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24,4%

Voilà le pourcentage des électeurs inscrits qui ont voté pour la CAQ en 2018. Moins du quart de la population du Québec.

24,4%
MARTIN ALARIE / JOURNAL DE MONTR

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Voilà le pourcentage des électeurs inscrits qui ont voté pour la CAQ en 2018. Moins du quart de la population du Québec.  

24,4%
Photo Simon Clark

La «majorité»...  

C’est ainsi qu’est fait notre système parlementaire, notre mode de scrutin, désuet. Et au cours des différentes époques, tous les partis qui ont gouverné le Québec ont profité de «majorité parlementaire» sans réussir à obtenir la majorité des voix.    

Qui plus est, avec la fin du bipartisme qui a eu cours pendant près de 50 ans au Québec, l’obtention d’une majorité des voix (plus de 50% des électeurs inscrits) paraît impossible.    

Surtout quand on ajoute à l’équation des taux de participation qui sont somme toute assez faibles; 66,4% lors de l’élection de 2018.    

Voilà pourquoi il faut user de l’expression «majorité» de la population avec parcimonie... et beaucoup de nuances.    

  • ÉCOUTEZ la chronique de Steve E. Fortin à QUB Radio:

Avec ses 1,5 million de votes, la CAQ a obtenu 74 sièges sur 125 lors de la dernière élection. Cela lui confère une majorité parlementaire, mais certainement pas la caution morale absolue et blindée de parler, en toutes circonstances, pour la «majorité» de la population.    

Et ce, même si le premier ministre du Québec trouve que ceux qui commentent sa page Facebook sont ben, ben, ben d’accord avec lui, avec son gouvernement.    

«Oui, mais les sondages...»  

Certains diront que François Legault jouit d’un appui sans précédent dans les sondages, que cela ajoute à sa légitimité de parler au nom de la «majorité».    

Faux.    

Par définition, un sondage est un portrait très limité dans le temps à partir d’un échantillon relativement significatif, lequel ne peut être interprété comme une caution absolue.    

Aussi, le sondage doit être analysé à l’aune des éléments ponctuels qui peuvent en expliquer les résultats.    

Par exemple, à la suite de l’élection fédérale de 2015, Justin Trudeau s’est trouvé seul sur la patinoire parlementaire pendant près de deux ans. Tous les partis principaux se trouvant en phase de «reconstruction». Bien entendu, le premier ministre cartonnait dans les sondages, les partis d’opposition se trouvant tous sans chef, sans direction fermement établie.    

François Legault profite du même climat politique en ce moment. Il est seul sur la glace. Pas surprenant qu’il cartonne dans les sondages. Un portrait plus juste du climat politique au Québec se révélera quand chacun des partis à l’Assemblée nationale aura choisi son/sa chef et les grandes orientations à défendre.    

  

Le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois ainsi que les députées Émilise Lessard-Therrien et Ruba Ghazal remettent la lettre d'entente entre les partis sur la réforme du mode de scrutin aux élus de la CAQ, le jeudi 19 septembre 2019 au Parlement de Québec. Ici, Gabriel Nadeau-Dubois remet la lettre au ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire.
SIMON CLARK/JOURNAL DE QUEBEC/AGENCE QMI
Photo Simon Clark
Le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois ainsi que les députées Émilise Lessard-Therrien et Ruba Ghazal remettent la lettre d'entente entre les partis sur la réforme du mode de scrutin aux élus de la CAQ, le jeudi 19 septembre 2019 au Parlement de Québec. Ici, Gabriel Nadeau-Dubois remet la lettre au ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire. SIMON CLARK/JOURNAL DE QUEBEC/AGENCE QMI

Le déficit de représentation   

Se retrouver avec 100% du pouvoir en récoltant 24,4% du vote des électeurs inscrits (ou 37,4% de ceux qui ont voté) a quelque chose d’irrationnel, de fonctionnellement illogique en démocratie.    

On le comprendra, comme tous les autres partis avant lui qui ont profité de ce mode de scrutin dans le passé, la CAQ est soudainement devenue plus «tiède» à l’idée de changer le mode de scrutin afin de corriger ce déficit de représentation manifeste.    

À défaut de s’engager pleinement à réaliser cette promesse électorale — ce parti étant si à cheval sur ce principe, habituellement! —, le moins que François Legault puisse faire serait de s’engager à collaborer de manière plus engagée avec les oppositions, au lieu de les museler et de se moquer du travail des parlementaires comme il l’a fait dans la foulée du dépôt du projet de loi 40!    

Non, le premier ministre choisit le chemin inverse.    

Plus d’une fois, François Legault a promis une «réforme du parlementarisme» pour éviter les «pertes de temps» et corriger ce qu’il appelle un «problème d’efficacité» des travaux parlementaires.   

Dans l’opposition, François Legault disait exactement le contraire: Dans un document adopté en novembre 2015, la Coalition avenir Québec fait valoir qu’«en court-circuitant la procédure parlementaire normale, le gouvernement coupe court aux débats nécessaires pour améliorer un projet de loi et s’assurer de sa conformité».  

En passant, à peu près tous les acteurs du réseau de l’éducation au Québec, hormis les directions d’école (qui y gagnent au change), réclamaient justement qu’on ne coupe pas court aux débats pour améliorer le projet de loi 40...   

Pour le moment, la CAQ est seule sur la patinoire. Mais cela ne durera pas. Le gouvernement a beau clamer qu’il parle au nom de la «majorité» pour toutes choses, la réalité demeure qu’il a recouru au bâillon pour régler des dossiers majeurs pour la collectivité québécoise: laïcité, immigration, éducation...   

Un quart de majorité qui bâillonne pas mal, je trouve...