qui aide la communauté trans. » 

Stéphane Jacques a abordé le personnage de Suzon avec beaucoup de délicatesse et de préparation.  

« J’ai d’abord rencontré Katrina, qui est trans, à qui j’ai posé beaucoup de questions, explique-t-il. Et j’ai aussi regardé l’excellente série Je suis trans (Moi&cie). Ce qui m’importait, c’était la gestuelle. Comment tenir le sac à main, la démarche, s’asseoir. J’ai travaillé avec une chorégraphe. J’ai aussi eu des séances avec une orthophoniste spécialisée en changement de sexe pour placer ma voix. Je ne suis pas d’accord avec l’idée que seuls les trans peuvent jouer des trans. Comme acteur, j’ai été formé pour jouer tout. Mais il faut vraiment être sûr de ce que l’on a, de ce que l’on dit ou est. Ça aurait été “touchy” de jouer Suzon sans cette recherche, comme elle est loin de moi. » 

« Mon ami Benoît McGinnis va incarner Hedwig sur scène, note Pascale Drevillon. Tout est une question de contexte. J’aime la pluralité des genres et je crois que tout le monde devrait avoir sa chance. Dans ce cas, je sais que Benoît a la sensibilité et la vulnérabilité pour jouer le personnage et qu’il fait ses recherches. Mais des clowns trans comme Pretzel (jouée par Christian Bégin) dans M’entends-tu ? ça éclipse la réalité, ça vise le spectaculaire, le misérabilisme. » 

Normaliser 

Le monde médical a beaucoup évolué dans les deux dernières décennies. La transition peut se faire plus tôt, il y a des suivis à différents niveaux, hormonal notamment.  

Le changement physique est harmonieux. Ce qui n’était pas le cas il y a 30 ans. « Des trans qui ont perdu leur emploi et qui se sont tournés vers la prostitution, il y en a, confirme la sexologue et psychothérapeute Camille Chamberland. Mais ce qui est important c’est d’avoir des modèles diversifiés. Et qu’on mise sur autre chose que la transidentité.  

Comme on l’a fait pour les gays dont on ne parlait que du coming out à une certaine époque. La transition, c’est accessoire. La réalité trans c’est d’avoir une carrière, une famille, un couple. Aller chercher une diversité autre que binaire. Il faut normaliser. Et surtout, éviter le discours “né dans un mauvais corps” qui peut être dommageable, car ce n’est pas le cas de tout le monde. » 

Artistes trans à la télé américaine 

Laverne Cox dans Orange is the New Black (Netflix) 

WE 0201 DOSSIER TÉLÉ
Photo courtoisie, Netflix

En 2010, elle anime et produit TRANSform Me, une émission de relooking pour trans. Elle devient la première trans nommée aux Emmy Awards et la première à faire la une du Time Magazine

Hunter Schafer dans Euphoria (HBO) 

WE 0201 DOSSIER TÉLÉ
Photo courtoisie, HBO

Mannequin et militante des droits LGBT. Pour son premier rôle, elle partage la vedette avec Zendaya dans Euphoria et incarne Jules.  

Alex Blue Davis dans Grey’s Anatomy (ABC) 

WE 0201 DOSSIER TÉLÉ
Photo courtoisie, ABC

En 2018, l’acteur trans vu dans 2 Broke Girls et NCIS s’est vu offrir un rôle de premier plan : Dr Casey Parker, un nouvel interne dans Grey’s Anatomy, série grand public.  

MJ Rodriguez dans Pose (FX) 

WE 0201 DOSSIER TÉLÉ
Photo courtoisie, FX

La chanteuse et actrice a été vue dans Nurse Jackie et The Carrie Diaries. Ryan Murphy lui confie le rôle principal de Pose.  

Jamie Clayton dans Sense 8 (Netflix) 

WE 0201 DOSSIER TÉLÉ
Photo courtoisie, Netflix

Co-animatrice de TRANSform Me, vue dans Hung, c’est Sense 8 où elle est une pirate informatique qui la consacre comme actrice. Elle est actuellement dans The L Word : Generation Q

Alexandra Billings dans Transparent (Amazon) 

WE 0201 DOSSIER TÉLÉ
Photo courtoisie, Amazon

Elle est une des premières trans à avoir incarné un personnage trans à la télé, dans Romy and Michele. En 2017, elle militait pour une plus grande représentation trans sur nos ondes.