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L’Ordre national du Québec pour 400$

Jean Beliveau
Photo d’archives Jean Béliveau a été fait grand officier de l’Ordre national du Québec par le premier ministre Jean Charest, en 2010.

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L’Ordre national du Québec est le plus grand honneur qu’on puisse décerner à un Québécois ou à une grande personnalité ayant fait sa marque dans la Belle Province.  

Jean Béliveau avait reçu l’insigne de chevalier de l’Ordre national du Québec en 1988. Puis, en 2006, il avait été reçu officier de l’Ordre. Encore plus, en 2010, le premier ministre Jean Charest lui avait octroyé l’honneur suprême d’être reçu grand officier de l’Ordre national du Québec.  

Comme on l’a fait par exemple avec Kent Nagano et le grand scientifique Hubert Reeves.  

Deux de ces trois médailles étaient offertes en vente sur le site de l’encan consacré aux souvenirs de Jean Béliveau sur Classic Auctions, dont les médias ont abondamment parlé ces derniers jours.

  • ÉCOUTEZ Réjean Tremblay et Liza Frulla commenter le dossier à QUB radio:

Le prix de départ avait été fixé à 400 $!  

Pour des médailles de chevalier et d’officier de l’Ordre du Québec!  

UN DEVOIR CIVIQUE  

Lundi soir, j’ai reçu un appel. Pour une très rare fois, la voix de l’avocat, banquier et ancien sénateur et ministre au fédéral Michael Fortier était nerveuse. Avec une trace évidente d’urgence et d’indignation.  

Me Fortier cherchait à tout prix à joindre la famille de Jean Béliveau ou un dirigeant du Canadien.  

«Il faut faire quelque chose. Je m’intéresse aux histoires qui se cachent derrière les événements sportifs et les grands athlètes. Ainsi, j’ai acheté un chandail de Derek Jeter des Yankees. Mais là, je veux empêcher un immense dérapage de se produire», de lancer M. Fortier.  

En consultant les pages de Classic Auctions consacrées à Jean Béliveau, Me Fortier a réalisé qu’on offrait des médailles de l’Ordre national du Québec. Pour 400 petites piastres...  

«Je ne veux pas qu’on vende ainsi des médailles représentant le plus grand honneur que le peuple québécois peut rendre à un individu. Quelqu’un n’a pas réfléchi, que ce soit la famille Béliveau ou le dirigeant de Classic Auctions. C’est insensé, vendre la médaille de l’Ordre national du Québec!» de dire Me Fortier.  

«S’il le faut, je vais l’acheter le prix qu’on me demandera et je la remettrai aux dirigeants de l’Assemblée nationale ou de l’Ordre national du Québec», d’ajouter Me Fortier.  

LE RÔLE DU CANADIEN  

Le lendemain, mardi, Michael Fortier entrait en contact avec Paul Wilson, le vice-président du Canadien. La direction de l’équipe n’a pas voulu se mêler de cet encan des grands objets reliés à son ancien capitaine.  

«Tout ce qu’on a fait, c’est de prêter un local à la famille Béliveau pour exposer les objets pendant la vente», d’expliquer Wilson.  

Sauf que la pression montait dans la marmite. Et que le Canadien ne savait pas trop comment gérer l’affaire. On a aidé Me Fortier à entrer en contact avec le dirigeant de Classic Auctions. Mais les choses ne semblaient pas évoluer assez vite dans le dossier.  

Finalement, mardi après-midi, le cabinet du premier ministre était mis au courant de cette incroyable affaire. Je rappelle que si la médaille d’honneur de l’Assemblée nationale du Québec est remise par le président de l’Assemblée nationale (par exemple la médaille remise à Jean Pagé, l’automne dernier), la médaille de l’Ordre national du Québec, la distinction suprême, est remise par le premier ministre lui-même au nom du gouvernement du Québec.  

INTERVENTION DE L’ORDRE NATIONAL DU QUÉBEC  

Sans doute que le personnel du cabinet du premier ministre François Legault a fait son travail. Hier matin, mercredi, un des dirigeants de l’Ordre national du Québec a contacté Paul Wilson, du Canadien, pour lui expliquer que la loi interdit de revendre une médaille d’honneur remise par le premier ministre au nom du peuple québécois. Et on a demandé à Wilson d’expliquer à Mme Élise Béliveau et à sa fille Hélène, avec toute la délicatesse du monde, que l’idée d’avoir mis en vente ces insignes n’était peut-être pas la meilleure.  

Heureusement, il ne semble pas que l’épinglette de l’Ordre du Canada remise à M. Béliveau ait été mise à l’encan.   

Hier avant-midi, la famille et Classic Auctions retiraient les deux médailles des souvenirs du grand Jean mis aux enchères.  

Et en soirée, Michael Fortier revenait d’un meeting à New York sans médaille... mais content qu’un affreux dérapage ait été contrôlé.  

Jacques Ménard, le grand homme des coulisses  

J’ai reçu comme un choc la nouvelle de la mort de Jacques Ménard. Je savais qu’il était malade, mais on espérait qu’une transplantation des poumons le sauverait.   

Jacques Ménard, c’est l’homme dans les coulisses. C’est lui que j’appelais quand je voulais me démêler dans le dossier de la vente des Expos au groupe de Claude Brochu. Et toujours lui qui a cru en Jeffrey Loria. Un affront qu’il a mis des années à oublier.   

Et qui était derrière la vente du Canadien à George Gillet et ensuite à Geoff Molson? Jacques Ménard.   

Il venait de Chicoutimi. On a siégé ensemble au conseil d’une importante collecte de fonds pour l’hôpital de Chicoutimi avec Charles Sirois, Serge Godin, Bernard Lamarre, Lucien Bouchard et quelques autres Bleuets...  

Mettons que lorsque ces messieurs se mettaient sur le téléphone, les fonds rentraient vite...  

Il ne gagnait pas tout le temps. Il était convaincu que Québecor ne gagnerait pas les droits de gestion dans le dossier du Centre Vidéotron. Les gens du Canadien étaient très agressifs pour arracher le contrat.  

Cette fois-là, il s’était trompé...  

Condoléances à Marie-Josée, Simon et Valérie...