/sports/hockey/canadiens
Navigation

Problèmes de cœur et cancer: Guy Lafleur revient de loin

Malgré de graves ennuis de santé, il s’estime chanceux

Un des grands joueurs du Canadien à avoir porté bien haut le traditionnel flambeau, Guy Lafleur a rencontré lundi au Centre Bell Alexis Lafrenière, un des plus beaux espoirs en vue du prochain repêchage de la LNH.
Photo Martin Chevalier Un des grands joueurs du Canadien à avoir porté bien haut le traditionnel flambeau, Guy Lafleur a rencontré lundi au Centre Bell Alexis Lafrenière, un des plus beaux espoirs en vue du prochain repêchage de la LNH.

Coup d'oeil sur cet article

Guy Lafleur n’en pouvait plus de rester chez lui à ne rien faire. Après plus de quatre mois d’inactivité, il a renoué avec son rôle d’ambassadeur du Canadien, lundi soir.  

L’homme ne change pas. Comme il le faisait durant son électrisante carrière sur la glace, il s’est présenté au Centre Bell des heures à l’avance, en vue d’une séance de photos avec des espoirs de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, qui seront admissibles à la séance de repêchage de la Ligue nationale, qui se tiendra à Montréal en juin prochain.      

Un beau moment pour les Alexis Lafrenière, Dawson Mercer, Hendrix Lapierre et Justin Barron. Olivier Rodrigue, Jarred McIsaac et Raphaël Lavoie, qui ont remporté la médaille d’or au championnat mondial junior, étaient également sur la scène.      

Premier signe  

Lafleur revient de loin, mais il est en forme. Sa poignée de main est encore aussi solide et sincère. Il parle toujours sans filtre. C’est le Lafleur que l’on connaît depuis toujours, mais avec le cœur reconditionné et une partie du poumon droit en moins.      

 

Un des grands joueurs du Canadien à avoir porté bien haut le traditionnel flambeau, Guy Lafleur a rencontré lundi au Centre Bell Alexis Lafrenière, un des plus beaux espoirs en vue du prochain repêchage de la LNH.
Martin Chevalier / JdeM

 

Tout s’est passé en l’espace de deux mois, l’automne dernier.      

Lafleur raconte : «J’étais en excursion de pêche dans les Torngatt, dans le nord de Terre-Neuve. On pêchait sur le bord d’une rivière lorsque le propriétaire du camp m’a dit de regarder à droite.       

«Un ours se dirigeait vers nous. J’ai dit au type de ne pas bouger. Nous avions six ombles de l’Arctique (poisson proche du saumon) que nous avions découpés. J’ai dit au propriétaire que je lancerais deux roches pour éloigner l’ours et qu’au pire, je lui balancerais nos poissons.      

«On n’a pas eu à aller jusque-là. L’ours est reparti tranquillement.»      

Mais les deux pêcheurs ont jugé à propos de ne pas tenter le diable. Ils ont quitté les lieux et c’est pendant qu’ils gravissaient une pente escarpée vers leur hélicoptère que Lafleur a été saisi de brûlures à la poitrine.      

«Quand tu montes dans un sentier de sable avec de l’équipement, tu penches vers l’arrière, de dire Lafleur.      

«J’ai arrêté au milieu de la pente. Je pompais l’huile. Je ne suis pas en forme, me suis-je dit.»      

 Mais il n’y avait pas que ça.      

Ça pressait !  

À son retour à Montréal, il a passé un examen médical pour le renouvellement de son permis de pilote d’hélicoptère, tel que le veut le règlement. Après vérification du cardiogramme, le médecin de service lui a dit qu’il était malade.      

Réaction de Lafleur : «Mais non, je ne suis pas malade.»      

Le docteur lui a néanmoins fortement recommandé de communiquer au plus vite avec son cardiologue. Lafleur a appelé son spécialiste et lui a envoyé une photo de son test. Celui-ci lui a donné rendez-vous dès le lendemain, à 6 heures, au Centre hospitalier de l’Université de Montréal.      

