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Marie-Ginette Guay et le désir de raconter

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Marie-Ginette Guay a rencontré Le Journal en décembre dernier, à Québec.

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Secouée par « un grand tremblement » durant l’adolescence, comme elle décrit le décès prématuré de ses parents, Marie-Ginette Guay y a certainement puisé un désir qui a guidé sa vie entière, celui de raconter et de rassembler. 

Par pudeur ou par discrétion sur sa vie privée, la comédienne et metteure en scène Marie-Ginette Guay n’a jamais beaucoup parlé de ces événements tragiques. Ils ont néanmoins sûrement imprimé un certain mouvement d’urgence à son parcours, en l’obligeant à se définir rapidement, analyse-t-elle aujourd’hui, avec le recul et aussi la sagesse de la soixantaine. 

La jeune fille a perdu ses parents, emportés par la maladie, à quelques mois d’intervalle. Heureusement, son frère, sa sœur et elle ont eu la chance d’être bien entourés. Elle a fréquenté le pensionnat Saint-Damien, dans Bellechasse, et a donc dû prendre rapidement son envol dans la vie. 

Native de Lauzon, secteur aujourd’hui fusionné à Lévis, cette doyenne de la scène de Québec a grandi dans un milieu ouvrier. Son père travaillait au chantier maritime Davie, comme la grande majorité des parents de ses amis. Dans le quartier, les jours tournaient beaucoup au rythme du chantier, de sa prospérité ou, au contraire, de ses creux. 

La comédienne en pleine discussion avec la chroniqueuse Karine Gagnon.
Photo Stevens LeBlanc
La comédienne en pleine discussion avec la chroniqueuse Karine Gagnon.

 

Un monde attirant 

Dans la famille, il n’y avait pas d’autre comédien, et l’art et la culture ne tenaient pas une grande place. Néanmoins, la future comédienne était rivée devant Les Beaux Dimanches à la télévision. Elle aimait bien faire son petit numéro, debout sur une table. 

Puis, à l’école secondaire, elle faisait partie de la radio et du journal étudiants. Elle a intégré la troupe de théâtre, autour de laquelle s’est greffée une bande d’amis. Elle s’est vite sentie chez elle dans ce monde dominé par l’imagination et les histoires en tous genres. 

En 1980, elle sort diplômée du Conservatoire dramatique de Québec, qui se trouvait alors sur la rue Saint-Denis jusqu’à ce qu’un incendie force une relocalisation. 

Nous nous sommes rencontrées dans les nouveaux locaux de l’institution, dans le Vieux-Québec, où elle enseigne depuis 2011. L’idée qu’elle cumule 40 ans de carrière la fait sourire et illumine ses beaux yeux bleus. « Ç’a passé vite, ça n’a pas de bon sens, et j’ai le même appétit de jouer. J’ai toujours l’impression de recommencer. » 

Basée à Québec 

Cette carrière, Marie-Ginette Guay a choisi de la vivre en étant basée à Québec, ce qu’elle n’a jamais regretté. « Des fois il y a des choses qu’on décide, mais des fois aussi la vie décide plus que nous », dit celle qui s’est beaucoup impliquée dans le milieu artistique de Québec. 

En plus d’avoir siégé à plusieurs conseils d’administration, dont celui du Périscope qu’elle a ensuite dirigé pendant huit ans, elle a aussi assuré la direction artistique par intérim du Trident. Elle y a aussi siégé à la vice-présidence du conseil, et s’est impliquée au sein de la fondation. 

Son implication a toujours été importante à ses yeux, car « c’est une façon d’intervenir sur son métier, de donner notre opinion aussi, de penser le milieu, les lieux », explique-t-elle. 

Ce n’est pas un hasard si Marie-Ginette Guay a étudié en sociologie à l’Université Laval. « Ça vous dit un peu mes intérêts. Cette conscience sociale a toujours été importante, de comprendre les enjeux, ce qu’on peut améliorer, sur quoi on peut mettre de la lumière. » 

Cette curiosité, ce désir de prendre une certaine distance par rapport à un enjeu social, ne pas avoir une opinion prédéterminée, tout ça lui sert beaucoup dans son métier. Il faut dire aussi qu’à part une période plus difficile où le téléphone a moins sonné, quelque part dans la quarantaine, Marie-Ginette Guay a été bien occupée. Elle cumule les projets et les personnages, avec des équipes et dans des lieux différents, et ce, tant au théâtre qu’à la télévision et au cinéma. 

