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Une bonne dette, ça existe

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Photo Adobe Stock Nos dettes sont constituées à plus de 80 % d’hypothèques, c’est ce qui explique que l’évolution du taux d’endettement des ménages suit la courbe du prix des maisons.

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À la longue, c’est agaçant de voir les statistiques sur l’endettement citées à tort et à travers. Il n’y a pas un reportage sur la santé financière des ménages qui ne nous rappelle pas comment les familles sont au bord du trou, en s’appuyant sur un chiffre que personne n’a l’air de comprendre : le ratio d’endettement.  

« Oh ! Le taux d’endettement des Canadiens a fracassé 170 % ! » Oui, ça frappe l’imaginaire de savoir qu’on doit 1,70 $ pour chaque dollar de revenu après impôt. Et comme ça grimpe depuis 2000, il n’en faut pas plus pour conclure que tout ça se terminera forcément dans l’enfer financier...  

C’est la faute des hypothèques, et c’est bien beau ! 

Nos dettes sont constituées à plus de 80 % d’hypothèques, c’est ce qui explique que l’évolution du taux d’endettement des ménages suit la courbe du prix des maisons. Si les valeurs de l’immobilier se sont envolées au cours des dernières années, c’est que la demande a progressé plus vite que l’offre. Et ça continue. 

Pourquoi les gens sont-ils plus portés à vouloir accéder à la propriété ?  

Pourquoi sont-ils disposés à payer plus cher ? Parce qu’ils travaillent en masse, mais surtout parce que les taux hypothécaires sont au plancher depuis plus d’une décennie. 

Il faut savoir que lorsque les taux d’intérêt descendent, on peut emprunter davantage sans pour autant alourdir ce qu’on appelle le « service de la dette », c’est-à-dire les mensualités nécessaires pour honorer ses engagements financiers.  

Par exemple, pour rembourser sur 20 ans une hypothèque de 100 000 $ assorti d’un taux d’intérêt de 3,5 %, il faut rembourser autour de 575 $ par mois. Les mensualités seraient identiques pour celui qui contracterait un prêt de 75 000 $ amorti sur 20 ans à un taux de 7 %. Les deux font face aux mêmes obligations financières, mais le premier affiche un taux d’endettement beaucoup plus élevé. 

Certains évoquent avec nostalgie les prix de l’immobilier des années 1990. Exception faite de la mise de fonds nécessaire aujourd’hui, les maisons n’étaient pas tellement plus abordables à l’époque. Les taux d’intérêt étaient alors beaucoup plus hauts, et quant au taux de chômage, il dépassait les 10 %. 

Ce que nous dit vraiment notre taux d’endettement  

Aujourd’hui, une première hypothèque sur le plus petit condo fera passer le ratio d’endettement d’un individu de 0 % à plus de 250 %. Cette dette est appuyée sur un actif, le condo, qui sera éventuellement libre de dettes. Si on voulait réduire notre ratio d’endettement, il faudrait renoncer à acheter son logement. 

Les moins endettés vivent à loyer. Les données montrent que les Québécois affichent un ratio d’endettement moins élevé que la moyenne canadienne. Ce n’est pas parce que nous gérons mieux nos affaires. C’est que le taux de propriété est plus faible à Montréal que dans les autres grandes villes du Canada et que les prix de l’immobilier sont moins élevés ici que dans le reste du pays. 

Ironiquement, ce que révèle notre ratio d’endettement inférieur, c’est que nous sommes probablement moins riches qu’ailleurs. 

Les bonnes et les mauvaises dettes  

Je ne dis pas qu’il n’y a pas de quoi se montrer prudent. Un endettement élevé dans un contexte de bas taux d’intérêt pose un risque : celui d’être pris à la gorge à la suite d’une hausse accélérée des taux. Le scénario est peu probable. Alors, cessons de brandir le même épouvantail. La majeure partie des dettes contractées sont nécessaires, elles sont bonnes.  

Comment distinguer une bonne d’une mauvaise dette ?   

  • La bonne dette s’accompagne généralement d’un bas taux d’intérêt, ce qui disqualifie toutes les formes de crédit à la consommation. 
  • Une bonne dette n’accapare pas une partie trop importante de son budget. Tant qu’on peut faire face aux mensualités sans compromettre l’essentiel et conserver une marge de manœuvre, il n’y a pas de problème. 
  • Une dette contractée en vue d’accroître ses compétences et d’augmenter ses revenus est excellente ; une dette pour acheter un bien de consommation qu’on n’aurait pas les moyens autrement de s’offrir est à éviter.  
  • La meilleure des dettes est déductible d’impôt : on pense notamment aux emprunts nécessaires à l’achat d’un immeuble à revenu, parfois aussi pour investir prudemment dans les actions.