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J. Lo et Shakira, trop sexuelles?

Elles mettent le feu à la planète

J. Lo et Shakira, trop sexuelles?
Photo AFP

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C’était au tour de J. Lo et de Shakira, hier, d’enflammer la scène lors du spectacle de la mi-temps du Super Bowl, succédant ainsi à Beyoncé, Lady Gaga, Madonna et Katy Perry. Aucune de ces femmes n’a la réputation de s’habiller en Madone. On se souvient encore du «Nipplegate» de Janet Jackson, lors du Super Bowl XXXVIII, en 2004. La poitrine de Janet avait alors fait la manchette des semaines durant.   

Le spectacle d’hier n’a pas échappé à la règle. Des madames pas beaucoup habillées sur une scène, ça déclenche toujours les passions. Les costumes et les déhanchements des deux bombes latinas que sont respectivement J. Lo et Shakira ont ainsi soulevé l’ire et l’opprobre des matantes et des mononcles de la bien-pensance.   

«C’est pas féministes.» «Franchement, ça contribue à l’hypersexualisation des jeunes filles.» «Voir qu’à 50 ans, tu tournes autour d’un poteau, ç’a pas de classe.» «Maudite gang de chirurgiées.» Voilà ici un bref échantillonnage de tout ce qu’on peut lire depuis hier sur les médias sociaux.   

  • Geneviève Pettersen est revenue sur le sujet dans son émission Les Effrontées sur QUB Radio:

Je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai ADORÉ le spectacle et la performance de mesdames Shakira et Jennifer Lopez. Ça faisait changement des spectacles soporifiques de Justin Timberlake et de Maroon 5 lors des derniers Super Bowl. D’ailleurs, Travis Scott s’était mis en chest et ça avait aussi contrarié les ayatollahs du bon goût. Comme quoi ici, hommes et femmes sont égaux devant le puritanisme ambiant.   

Mais revenons à nos égéries, égéries respectivement âgées de 43 et 50 ans. Parce que je crois bien que c’est ça qui en a dérangé plusieurs, au fond. Comment des femmes dans la quarantaine et la cinquantaine osent-elles revendiquer leur sexualité et avoir l’air de ça? Bon, les mauvaises langues diront qu’elles ont droit à des entraîneurs privés, qu’elles suivent un régime draconien et qu’elles ont bien eu quelques interventions esthétiques pour les aider à ressembler à ça. J’ai envie de répondre: «Pis ça?»   

J. Lo et Shakira, trop sexuelles?
Photo AFP

C’est une lecture tellement sommaire que de réduire ces deux femmes-là à leurs corps et à ce qu’elles projettent. Je suis bien consciente que ce type de modèle peut exercer une certaine pression sur les femmes «ordinaires», mais come on, c’est leur métier d’avoir l’air de ça. Et ça ne veut pas dire que vous devez vous plier à ces standards. Ce sont des danseuses, des performeuses et elles se donnent en spectacle depuis toujours. Pas besoin de leur ressembler si on est hygiéniste dentaire, chauffeuse de poids lourd ou chirurgienne cardiaque. Mais si ça vous tente, pourquoi pas? Allez-y. On est en 2020.    

Je suis excessivement tannée du slut-shaming ambiant. Et je suis encore plus écœurée que, passé un certain âge, les femmes doivent se couvrir, se faire une coupe popcorn et se contenter de rêver aux années où on les considérait comme désirables. On peut-tu avoir l’air de ce qu’on veut sans se faire classer automatiquement dans le camp des bonnes ou des mauvaises filles? Dans le camp des «trop» ou des «pas assez»?   

Les femmes comme Shakira et Jennifer Lopez sont en train de définir de nouveaux standards. On peut exister, danser et vivre après 50 ans. On peut revendiquer sa sexualité et sa désirabilité. On peut être tout ce qu'on veut. Et si ce qu'on veut, c'est faire des steppettes autour d'un poteau, pourquoi pas?   

On n’arrête pas de dénoncer l’âgisme envers les femmes, mais quand deux femmes qui ne sont plus dans la vingtaine mettent littéralement le feu à la planète, on chiale que c’est too much. Après, je le redis, ça ne veut pas dire qu’il est impératif de ressembler à ça, mais je trouve que chacune devrait être libre de vieillir comme elle l’entend.    

Durant leur carrière, Shakira et Jennifer Lopez, qu’on a d’abord connues comme danseuses, en passant, se sont fait un point d’honneur de faire connaître au monde entier la culture latina. Et la soirée d’hier n’a pas fait exception. Elles ont saisi l’occasion de faire un statement culturel et ont célébré, toutes de bottes hautes et de paillettes vêtues, leur héritage latina. Je ne vois pas ce qu’il y a de mal là-dedans et j’ai bien hâte qu’on se sorte de cette dichotomie de la vierge et de la putain. Ça se peut, être féministe et montrer de la peau. C’est une façon de reprendre son pouvoir. Et ça, c’est beau, c’est fort et c’est inspirant.