Il a soumis Lafleur à un nouveau cardiogramme qui n’a révélé aucune anomalie. Mais, par mesure préventive, il l’a fait monter sur un tapis roulant.      

«Ça n’a pas pris de temps que les symptômes sont réapparus», continue-t-il.      

«Après trois minutes de marche, je pompais encore l’huile.»      

Les examens ont révélé que quatre artères étaient bloquées et qu’une cinquième l’était à 86 %.      

Quintuple pontage coronarien, rien de moins ! Pas question qu’il rentre à la maison.      

«C’était une question de temps», reprend Lafleur.      

«On m’a soumis à des radiographies tous les jours, ainsi qu’à des scans. On a décelé une tache sur le poumon droit, mais ils ne pouvaient procéder tout de suite à une opération. Ils ont commencé par le cœur.       

«Si c’était arrivé à Torngatt, j’étais fait à l’os.»      

Toujours le mot pour rire  

L’intervention a eu lieu le 24 septembre. Lafleur a reçu son congé de l’hôpital le 17 octobre. Le 28 novembre, il retournait au CHUM afin d’être opéré pour un cancer du poumon.      

«Ça a été plus difficile que pour le cœur», indique Lafleur.      

«Ils m’ont ouvert dans le dos. J’ai été malade jusqu’à Noël.»      

Comment a-t-il vécu ces quatre mois d’incertitude?      

Lafleur hausse les épaules.      

«C’était entre les mains des médecins», répond-il.      

«J’ai juste dit à l’anesthésiste : Assure-toi que tu me réveilles! Je n’ai que du bien d’ailleurs à dire des gens qui ont pris soin de moi, que ce soit les docteurs Maltais et Noiseux, qui sont des sommités dans leur domaine, ou les membres du personnel.      

«J’ai été chanceux. Je regarde Guy Lapointe [qui est traité pour un cancer de la langue]. Il en arrache. Il mange à l’aide d’un tube.»      

Souvenirs de voyage  

Là-dessus, Lafleur sort son portable et me montre, avec bonheur et enthousiasme, des photographies qu’il a captées dans les Torngatt. Il a filmé aussi un ours polaire qui se jette à l’eau.      

«On dirait le parc Jurassique!» s’exclame-t-il.      

L’endroit est d’une très grande beauté. C’est le meilleur endroit au monde pour la pêche au saumon. On y retrouve aussi du crabe des neiges, de la morue et de la crevette.      

«Mais je ne suis pas vraiment pêcheur», ajoute Lafleur.      

«J’y suis allé pour piloter l’hélicoptère et prendre des photos.»      

Il pourra y retourner comme il le veut maintenant...      

Kovalchuk lui plaît beaucoup      

Guy Lafleur a pu suivre le Canadien de près pendant sa convalescence. Il aime ce qu’il voit depuis quelque temps.      

«Ce serait le fun qu’il participe aux séries», dit-il.      

«La présence d’Ilya Kovalchuk amène de la vie. On voit qu’il s’amuse et qu’il a du plaisir à jouer. C’est bon pour le moral des troupes.»      

Contrat de deux ans  

Lafleur estime que l’organisation aurait intérêt à retenir ses services au-delà de la présente saison.      

«Il faudrait le garder tant que notre relève n’offrira pas un potentiel vraiment sérieux», continue-t-il.      

«C’est un joueur qui est capable de faire la différence. Je le garderais deux ans, mais ça dépendrait aussi du prix à payer.»      

Ce n’est pas comme si Kovalchuk manquait d’argent. Son compte de banque est bien rempli.      

«Radulov l’avait fait, son argent, lui aussi, rappelle Lafleur. Mais il est parti pour en gagner plus ailleurs.»      

Pour ceux qui l’ignoreraient, il n’y a pas d’impôt étatique au Texas.      

«Cela pose un problème au Canadien et aux autres formations canadiennes», ajoute Lafleur.      

«Mais je ne peux pas blâmer les joueurs qui vont jouer ailleurs pour être moins taxés. Tout le monde ferait pareil.»