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Les aventures de Justin Trudeau en Afrique

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Personne ne prend Justin Trudeau au sérieux quand il voyage à l’étranger. Il donne toujours l’impression de jouer un des deux Dupont et Dupond dans Tintin. Heureusement, son ministre des Affaires étrangères est plus allumé que lui. Il n’empêche, le Canada a une sérieuse pente à remonter en Afrique.  

Justin Trudeau s’est déjà rendu trois fois en Afrique, et plusieurs de ses ministres ont aussi visité le continent. Mais l’annonce soudaine de ce voyage en Afrique montre de manière trop évidente qu’il est surtout intéressé par les votes des pays africains pour la candidature du Canada au Conseil de sécurité de l’ONU. Le Canada n’a aucune stratégie forte envers l’Afrique. Ce voyage sent l’opportunisme, et presque le mépris.  

1. Comment le gouvernement Trudeau peut-il inciter les dirigeants africains à voter en sa faveur ? 

Le gouvernement canadien possède un grand levier, celui de l’argent. Les autres leviers traditionnels du Canada sont très affaiblis. Auparavant, le gouvernement canadien cultivait ses relations en Afrique même grâce à un réseau d’ambassades efficaces. Plusieurs ambassades canadiennes en Afrique ont été fermées sous le gouvernement de Stephen Harper. Ce dernier ne se préoccupait pas de l’Afrique. Les dégâts de ces années d’abandon sont lents à réparer. La précédente ministre des Affaires étrangères, Christia Freeland, était trop obsédée par les États-Unis et par l’Ukraine pour accorder à l’Afrique la place qu’elle méritait. 

2. La situation s’annonce-t-elle si mal pour le Canada ? 

Longtemps, une des forces du Canada a été de se présenter comme une puissance non colonisatrice, à l’opposé des pays européens. Mais l’argument joue moins contre l’Irlande et la Norvège, les deux compétiteurs du Canada pour le siège au Conseil de sécurité. Pire, la proximité du Canada avec les États-Unis, qui autrefois était perçue comme un avantage, est devenue beaucoup moins attrayante depuis que Donald Trump est au pouvoir.  

3. Qui est le principal joueur en Afrique ? 

La Chine est devenue le pays le plus influent en Afrique. Entre 2008 et 2018, les investissements directs de la Chine en Afrique sont passés de 8 milliards de dollars américains à 42 milliards. La France traîne en deuxième place avec 27 milliards d’investissements. La Chine prétend que les pays africains sont plus réceptifs à leurs investissements parce qu’elle était auparavant un pays du tiers-monde, comme eux. Sa compréhension des besoins et ses techniques de construction seraient donc bien adaptées aux pays africains. Mais la véritable force de la Chine tient dans sa puissance de corruption. Les entreprises chinoises n’hésitent pas à arroser d’argent les décideurs africains. Les entreprises canadiennes n’ont pas ce luxe. Étant donné le piètre état des relations entre Pékin et Ottawa, le gouvernement chinois ne lèvera pas le petit doigt en faveur du Canada. Il risque plutôt d’aider l’Irlande.    

4. Pourquoi l’Afrique est-elle importante pour le Canada ? 

Les pays africains représentent plus de 25 % des votes à l’ONU. L’Afrique est en pleine croissance démographique et économique. Ses ressources naturelles sont encore peu exploitées en regard de leur potentiel. Pour le Québec, la forte population francophone qui y habite constitue un avantage mutuel.  

5. Le voyage de Justin Trudeau en Afrique est-il vain ? 

Il est probablement vain si le Canada recherche uniquement des appuis pour sa candidature au Conseil de sécurité. Il pourrait être productif si le Canada appliquait une véritable politique à long terme envers l’Afrique, ce qui demanderait une nouvelle politique étrangère.