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Avortement: le débat n'est pas clos

Avortement: le débat n'est pas clos
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Non, le débat sur l’avortement n’est pas clos. Non, la question de l’avortement n’est pas réglée. Oui, la loi est claire au Canada, mais le « malaise » persiste face aux avortements tardifs. 

Posez-vous la question : êtes-vous 100% à l’aise à l’idée qu’une femme se fasse avorter dans le troisième trimestre de sa grossesse sous prétexte que « son corps lui appartient » ? 

Sincèrement, dans le fond de votre cœur, vous n’avez pas la moindre hésitation ? 

Je ne parle évidemment pas ici des crinqués anti-avortement qui refusent le principe même de l’interruption volontaire de grossesse. Je ne parle pas ici des crinqués qui harcèlent les femmes, intimident les médecins, mettent de la pression sur les politiques. Ceux qui crient au péché. 

Non, je parle du citoyen lambda, qui est pour le libre choix des femmes à disposer de leur corps, mais qui grince des dents quand il entend parler d’avortement après 23 semaines. 

Aujourd’hui, le premier ministre et la ministre de la santé ont réitéré que « la loi, c’est la loi » et q u’au Canada, depuis 1988, les femmes ont le droit à l’avortement libre et gratuit. 

Mais ce qu’on apprend dans le rapport du Collège des médecins, c’est que même au sein du corps médical, il y a un « malaise » face aux avortements tardifs. Ce ne sont pas tous des crinqués de Jésus... mais des humains qui ont une réticence à interrompre une grossesse juste avant la naissance. Un malaise, un inconfort. 

On hésite à parler de ce malaise-là, de cette réticence-là parce qu’on a peur que ça donne des munitions aux anti-avortement.  

On a peur d’ouvrir la porte à la dystopie de La servante écarlate. 

 

Ce qui est dommage, c’est que cette peur-là fait en sorte qu’aucune discussion, aucun débat n’est possible autour des avortements tardifs. 

Et il me semble pourtant qu’en démocratie, le débat est sain. Est-ce qu’on pourrait se parler d’avortement calmement, sans se crier de noms, sans menaces de mort, sans épée de Damoclès au-dessus de nos têtes ? 

Le Canada est l’un des seuls pays au monde où l’avortement n’est pas balisé ni encadré. C’est le seul pays membre de l’OCDE qui n’a aucune loi sur l’avortement. 

Et selon un sondage Angus Reid datant de 2018, une majorité de Canadiens (61%) étaient d’accord avec la formulation suivante : « Il devrait y avoir des lois encadrant l’avortement, en particulier en ce qui a trait aux avortements tardifs ». 

Les positions sont aux antipodes, d’un côté les pro-vie, de l’autre les pro-choix. Mais tous ceux qui sont « entre les deux », quand les entend-on ? Qui ose aller sur la place publique en disant je suis pour l’avortement MAIS... » 

 

Pourtant, plein de pays, qui ne sont ni d’horribles dictatures ni d’horribles théocraties misogynes, ont balisé l’avortement et continuent d’en débattre ouvertement et sainement. 

Dans plusieurs pays européens, la loi précise que les femmes peuvent avorter jusqu’à X nombre de semaines. Cela varie d’un pays à l’autre et d’une époque à l’autre puisque dans ces pays, on continue de débattre de cette question-là.  

 

Je repose donc la question : pourquoi au Canada fait-on l’économie de cette discussion ? 

 

Et j’aimerais rappeler un extrait du brillant discours de la ministre française Simone Veil, quand elle déposé son projet de loi sur l’avortement, en 1974. « L’interruption de grossesse ne peut être que précoce, parce que ses risques physiques et psychiques, qui ne sont jamais nuls, deviennent trop sérieux après la fin de la dixième semaine qui suit la conception pour que l’on permette aux femmes de s’y exposer. » 

Peut-on accuser la féministe Simone Veil d’être une vilaine machiste ?