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Pas trop de ballounes, M. Legault...

Periode des questions
Photo Simon Clark Pierre Fitzgibbon

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Lundi, les gros joueurs économiques de la CAQ présentaient aux médias et à la clientèle d’affaires la nouvelle mouture d’Investissement Québec (IQ).  

L’agence fera figure de monstre parmi les créatures du gouvernement, en engloutissant une partie importante du ministère de l’Économie, comprenant ses bureaux régionaux, le Conseil industriel de recherche du Québec et Export Québec. Elle gérera désormais le juteux Fonds du développement économique, dans une logique d’offrir un guichet unique aux entreprises en recherche de financement. 

L’idée n’est pas sans rappeler celle de la Banque de développement économique du Québec, jadis mise de l’avant par le gouvernement minoritaire de Pauline Marois. La CAQ avait privé le Parti Québécois de l’espoir de faire adopter son projet de loi en annonçant qu’elle voterait contre.  

François Legault n’a toutefois jamais fait mystère de sa volonté de rebrasser la structure d’IQ, s’appuyant sur un nationalisme économique de bon aloi. Encore faut-il savoir ce qu’on veut en faire.  

Grosse semaine  

La grosse semaine que devait lancer la présentation du nouvel Investissement Québec a pris une autre tournure. Dans la même édition où Le Journal couvre cette grosse annonce, on rapporte également un investissement de 30 M$ du gouvernement dans Flying Whales, un douteux projet français de dirigeables à l’hélium destinés au transport dans le Grand Nord. Le précédent gouvernement avait pourtant jugé que le concept, qui n’existe encore que sur papier, était mal adapté au froid et au vent.  

François Legault s’est montré agacé par les questions posées par les médias, invitant le Québec à retrouver le goût du risque. Pierre Fitzgibbon a, quant à lui, reconnu le caractère hautement audacieux de l’investissement, en assurant que le milliard de dollars qui s’ajoutait aux fonds gérés par IQ n’irait pas seulement dans ce genre de projets. Les oppositions ont, pour leur part, fait les gorges chaudes, qualifiant le projet Flying Whales de balloune. 

Effectivement, il faut être gonflé pour faire un tel investissement. Il faut l’être également pour demander carte blanche aux Québécois pour négocier une nouvelle aide financière avec Bombardier, dont le naufrage appréhendé semble se confirmer. M. Legault nous demande de le croire en disant qu’il fera tout pour sauver les emplois. M. Fitzgibbon promet de forcer Bombardier à rendre des comptes... mais après qu’une entente soit survenue entre elle et le gouvernement. Pas question non plus d’exiger des changements à la direction. 

Les coudées franches  

Pour implanter sa nouvelle vision de l’intervention économique du gouvernement, François Legault disait ouvertement en campagne qu’il s’en remettrait à Pierre Fitzgibbon. Le ministre de l’Économie est l’homme de confiance de François Legault. 

Paradoxalement, c’est un des rares membres du gouvernement de la CAQ qui a dû répondre à des questions sur son éthique personnelle. Ce fut d’abord concernant la gestion de ses propres avoirs placés en fiducie. Ce fut ensuite suivant la nomination d’un de ses amis à la direction d’IQ, contournant les recommandations des chasseurs de têtes. 

Pierre Fitzgibbon n’a probablement pas agi par malhonnêteté. L’agacement qu’il affiche lorsqu’il répond aux questions des journalistes sur ces sujets montre plutôt que l’entrepreneur ne s’ajuste pas naturellement aux contraintes de la politique. Il n’a pas besoin d’un salaire de ministre pour vivre. 

Vu l’importance que François Legault accorde à l’action économique du gouvernement, toutefois, ça peut poser problème. Il réclame pour lui et son équipe les coudées franches pour rattraper l’écart économique qui sépare le Québec de l’Ontario et pour protéger nos sièges sociaux. C’est normal que, conséquemment, on doive se montrer plus vigilant.  

Des questions, il va y en avoir. Il y en a déjà, en fait. 

Retour au péquisme 

Dans ces dossiers, François Legault est au cœur de ce qui motive son action politique. Il devrait toutefois se rappeler l’époque de ses premiers pas, sous la direction de son mentor, Lucien Bouchard, alors que son collègue Bernard Landry distribuait très libéralement les subventions. 

Super SGF, Caisse de dépôt, Sociétés Innovatech : le grand vizir disposait de tout un arsenal pour annoncer de nouvelles créations d’emplois. Le Québec récupérait d’un ralentissement économique, il rattrapait son retard en matière d’emploi, la R&D florissait, la bulle techno grossissait et NASDAQ s’installait à Montréal. 

Sauf que l’échec de la Gaspésia et quelques autres investissements mal avisés ont suffi pour détruire la crédibilité économique nouvellement acquise que les sondages accordaient au Parti québécois. À la première occasion, les libéraux de Jean Charest ont transformé tous ces outils, pas toujours pour le mieux. 

François Legault devrait donc éviter de souffler trop de ballounes comme Flying Whales. IQ forme désormais une superstructure plus autonome et moins transparente et est placée sous la responsabilité d’un ministre qui aime faire les choses abruptement sans rendre de comptes. Ça indique pas mal d’où viendront les plus gros scandales qui ébranleront ce gouvernement.