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Inoubliables: Jean-Pierre Coallier

Chaque semaine le Journal retrouve des artistes qui ont connu la gloire, mais qu’on voit moins depuis quelques années. On ne les a pas oubliés pour autant...

ART-MARC HERVIEUX
Photo Agence QMI, Sébastien St-Jean Jean-Pierre Coallier

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S’ennuyant à l’École des beaux-arts, il avait envoyé son CV à toutes les radios du pays dans l’espoir d’être remarqué. Et c’est à Sudbury, en Ontario, qu’on offrit un premier boulot à ce jeune homme sans expérience qui écoutait la radio au dépanneur de ses parents, dans le quartier Rosemont. Il a, depuis, cumulé 60 ans de radio et marqué la télévision québécoise, en réalisant notamment l’exploit d’un talk-show quotidien de fin de soirée durant dix ans, Ad Lib.

Après avoir travaillé en Ontario, puis à CKAC Montréal, vous avez fondé, à 30 ans, la radio CFGL. Racontez-nous l’aventure.

Pour acheter CFGL, j’avais hypothéqué ma maison de 25 000 $. Je voulais nommer notre station CFLQ, pour « Canada Français Laval Québec ». Mais c’était à la fin des années 1960. Le temps était mal choisi pour utiliser les lettres FLQ ! Nous étions la première station commerciale sur le FM. On est arrivé avec le slogan « Le FM qui parle et qui chante ». On a brassé la cage. On a réveillé la bande FM avec de la bonne musique, des informations, des commentaires et des personnalités alors que les autres stations ne jouaient que de la musique endormante.

Après, on a acheté CIEL, puis CIME, puis CJLM. Puis on a tout vendu et je me suis embarqué dans la musique classique à CJPX, le nec plus ultra, l’apothéose de ma carrière.  

Avec les célèbres flamants roses de l’émission Ad Lib que Jean-Pierre Coallier anima durant dix ans. Un défi qu’il attribue humblement à son équipe et à ses invités.
Photo d’archives
Avec les célèbres flamants roses de l’émission Ad Lib que Jean-Pierre Coallier anima durant dix ans. Un défi qu’il attribue humblement à son équipe et à ses invités.

Il a fallu 20 ans avant que le CRTC vous accorde enfin une licence pour Radio classique. Pourquoi ? 

La première demande au CRTC, en 1975, personne ne croyait à ça, la musique classique. J’y suis retourné trois fois. Et en 1995, ils ont dit : « Tiens, le fatigant, on va lui donner ! » (rires)

Vous avez animé plusieurs émissions télé, dont Ad Lib à TVA, un énorme succès. À quoi attribuez-vous ce succès ? 

C’était une époque où les gens avaient envie de talk-shows. Je suis arrivé dans le bon temps. Il y avait eu des prédécesseurs, dont Michel Jasmin. Moi, avec ma patience, ma résilience et... mon besoin d’argent, j’ai relevé le défi. Les gens croient que, parce qu’on est propriétaire de radio, on est millionnaire ! Mais j’avais besoin d’argent comme tout le monde... pour acheter d’autres stations de radio ! J’avais faim ! (rires)

Une interprétation à… quatre mains qu’on imagine être celles de l’un de ses précieux collaborateurs de l’émission Ad Lib. Jean-Pierre Coallier, à la fois pertinent, respectueux et enjoué.
Photo d’archives
Une interprétation à… quatre mains qu’on imagine être celles de l’un de ses précieux collaborateurs de l’émission Ad Lib. Jean-Pierre Coallier, à la fois pertinent, respectueux et enjoué.

Quel a été le secret de votre longévité à Ad Lib ?

Vous savez, moi je ne travaillais pas trop fort là-dedans. Je servais aux tables ce qui se cuisinait en cuisine. Et, ça travaillait fort en cuisine ! C’était une bataille constante pour avoir les célébrités avant tout le monde. Moi, je me contentais de bien les recevoir et d’être bien renseigné.

Quels moments marquants gardez-vous de cette émission ?

Des rencontres extraordinaires, avec des gens généreux. Je pense à Yves Montant, Philippe Noiret, Pierre Richard---, Charles Dutoit, le cardinal Léger. Moi, j’étais un jeune niaiseux qui arrivait là ! Animer Ad Lib m’a appris beaucoup de choses. Je devais lire des livres, voir des pièces, des films, des spectacles pour découvrir ce que ces gens-là avaient dans le ventre.

Vous avez subi un AVC il y a une dizaine d’années, une dure épreuve, n’est-ce pas ?

Oui, mais cet AVC m’a permis de rencontrer des gens de la neurologie du CHUM avec qui je travaille aujourd’hui (ses caricatures). Et puis j’ai eu de la chance. Quand je me suis réveillé dans un lit à Notre-Dame, j’ai grouillé mes orteils et mes doigts. Ils bougeaient et je n’avais mal nulle part. Mais j’étais aphasique. Je parlais, mais personne ne me comprenait. J’écrivais des choses avec un crayon et c’était tout croche. Mais je savais que j’allais m’en sortir, parce que j’avais mes deux pattes. Ma mémoire était un peu affectée, mais des fois... ça m’arrangeait !

