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Loi 40 : une bombe à retardement

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Tel l’arbre qui cache la forêt, le premier ministre Legault s’est justifié de sa promesse électorale de mettre fin aux élections scolaires pour adopter, sous le bâillon et à la sauvette, une réforme technocratique de l’éducation. Malheureusement, cela prendra une décennie et plusieurs cohortes d’enfants sacrifiés pour réaliser les inconséquences de ce gouvernement et de son ministre de l’Éducation!

Ce matin, en lisant la chronique du collègue Richard Martineau, je réalisais à quel point la méconnaissance sur les effets du projet de loi 40 est grande quand les gens se positionnent en fonction de leur appréciation ou non pour les instigateurs ou détracteurs de la loi adoptée. Si c’est Mallette de la FAE ou Harel-Bourdon de la CSDM qui se prononcent, le citoyen n’entend plus leurs arguments en étant convaincu que ceux-ci sont contre par opportunisme ou entêtement. Je connais le refrain pour parcourir régulièrement les commentaires sur mes chroniques où on me laisse entendre que mon point de vue n’est pas valide parce qu’il provient d’un syndicaliste ou d’un indépendantiste, et ce, sans que le lecteur me fournisse sa propre compréhension des enjeux.

Sans qu’il y ait eu un véritable débat, le gouvernement a adopté une loi qui sera lourde de conséquences pour des milliers d’enfants du Québec. La disparition des commissaires n’émeut pas parce que souvent leur rôle est méconnu et que le citoyen a préféré croire qu’en les faisant disparaître, il y aurait des économies faramineuses qui pourraient être retournées en services directs aux élèves. La réalité risque d’être tout autre avec une bureaucratie qui s’alourdira dans les redditions de compte et des directeurs d’établissements qui s’enquerront d’une rémunération supérieure sous prétexte de responsabilités accrues. 

Richard a des hésitations avec Sylvain Mallette et Catherine Harel-Bourdon, toutefois, il y a un bon lot d’éditorialistes et de chroniqueurs qui se sont ajoutés aux députés de l’opposition siégeant à la commission parlementaire pour déplorer l’ampleur des modifications proposées dans le projet de loi et qui dépassaient largement la simple disparition des commissaires d’école. Les voix de Marie-André Chouinard, de François Cardinal, de Paul Journet, d’Emmanuelle Latraverse, de Robert Dutrisac, entre autres, se sont ajoutées à celles de Marwah Rizqy, de Christine Labrie et de Véronique Hivon pour inciter le gouvernement à mettre la pédale douce ou à blâmer ce dernier après l’adoption de la loi. Des points de vue étoffés et détachés d’intérêts particuliers que le gouvernement a tout de même ignorés. Une prolongation du mandat des commissaires ou le scindement du projet de loi pour en détacher les parties non afférentes aux commissaires auraient pu mener à un débat plus serein.

Je l’ai souvent dit, cette loi s’avère une prise de contrôle du ministère de l’Éducation sur le réseau scolaire; lire le ministère et non pas le ministre comme instigateur de tout ce chamboulement. L’explosion du nombre d’élèves en difficulté a été effarante dans les suites de la réforme de 1998 sans que le ministère ne se donne de véritables indicateurs pour mesurer l’effet de cette réforme et il continue encore aujourd’hui à s’obstiner à maintenir un programme qui génère l’échec. Certains lecteurs ont tendance à penser que le blâme doit être porté à l’endroit des gouvernements précédents et à croire que le ministre Roberge s’efforce de corriger la trajectoire. Fausse impression! Celui-ci est, comme ses prédécesseurs l'ont été, sous la coupe des grands mandarins qui profitent du discours populiste de la CAQ sur les élections scolaires pour mener subrepticement l’une des plus importantes réformes de l’éducation depuis la création du ministère sans qu’il y ait de véritables débats de société. 

J’ai un lecteur qui approuvait la disparition des commissions scolaires parce qu’il avait eu à les appeler pour se plaindre. Pour suivre son idée, j’imagine qu’il faudra abolir le ministre de l’Éducation quand il communiquera avec lui pour déplorer des problèmes dans le cheminement scolaire de ses enfants. Contrairement à la perception d’une plus grande décentralisation vers les établissements, la loi a concentré une foule de pouvoirs entre les mains du ministre et par conséquent dans celles de ses fonctionnaires. Il sera encore plus difficile pour le citoyen de trouver une oreille attentive pour ses plaintes ou pour la protection de l’élève.

Plusieurs appréhendent une école à deux vitesses avec les changements apportés par la loi et ils ont raison d’être inquiets. Comble du ridicule, le ministre impose aux membres des comités de parents et des conseils d’établissement de faire la promotion de l’éducation publique, alors qu’il envoie ses enfants à l’école privée. Il faut être culoté pour créer une obligation dont il se dispense. On peut douter qu’il comprend bien tout le charabia qu’il vient de faire adopter!

C’est tout de même une aberration, soulignée avec grande justesse par Emmanuelle Latraverse, de voir le peu de poids accordé par le gouvernement à tous ceux qui connaissent le plus l’école dans le cheminement de cette loi omnibus et l’incapacité pour tous les protagonistes de s‘être donné rendez-vous pour un meilleur système éducatif. 

J’ai hâte de voir qui sera le prochain bouc émissaire, maintenant que les commissions scolaires sont rayées de la carte, parce que l’école n’ira pas mieux avec les bouleversements de la loi 40!