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Des commerçants de Québec frileux à prendre le virage vert

Les coûts engendrés par l’initiative écologique refroidissent des restaurateurs

Des commerçants de Québec frileux à prendre le virage vert
Photo Didier Debusschère

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Des commerçants de Québec ayant amorcé un virage vert déplorent que la majorité soit frileuse à entreprendre de telles démarches, alors que le gouvernement Trudeau prévoit bannir les plastiques à usage uniques d’ici 2021.

Si les regroupements de restaurateurs et de bars croient qu’il serait très coûteux d’employer des pratiques écologiques conséquentes, plusieurs entreprises ont prouvé qu’il en était tout autrement.   

La sandwicherie fastoche! utilise notamment deux vélos électriques pour la livraison de ses plats. Sur la photo, le propriétaire Jean-Étienne Billette en compagnie du coursier à vélo Olivier Tremblay Paradis.
Photo Jérémy Bernier
La sandwicherie fastoche! utilise notamment deux vélos électriques pour la livraison de ses plats. Sur la photo, le propriétaire Jean-Étienne Billette en compagnie du coursier à vélo Olivier Tremblay Paradis.

Depuis son ouverture sur la rue Cartier, à Québec, en 2008, fastoche! a énormément évolué. Passant d’une sandwicherie «ordinaire», le commerce s’est transformé en un exemple d’écoresponsabilité.

Livrant désormais ses plats à l’aide de deux vélos et une voiture électriques, l’entreprise propose un service de boîtes à lunch zéro déchet. Tous les récipients, ustensiles et serviettes sont réutilisés, et les restants de nourriture sont compostés.

Une initiative aussi adoptée par le traiteur La Mangue verte & cie, qui offre dorénavant des cocktails dînatoires zéro plastique, alors que la vaisselle a été troquée par des supports comestibles. La compagnie introduira également sous peu des boîtes repas 100 % biodégradables.

Rentable

«Les coûts ont été énormes. Mais on finit par atteindre un point où les dépenses [pour ce virage vert] sont devenues rentables. Par exemple, on n’a plus à dépenser 2000 $ par mois pour des emballages», explique le propriétaire de fastoche!, Jean-Étienne Billette.

Pourtant, selon lui, si une majorité de restaurants hésitent toujours à faire le grand saut, c’est justement en raison des dépenses que ça engendrerait.

«Je suis persuadé qu’il y a une tendance écologique à Québec, mais dans le domaine de la restauration, je la ressens très peu. Ce qu’on voit de nos concurrents, c’est qu’ils ne sont pas rendus là.» 

Le président de la Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec, Renaud Poulin, fait le même constat.

«Est-ce qu’il y a une tendance écologique? Oui. Est-ce que c’est répandu à la grandeur des commerces? Vraiment pas. Il y a peut-être 4 % ou 5 % maximum [de nos 1200 commerces dans la province] qui ont fait un certain effort de ce côté-là.»

Il croit toutefois qu’il est «faisable» d’atteindre les standards que le gouvernement Trudeau veut établir en matière d’abolition des plastiques à usage unique d’ici 2021.

De son côté, l’Association des restaurateurs du Québec (ARQ) craint que cette mesure demandée par le gouvernement canadien arrive trop drastiquement.

«On a évalué les coûts pour des emballages compostables, par exemple. On estime que pour un achat de 15 $, un client devra débourser 3,9 % de plus. Or, une étude nous dit que les consommateurs seraient prêts à payer seulement 2,5 % de plus», souligne Martin Vézina, responsable des communications de l’ARQ.

L’exemple de Chic Alors!

Pourtant, la pizzéria Chic Alors!, située à Cap-Rouge et reconnue en 2018 comme le restaurant le plus vert au Canada, prouve bien qu’il est possible d’avoir une conscience écoresponsable sans refiler la facture aux clients. Avec un système de chauffage géothermique, des fenêtres chauffantes, une flotte de véhicules électriques pour la livraison, des éclairages DEL, ainsi qu’un potager et une ruche sur le toit, le propriétaire Hugues Philippin a mis le paquet lors de la construction de l’édifice en 2010.

«Ce genre de bâtisse a coûté beaucoup plus cher à construire qu’un restaurant “ordinaire”, mais j’ai amorti ces coûts sur sept ans. Les clients n’ont absolument rien absorbé», affirme-t-il en soulignant avoir réduit considérablement les coûts d’exploitation du bâtiment.

Des politiques plus vertes

  • À la suite de la publication d’un rapport gouvernemental concluant, le gouvernement Trudeau a réitéré son désir formulé en juin dernier de bannir les plastiques à usage unique dès 2021.
  • D’ici 2022, le gouvernement Legault compte élargir la consigne à tous les contenants de liquides prêts à boire. Il cible un taux de recyclage des contenants visés à 90 % pour 2030 (actuellement, moins de 40 %).
  • Les épiceries IGA retireront les sacs en plastique qui étaient donnés à la caisse dans l’ensemble de leurs établissements au Québec et au Nouveau-Brunswick à compter du 19 mars.
  • Montréal entend interdire tous les sacs en plastique dans les commerces de son territoire d’ici la fin de l’année. Elle a déjà aboli les sacs en plastique léger depuis 2018.
  • La Ville de Québec souhaite atteindre un taux de valorisation des matières générées sur son territoire de 82 % d’ici 2028. 
  • Toutes les pharmacies Familiprix de la province ont cessé de vendre des caisses de 12, 24 et 36 bouteilles d’eau.