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D’autres inquiétudes chez Bombardier: des déficits de 4 G$ dans les régimes de retraite

C Series et Airbus
Photo d'archives, PIerre-Paul Poulin Des employés de la division aéronautique de Bombardier, à Mirabel, en 2018. L’entreprise compte 14 500 salariés au Québec.

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Bombardier ne traîne pas seulement une lourde dette de 12,4 milliards $. La multinationale a également accumulé, dans ses régimes de retraite, des déficits qui dépassent les 4 milliards $.  

Il s’agit, et de loin, du plus important passif de ce type pour une entreprise québécoise.   

« C’est évident que ça n’aide pas » le redressement financier de Bombardier, affirme le professeur de comptabilité Michel Magnan, titulaire de la Chaire de gouvernance Jarislowsky de l’Université Concordia.   

« C’est une obligation financière qui est non négligeable », ajoute-t-il.   

Situation pire qu’ailleurs  

Une bonne partie du passif lié aux régimes de retraite découle de l’acquisition du constructeur européen de matériel roulant Adtranz, une transaction qui remonte à 2001.   

À la fin de 2018, le taux de capitalisation des régimes canadiens de Bombardier était de 83 %. C’est bien moins que le taux médian des 409 régimes à prestations déterminées du secteur privé au Québec, qui s’établissait à 109 % à la même date, selon Retraite Québec.    

L’ampleur du trou à combler fluctue en fonction des taux d’intérêt. Pendant les neuf premiers mois de 2019, le passif des régimes de retraite de Bombardier a bondi de 42 %. En septembre 2016, il avait frisé les 4,4 milliards $.   

David Chartrand, coordonnateur québécois de l’Association internationale des travailleurs de l’aérospatiale, dit ne pas avoir reçu de questions de la part des syndiqués de Bombardier à propos des déficits des caisses de retraite.   

Qu’arrive-t-il en cas de vente ?  

Par contre, a-t-il reconnu, il y a des travailleurs « qui se posent cette question : qu’est-ce qui arrivera avec notre régime de retraite si Bombardier est vendu ou ferme, ou quoi que ce soit ? »   

« En général, les régimes de retraite font partie de la business parce que, quand on vend une division, les employés viennent avec et, forcément, le régime de retraite aussi », répond M. Magnan.   

Si Bombardier devait échouer sa restructuration et disparaître, l’avenir des régimes de retraite serait plus sombre, comme on l’a vu récemment dans le dossier de Capitales Médias.   

Michel Magnan note que le passif des régimes de retraite pèsera dans la balance si Bombardier décide de vendre l’une de ses deux divisions restantes, les avions d’affaires et les trains, voire les deux.    

« Si vous êtes l’acquéreur, c’est un élément que vous allez considérer, explique le spécialiste. Ça va faire partie des négociations et influencer le prix de vente. »   

Lorsque Bombardier a annoncé la vente de ses usines de Belfast, en Irlande du Nord, et de Casablanca, au Maroc, en octobre, l’acheteur, Spirit AeroSystems, a indiqué qu’il allait assumer des obligations de près de 400 M$ liées aux régimes de retraite.   

♦ Bombardier compte plus de 68 000 employés à travers le monde  

Passifs des régimes de retraite      

  • Bombardier : 4,1 G$  
  • Desjardins : 2,5 G$  
  • Hydro-Québec : 1,8 G$  
  • Power Corporation : 1,7 G$  
  • Bell Canada : 1,5 G$