Sonder l’âme humaine 

Les comédiens ne connaissent pas la routine, souligne-t-elle. « Je n’aurais pas été capable de faire un métier routinier. Ça m’ennuie profondément. » 

Cette perpétuelle impression de sonder l’âme humaine, à travers les différents rôles, la fait en revanche vibrer. « Quand on fait ce métier, on est curieux de l’humain. Les rôles, c’est comme une grande encyclopédie humaine où chaque personnage qu’on va jouer va nous inviter à découvrir une époque, parfois quand on fait une pièce classique, et va nous aider à découvrir les comportements qu’on n’aurait pas imaginés. » 

Elle apprécie également la relation avec le public, cette sensation de les toucher, de vivre avec eux un moment particulier. « Il y a quelque chose là de presque, entre guillemets, sacré », observe-t-elle. 

Ses parents n’ont pas eu la chance de voir l’évolution de sa carrière. « Mais je pense qu’ils aimeraient ça, dit-elle. Ça les étonnerait. » 

Nombreux rôles 

La comédienne et metteure en scène n’a jamais fait le décompte des rôles qu’elle a joués sur scène. Mais sur la page du Conservatoire, on parle de plus d’une centaine, de Michel Tremblay à Molière, mais aussi Michel-Marc Bouchard, Serge Boucher, Isabelle Hubert, Emmanuelle Jimenez et de nombreux autres. 

M<sup>me</sup> Guay dans la peau de maman Plouffe, dans la pièce Les Plouffe, présentée au théâtre du Trident, jusqu’au 9 février.
Photo Simon Clark
Mme Guay dans la peau de maman Plouffe, dans la pièce Les Plouffe, présentée au théâtre du Trident, jusqu’au 9 février.

Ses prestations lui ont valu de nombreux prix, dont plus récemment celui de la critique, pour son rôle de Madame G. On peut la voir ces jours-ci au théâtre du Trident, dans Les Plouffe, où elle joue Joséphine. 

Marie-Ginette Guay a aussi joué beaucoup à la télévision ces dernières années, notamment Rollande dans Discussions avec mes parents, dont elle entend beaucoup parler.   

Marie-Ginette Guay a aussi donné vie à plusieurs personnages au grand écran, dans les films Continental, Un film sans fusil, On the Road, Les Affamés, et dans Les Nôtres, film dont la sortie est prévue en mars. 

Entre le jeu au théâtre et au cinéma, la qualité d’émotion doit être la même, dit-elle. La différence principale tient plutôt dans le contact avec le public. 

« Au théâtre, c’est nous qui faisons le focus pour le public, on est responsable de ça [...] Au cinéma, c’est le réalisateur ou la direction photo [...] avec qui on a une complicité. » Son idéal serait de pouvoir continuer à combiner les deux – théâtre et cinéma – le plus longtemps possible car chacun la nourrit selon ses exigences. C’est un peu comme une conversation entre tous ces mondes. 

Marie-Ginette Guay souhaite aussi continuer à mettre son grain de sel dans la communauté, dans le milieu et dans notre société. À « être utile ». 

Le métier de comédien a ceci de formidable, souligne-t-elle, qu’il est possible de le faire longtemps, si on est en santé bien sûr. Une santé dont elle bénéficie, et qui paraît aussi intacte que l’est sa passion pour ce beau métier. 

En rafale 

Plus visible 

Ces dernières années, Marie-Ginette Guay a notamment donné vie à plusieurs personnages au petit écran : Rollande dans Discussions avec mes parents, Simone dans Chabotte et fille, Yvonne dans Yamaska et Gisèle dans Le Siège. Dans Aveux, son rôle de Micheline, qui l’a beaucoup marquée, a été récompensé par un prix Gémeaux en 2010. « La télévision faisant son effet, on a l’impression que je travaille plus, mais mon travail est davantage diffusé, c’est plus visible », dit celle qui a toujours travaillé beaucoup, mis à part quelques « passages à vide » dans la quarantaine où elle continuait à être impliquée dans son milieu même si le téléphone sonnait moins pour des rôles. La quarantaine, « c’est peut-être une période un peu plus difficile pour les femmes [...] comme une espèce d’entre-deux. » 

Côtoyer les jeunes 

À travers son travail de professeure de diction au Conservatoire d’art dramatique de Québec, Marie-Ginette Guay a la chance de côtoyer les jeunes. « C’est vraiment quelque chose de stimulant, dit-elle. On dit souvent qu’on apprend quand on enseigne, et c’est vrai [...] Il faut réfléchir à son métier si on veut l’enseigner, alors ça nous fait avancer aussi. C’est vraiment agréable de les voir aller ». Très occupée cet automne, et en tournée un peu partout au Québec, elle a dû confier la moitié de sa tâche à un collègue. Le conservatoire encourage de toute façon ses professeurs à demeurer actifs dans le métier, et fait donc preuve de souplesse dans l’organisation des horaires.