/opinion/blogs/columnists
Navigation

Nationaliser Bombardier: aux grands maux les grands remèdes.

Coup d'oeil sur cet article

Que restera-t-il de la compagnie Bombardier dans les années qui viennent? Pas grand-chose. Il est évident que la vente de feu à laquelle s’apprêtent à procéder les dirigeants de Bombardier rapportera surtout de l’argent aux dirigeants de la compagnie, même si ces dirigeants ont coulé la compagnie par leur mauvaise gestion. 

Mais Bombardier n’appartient pas qu’aux actionnaires de Bombardier. Légalement, la propriété ne fait aucun doute. Mais politiquement, Bombardier appartient à tous les Québécois. 

Ce sont les Québécois qui ont investi dans Bombardier. 

Ce sont les Québécois qui ont formé le terreau dans lequel Bombardier a pu grandir. 

Ce sont les Québécois qui par leurs infrastructures, leur travail acharné, leur système d’éducation, leurs institutions, leurs élus, leur gens d’affaires, leur inventivité, leur génie, ont soutenu Bombardier. 

Il est évident que la vente des dernières activités de Bombardier à une compagnie américaine portera un coup très dur à l’ensemble de l’économie du Québec. Cette vente ferait aussi très mal à l’économie du reste du Canada. 

Bombardier n’est pas une entreprise qui vend du poulet. 

Bombardier est au cœur de l’industrie du Québec. 

La perte d’un levier économique aussi important, surtout aux mains d’une entreprise des États-Unis, annonce la chute lente, mais quasi-certaine de tout un pan de l’industrie au Québec. 

Les activités de gestion de Bombardier seront déménagées aux États-Unis et éventuellement, les fournisseurs de la compagnie se retrouveront presque tous au sud de la frontière. 

Un coût 

Il y a un coût à nationaliser Bombardier. 

Ce coût n’est pas économique, parce qu’à long terme, si elle était vendue, la compagnie ne rapporterait plus d’argent à l’économie du Québec et du Canada. 

Ce coût n’est pas non plus administratif, parce que les Québécois sont maintenant assez éduqués pour prendre en mains cette compagnie à travers leur gouvernement. La compétence ne manque pas. 

Le coût est politique. 

Les États-Unis n’aiment pas que des morceaux aussi succulents soient soustrait à leur appétit insatiable. 

Certains lobbies de droite pousseront les hauts cris parce que la nationalisation va contre leur catéchisme. 

Sécurité nationale 

Mais un argument peut facilement faire taire ces critiques : celui de la sécurité nationale. Et en effet, à l’échelle du Québec et du Canada, la perte de Bombardier soulève une question de sécurité économique nationale. 

Inversement, une réaction trop faible du premier ministre François Legault entachera son gouvernement qui pourrait le payer très cher son éventuelle inaction aux prochaines élections. 

Le gouvernement du Québec devrait acheter Bombardier. Il devrait être aidé par le gouvernement du Canada. Mais parce que les conservateurs sont trop dogmatiques pour soutenir un tel achat et parce que le gouvernement est minoritaire, il y a peu d’aide à attendre d’Ottawa. 

Ne pas nationaliser Bombardier, c’est dire qu’au Québec, tout est à vendre au plus offrant. C’est dire que la révolution tranquille a été vaine, que la génération des baby-boomers doit être enterrée avec l’héritage, que les jeunes générations devront peiner pour ne pas redevenir des porteurs d’eau. 

Une aubaine 

Une dernière chose. Dans l’état où se trouve la compagnie, une nationalisation serait une aubaine, parce que le potentiel de compagnie est encore relativement intact et qu’avec des dirigeants intéressés à autre chose que leur profit personnel, la compagnie a de très fortes chances de prospérer de nouveau d’ici quelques années. 

Et même si la compagnie ne prospérait pas comme avant, au moins elle continuerait à soutenir la grappe industrielle des transports aériens et ferroviaires. C’est beaucoup d’argent dans les coffres des gouvernements, argent qui autrement risque de partir à l’étranger.