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«Nouveau» tracé du 3e lien décrié: effets «dramatiques» sur la congestion

«Nouveau» tracé du 3e lien décrié: effets «dramatiques» sur la congestion
Photo Jean-François Desgagnés

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L’idée d’un tunnel reliant les centres-villes de Québec et Lévis a systématiquement été évacuée par les autorités et les ingénieurs, dans les dernières décennies, en raison des effets «dramatiques» anticipés sur la congestion à Québec.

C’est le terme employé dans l’une des plus récentes études réalisées sur le troisième lien, au tournant des années 2000, par la firme de génie-conseil Tecsult (fusionnée aujourd’hui à Aecom). 

Elle avait été commandée, à l’époque, par le Comité du lien sous-fluvial à l’est de Lévis-Québec et visait à mettre à jour l’ensemble des études antérieures effectuées depuis les années cinquante sur un troisième lien. 

Au fil du temps, le projet d’un tunnel ou d’un pont-tunnel à l’est, entre les deux rives, jumelé à l’île d’Orléans, a toujours été celui qui a été mis de l’avant. 

«Il n’est pas étonnant que l’axe Orléans ait été choisi», peut-on lire dans le document transmis au ministère des Transports il y a 20 ans. 

«Un lien direct aurait des conséquences trop graves sur les centres-villes pour être retenu, comme l’ont estimé divers organismes de planification régionale, telle la Commission d’aménagement de la communauté urbaine de Québec.» 

«Non seulement ce lien serait difficilement intégrable à un réseau routier adéquat, mais tout lien routier direct augmenterait de façon dramatique la congestion du centre-ville par l’automobile», ajoute-t-on. 

Un des auteurs toujours sceptique

Le Journal a retracé l’un des nombreux coauteurs de cette étude, qui a accepté de commenter les plus récents rebondissements dans le dossier du troisième lien, sous le couvert de l’anonymat.  

Vingt ans plus tard, il demeure un partisan d’un pont-tunnel à l’est, via l’île d’Orléans, la «solution la plus pratique et la moins coûteuse», selon lui.

Il ne croit pas au tracé privilégié par le gouvernement Legault entre les deux centres-villes. 

Pas une bonne solution

«Ç’a été regardé, mais ça n’a jamais été étudié de façon approfondie. Tout le flot de circulation qu’on va déverser, qu’est-ce qu’on fait avec? Ceux qui faisaient l’étude de circulation disaient : “Je ne vois pas comment on peut résoudre ce problème-là.” Peut-être qu’ils ont trouvé la solution aujourd’hui, mais personnellement, j’en doute... Je ne trouve pas que c’est une bonne solution.» 

«Le gros problème, c’est la longueur du tunnel et l’arrivée sur Laurentienne. Le chenal du fleuve est plus profond aussi à cet endroit que par le tracé à l’île d’Orléans. À mon avis, les coûts sont faramineux. Ils n’auront pas le budget pour se payer ça. De la façon dont ils sont partis là, je vous le dis, il n’y en aura pas de projet. Ils sont en train de le tuer», prédit l’ingénieur à la retraite. 

Le préfet de la MRC de Bellechasse, Clément Fillion, a siégé au Comité du lien sous-fluvial avec d’autres élus et le défunt maire de Lévis, Jean Garon, à la fin des années 90. Il se souvient très bien, lui aussi, du scepticisme du MTQ, à l’époque, quant à la possibilité d’un troisième lien reliant les deux centres-villes. 

«Le ministère était très sceptique. Le tracé de l’île d’Orléans avait été retenu parce que même au ministère des Transports, la difficulté de raccorder ça au réseau nous avait amenés à l’est plutôt que d’arriver au centre-ville.» 

Aujourd’hui, malgré l’ampleur du défi technique, Clément Fillion se dit «très favorable» au nouveau tracé qui permettrait aux Lévisiens et aux gens de Bellechasse de se rendre au centre-ville de Québec et à de nombreux lieux d’emploi plus rapidement. 

Il a confiance que le MTQ sera en mesure de trouver des solutions pour «raccorder tout ça au réseau routier du centre-ville». 

Études sur le troisième lien  

  • Entre 1956 et 1979, au moins six rapports d’étude ont été déposés concernant la nécessité d’établir un lien interrives permettant un système de circulation périphérique dans la grande région de Québec. 
  • En 1968, le ministère de la Voirie dévoile un plan de circulation qui comprend un pont reliant les deux centres-villes, dans le secteur du Vieux-Port. L’idée d’un tunnel à cet endroit est étudiée, mais est écartée en raison de la méconnaissance du socle rocheux sous-fluvial. 
  • Le rapport de la firme Vandry, Jobin & Associés, en 1979, est le plus volumineux à ce jour et il se concentre exclusivement sur la faisabilité d’un troisième lien via l’île d’Orléans. 
  • Fin 1999, la firme Tecsult dépose un rapport commandé par le Comité du lien sous-fluvial à l’est de Lévis-Québec, lequel écarte tout scénario de tunnel reliant les deux centres-villes. 
  • En 2016, le professeur Bruno Massicotte réalise une étude de faisabilité et évalue un troisième lien à 4 milliards $. Le seul corridor étudié est à l’est, via la pointe de l’île d’Orléans.