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Une identité nommée hiver

L’hiver, c’est notre ceinture fléchée.

Une identité nommée hiver

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Alors que nous nous relevons de la tempête d’hier, en ce samedi frisquet, malgré la chaleur du café et bien que j'ai déjà effleuré le sujet dans un précédent texte, en 2018, j’ai envie de vous parler d’identité ou plutôt de ce qui, chez nous, semble l’avoir fondamentalement forgée.  

Combien sommes-nous à parler de l’hiver comme s’il s’agissait de notre plus vieil ennemi et de l'éternel bourreau de notre bon moral? Combien sommes-nous à chialer contre la neige et le froid, quitte à nous en tordre la langue? Pour ma part, voyez-vous, bien que je ne gèle pas moins que les autres, je crois que si nous existons toujours, en tant que Québécois, et français de surcroît, c’est précisément à cause de notre saison froide.  

Au-delà de nos joues rouges comme des pommes et des chocolats chauds partagés, l’hiver, pour moi, c’est notre ceinture fléchée, c’est notre coin du feu et tellement de notre folklore. C’est nos baisers sous la neige, tous nos savoir-faire et l'indéfectible capacité de toujours se relever quand on tombe. C’est l’intelligence de la survie, l’ingéniosité de savoir se réchauffer de toutes les manières et surtout la force de s’aimer plus fort quand les tempêtes s’éternisent. L’hiver, c’est la main tendue vers l’autre, la résistance et l’espoir invaincu de la venue prochaine du printemps et du soleil de toutes les filles. C’est une patience et une résilience aussi hautes que nos bancs de neige.  

Bien sûr, nos commodités modernes nous rendent moins conscients de ces choses, toutefois, chaque fois que je nous regarde, je les ressens toujours nous courir à longueur de veines.  

On ne se fera pas d'à croire, c’est vrai que nous avons un rapport militaire avec l’hiver et que nous passons des mois à creuser des tranchées vers la chaleur de nos foyers. C’est vrai que nous pestons le plus clair de notre temps contre lui et que nous voudrions être ailleurs la moitié de l'année, avec nos pieds gelés à s’en casser les orteils, mais historiquement, tout ceci n’était que l’exigent prix du partenariat jadis passé entre la lointaine colonie et la nature. L’hiver s'est chargé de trier sur le long terme ceux qui seraient assez forts pour nous engendrer de ceux qui n’en auraient pas eu la force.  

Et au regard de cette histoire imparfaite, mais tellement belle qui est la nôtre, qu’importe les fautes, les erreurs et les manquements; qu’importe les ratées, les mauvais tournants ou les bêtises, rien ne surpasse les miracles, les exploits et les grandes humanités qui, perpétuellement, échappent aux pages des livres. L’hiver nous a toujours forcés à la plus étroite des collaborations et nous a appris à nous défouler avec nos pelles plutôt qu’avec des fusils, car aura beau dire, une entrée bien déblayée vaudra toujours mieux qu’une ogive nucléaire.  

Je nous comprends de sentir la fatigue nous gagner un peu plus d’une tempête à l’autre, mais je ne peux m’empêcher, chaque fois, de me dire avec beaucoup de tendresse qu’une chance qu’on a l’hiver. Béni soit l’hiver, même, car c’est lui qui nous a tricoté un caractère aussi entêté et robuste. En terminant, peut-être ira-t-on jusqu’à me trouver ridicule de m’émouvoir devant un homme qui pellette, mais je vous confirai que là où vous ne voyez qu’un gars s’acharner à dégager son entrée, il me semble voir comme un murmure chez lui, le souvenir de nos 400 ans d’histoire se déployer dans la force de ses bras et de son dos... et un peu, aussi, dans la goutte qu’il a au nez..!