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Le Québec debout

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Clarifions un point en partant : ceci n’est pas une chronique politique. Quoique... Je regarde le football américain depuis plus de 35 ans. Le Super Bowl, religieusement. J’ai rarement vu un intérêt aussi grand avant et pendant le match ultime de la NFL.

Vrai que Patrick Mahomes rallie les cœurs jeunes et vieux, masculins comme féminins. Mais le véritable responsable du délire collectif qui a frappé le Québec dimanche soir était Laurent Duvernay-Tardif.

Avouez les gars que vous vous êtes un jour sentis bien ordinaires en regardant aller Laurent. Grand et gros, le cheveu abondant, le colosse fabrique des bols de bois, quand il ne prépare pas quelques pâtisseries de fantaisie. Il est entré en médecine à McGill en baragouinant un anglais approximatif. Il en a été promu avec honneurs et cote R supérieure.

Accessoirement, sans doute pour passer le temps, il a joué au football pour ceux qui s’appelaient avant les folles rectitudes les Redmen. Compliqué de ne pas se sentir complexé dans ce temps-là. 

Marquer l’histoire

Mais les complexes étaient bien loin dans les priorités du peuple québécois, dimanche soir. Car un des leurs écrivait l’histoire sous leurs yeux en devenant le premier natif du Québec à embrasser le trophée Vince-Lombardi.

Et encore le peuple s’est levé. Il a chanté, dansé, hurlé son bonheur dans un cri qui trahissait son ivresse autant que sa surprise. Car c’est bien connu, né pour un petit pain, le Québécois moyen s’imagine mal se « goinfrer » d’une pâte abricotée...  

Pourtant... de Maurice à Laurent en passant par tous ses créateurs et créatrices de génie, ces athlètes et artistes hors-norme moteurs de fierté, toujours on trouve une fabuleuse démonstration du savoir-faire d’ici, de notre capacité, loin du misérabilisme, à triompher. Debout et fier, repoussant ses limites, abattant les frontières, champion Laurent a ouvert grand nos yeux et nos cœurs.

C’est tout ça qu’il y avait dans le délire collectif de dimanche. Même les puristes de la collectivité triomphaliste du football et autres partisans des 49ers de San Francisco ne trouvaient aucune issue de colère dans la défaite de leurs favoris aux paris. 

Récupération et lapsus

À ce sujet, puisque tout est politique, la récupération du Bloc québécois d’un propos sentie de Laurent est une autre illustration de la compréhension de ce parti et de son chef Yves-François Blanchet quant aux moyens de rejoindre et toucher l’électorat de 2020.

« Ma langue est maintenant ce qui me rend unique dans le vestiaire. J’aime ma culture, alors j’essaie de la représenter. »

Je ne sais trop ce que Laurent pense de cette récupération assortie du logo du Bloc, mais quelque chose me dit que nous le saurons bien assez vite.

Chose certaine, c’était de meilleur goût que cet autre lapsus du premier ministre Justin Trudeau qui a rebaptisé Laurent Duvernay-Thibault...

Remarquez, peut-être qu’au fond, Justin ne voulait simplement pas évoquer la mémoire de ce grand ministre senior que fut sous René Lévesque feu Guy Tardif. Après tout, outre sa brillante carrière politique dans les forces souverainistes, grand-papa Tardif s’est probablement aussi lancé le ballon à quelques reprises avec son petit-fils Laurent, désormais champion du monde de football américain !