Il y a près de 55 ans, en 1965, Jean-Pierre 
Coallier animait l’émission « à scandale » Jeux d’hommes, diffusée les dimanches après-midi à TVA et présentant des extraits osés de films. Avec Alban Flamand, Jacques Duval et Flo de Parker.
Photo d’archives
Il y a près de 55 ans, en 1965, Jean-Pierre Coallier animait l’émission « à scandale » Jeux d’hommes, diffusée les dimanches après-midi à TVA et présentant des extraits osés de films. Avec Alban Flamand, Jacques Duval et Flo de Parker.

Comment vous en êtes-vous sorti ?

Mes trois semaines à l’hôpital Notre-Dame ont été parmi les plus beaux moments de ma vie ! Comme à l’hôtel, on m’apportait le petit déjeuner, du Jello tous les midis. On prenait soin de moi, on m’apportait même un pot pour faire pipi et on venait me border le soir. Je n’avais aucune responsabilité, mon comptable s’occupait de tout !

Après l’hôpital, j’ai mis six mois à refaire ma façon de parler, je me suis arrangé tout seul, dans un de mes studios radio – par manque d’orthophoniste. Tous les jours, j’ai récité Petit pot de beurre... 

Je remercie le cardinal Léger de continuer de prendre soin de moi !

À bientôt 82 ans, vous dites être plus occupé que jamais. C’est vrai ?

Je n’ai jamais autant travaillé. Je suis un bricoleur invétéré bas de gamme (rires), je fais des petits meubles, de la peinture, du béton, de l’électricité et j’ai quelques maisons à m’occuper. Aussi, mes camarades de la neurologie au CHUM m’avaient demandé d’inventer une petite mascotte et de leur faire quelques caricatures. J’en suis rendu à 300, accrochées aux murs du 13e étage. Nous allons en faire un petit livre. 

Et puis, je nage environ 1200 brasses par jour depuis 25 ans, et je suis vexillologue. J’étudie la science des étendards. J’ai une collection de 250 drapeaux et je m’en fabrique également, dont celui du Canada avec sa couleur bleue d’origine, avant que le gouvernement Pearson n’opte pour le rouge libéral en 1965. Et puis je passe six mois par année en Guadeloupe. Pas six mois d’affilée ! Je passe un mois ici et un mois là-bas. Je n’ai pas le choix, parce que... c’est moi qui fais mon gazon en Guadeloupe ! (rires)

En 1973, à l’occasion du cinquième anniversaire de CFGL-FM, avec Danielle Ouimet, l’une des personnalités vedettes au micro de la station de Jean-Pierre Coallier.
Photo d’archives
En 1973, à l’occasion du cinquième anniversaire de CFGL-FM, avec Danielle Ouimet, l’une des personnalités vedettes au micro de la station de Jean-Pierre Coallier.

Vous semblez avoir gardé le caractère enjoué que nous aimons ?

J’ai bon caractère, et en vieillissant, je suis encore mieux. La paix n’a pas de prix. Ça ne me tente pas de me chicaner, alors je dis : « Tu as raison ! Trudeau est le plus formidable premier ministre du Canada ! C’est comme tu veux. C’est toi qui décides ! » (rires).

On m’a un jour demandé si j’avais pu choisir mes parents, de quel croisement je serais. Je pense être un croisement entre Jacques Normand et le Père Gédéon---, pour l’audace et l’outrecuidance du premier et les blagues du second.

J’ai été choyé. J’ai eu beaucoup de chance dans bien des domaines. Les mauvais côtés, je ne m’en souviens pas, et tant mieux. « La vie est affreuse et remplie de chagrin... pour la rendre heureuse... il faut boire un p’tit brin... (Et il chante. En riant)... Prendre un verre de bière, mon minou... »

Chacun son chemin

  • Jean Pierre Coallier est né à Montréal--- le 16 novembre 1937 (bientôt 82 ans).
  • Il fait ses débuts à la radio de Sudbury, puis à la télé de Timmins, Ontario.
  • En 1959, il entre à CKAC à Montréal, où il est annonceur pour Le chapelet en famille.
  • Il se joint à l’équipe de Télé-Métropole--- (TVA) à son ouverture en 1961, où il anime notamment Métro Matin---, la première émission matinale canadienne.
  • Il anime aussi plusieurs quizz à Radio-Canada et Ad Lib à TVA de 1986 à 1996, puis l’émission Les amuse-gueules et Le Mec à Dames en 2002.
  • Il fonde CFGL (Rythme FM) en 1968 et Radio Classique en 1998 qu’il vend à Grégory Charles en 2014.
  • Il a été caricaturiste durant 10 ans au Montréal Matin et chroniqueur sportif au Journal de Montréal.
  • Il est père de quatre enfants et toujours avec leur mère : Pierre-Paul, Marc-André, Anne-Marie et Claude-Michel. 
  • Toute sa carrière, il a collaboré à l’Œuvre Léger et il a reçu en 2018 une médaille de l’Assemblée nationale.