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Censure et rectitude politique

SWITZERLAND-VOTING-HOMOSEXUALITY-REFERENDA-SOCIAL
Photo AFP

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Hier, les Suisses ont décidé par référendum d’interdire de tenir des propos homophobes en public. 

Fini, les mauvaises blagues et les insultes en public sur les minorités LGBT, fini, les charlatans qui proposent des changements d’orientation sexuelle, fini, les religieux qui menacent ces minorités sexuelles d’aller en enfer. 

La nouvelle législation qui devait être votée par le parlement suisse veut lutter contre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. Les propos homophobes entrent ainsi dans la loi suisse sur les propos haineux, qui protège aussi les groupes religieux et les groupes ethniques. 

Ce sont de beaux principes qui, en réalité, cachent un esprit de censure de plus en plus répandu. 

Des propos faux et insultants 

Les propos anti-LGBT sont certainement, la plupart du temps, faux et insultants. Le problème est que les Suisses ont décidé à l’avance que ces propos ne pouvaient pas être tenus en public, parce qu’implicitement, à l’avance, ils les estiment faux. 

Sous des intentions louables de défendre les minorités LGBT, les Suisses ont restreint, une fois encore, leur liberté d’expression. 

Il existe un tas d’idées qui sont complètement fausses : que la Terre est plate, que l’évolution n’existe pas, que les Juifs complotent pour diriger le monde, que les vaccins sont dangereux, que l’astrologie peut prédire l’avenir, que l’islam est une religion de paix, etc. 

Faut-il pour autant interdire de défendre ces idées fausses en public ? Bien sûr que non. 

Ceux qui émettent ces idées se font rabrouer en public par de nombreuses personnes qui trouvent, dans ces bêtises, une occasion d’expliquer à nouveau des faits, des découvertes, des analyses, etc. Ces débats sont sains. 

Le jour où la vaste majorité de la population aura compris que l’orientation sexuelle n’est pas une maladie, les propos haineux, insultants ou imbéciles à l’endroit de la communauté LGBT disparaîtront. La persistance de ces propos est le signe que beaucoup de pédagogie est encore nécessaire. Mais si on empêche les gens qui ne sont pas d’accord avec la majorité de s’exprimer en public, comment pourra-t-on poursuivre les débats de manière efficace ? 

Même bêtise ailleurs 

La même bêtise frappe bien d’autres endroits. 

Quand une jeune Française déclare qu’elle exècre l’islam, c’est aussitôt le même réflexe qui joue. Plutôt que d’ouvrir un débat sur les côtés sombres de l’islam ou d’analyser l’incompatibilité totale entre la charia et la démocratie, voilà cette pauvre jeune fille expulsée de son école, insultée en public et menacée de mort. 

Le débat de fond est refusé. 

Comme si en ôtant la possibilité d’exprimer une opinion dérangeante, cette opinion allait cesser d’exister. C’est bien mal connaître la nature humaine. 

Au Québec aussi 

Malheureusement, ce genre d’âneries existe aussi chez nous. 

Par exemple, quand Manon Massé s’exclame que le premier ministre du Québec est le « boss des bécosses », elle est aussitôt censurée et l’expression se retrouve dans la longue et enfantine liste des propos non parlementaires. 

Mais le débat sur le style de leadership du PM est dévié. 

Par contre, l’expression de Mme Massée atteint une résonnance maximale dans l’opinion publique. Et les solitaires continuent à penser que M. Legault est le « boss des bécosses ». 

Bref, la censure est toujours ennemie de la vérité.