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Réforme électorale: un tordeur dangereux ou un respect de la volonté populaire

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Une fois de plus, la défense du vieux mode de scrutin anglais imposé en 1791 a amené Joseph Facal à reprendre le mantra jamais démontré que le Québec sortirait affaibli face à Ottawa et au Canada anglais, s’il avait l’audace de se distinguer institutionnellement en se dotant d’un système électoral de type proportionnel.  

Brandir 100 fois, 1 000 fois, 10 000 fois un épouvantail ne le fait pas devenir plus réel! Toute l’histoire du Québec depuis la Conquête montre que ce n’est pas le scrutin britannique qui a protégé notre langue, notre identité singulière et notre nation. Nos succès nationaux — somme toute plutôt fragiles et toujours menacés — ont été essentiellement le produit d’un leadership politique fort généralement appuyé par une majorité de la population et/ou de l’Assemblée nationale dans des contextes particuliers. Il en sera encore ainsi dans l’avenir avec un mode de scrutin qui générera des gouvernements majoritaires d’alliances politiques plutôt que des fausses majorités qui ne sont, chaque fois, que les choix d’une minorité de la population.  

Prétendre que la loi sur la laïcité n’aurait pas pu être adoptée si la CAQ avait été minoritaire, c’est passé volontairement sous silence que le PQ a voté en faveur et, qu’ensemble, les deux partis ont recueilli 54,5% des suffrages à l’élection générale du 1er octobre 2018. Avec le mode de scrutin proposé et contre lequel s’élève régulièrement Joseph Facal, ces deux partis auraient obtenu 75 des 125 sièges. Leur majorité est de 63 députés! 

Voilà le présent et l’avenir. Quant au passé que certains voient dans le rétroviseur très sombre, qui peut honnêtement le dire? Tout ce que l’on peut affirmer avec certitude est que les comportements électoraux auraient été différents et la dynamique politique aurait été aussi très différente. Utiliser la tactique de réécrire l’histoire par la négative pour combattre des grands changements par la peur de ce qui ne se serait malheureusement pas produit ou de ce qui serait malheureusement arrivé n’a jamais été le propre des grands démocrates. 

Dans sa dernière chronique, Joseph Facal est allé encore un peu plus loin dans sa démonisation de la réforme du mode de scrutin réclamée depuis 1890. Comme l’ancien fonctionnaire Louis Sormany qui a témoigné la semaine dernière à l’Assemblée nationale, il prétend qu’il ne faudrait pas remplacer le système électoral qui fait pourtant du Québec la pire démocratie représentative du mode occidental parce que dans l’avenir, les partisans du changement pourraient réclamer encore d’autres modifications! D’où son titre dramatique: «Le bras dans le tordeur.» 

En réalité, ce qui est un tordeur dangereux pour lui et les autres partisans du statu quo pourrait être plutôt dans l’avenir une réponse adéquate à un désir légitime et réfléchi d’une majorité citoyenne voulant poursuivre vers la voie d’une démocratie toujours à parfaire. Le peuple du Québec n’a jamais voulu être figé dans le passé et ne rien changer. Nous sommes une société en mouvement et les chantres des élections à la britannique devront apprendre à vivre avec notre époque plurielle qui exige que chaque voix compte. 

D’autre part, si on voulait vraiment respecter l’intelligence des gens, on proposerait — comme le fait le Mouvement Démocratie Nouvelle et bien d’autres — un référendum de validation après trois élections générales vécues avec le nouveau système proposé. Ainsi, les citoyens seraient en mesure de comparer eux-mêmes, à l’abri des campagnes de peur, quel mode de scrutin convient le mieux à notre peuple. En Nouvelle-Zélande, on a fait cela 15 ans après l’entrée en vigueur du nouveau mode de scrutin. Et les gens ont choisi de ne pas revenir en arrière!    

Jean-Pierre Charbonneau
Ancien ministre de la Réforme des institutions démocratiques et président du Mouvement Démocratie Nouvelle 

POUR UN GOUVERNEMENT DU QUÉBEC FORT: RÉPONSE À JEAN-PIERRE CHARBONNEAU 

Jean-Pierre Charbonneau présente des arguments auxquels j’ai déjà répondu. Aussi vais-je me dispenser de tout reprendre de nouveau.  

Il me fait cependant dire que ce serait le mode de scrutin actuel qui nous aurait permis de garder notre langue et notre identité. Jean-Pierre Charbonneau dit plutôt que c’est notre «leadership politique fort». Il joue sur les mots. L'une des vertus du mode de scrutin actuel est justement de produire un pouvoir exécutif fort, capable de poser des gestes forts, alors que les gouvernements de coalition, évidemment plus fréquents avec les modes de scrutin proportionnels, sont souvent faibles en raison de leurs tiraillements internes. J’étais en Catalogne, lors du référendum tenu en 2017, et j’avais sous les yeux un superbe exemple d’une circonstance historique cruciale où le pouvoir exécutif catalan était miné, affaibli par ses tiraillements internes.  

J’avais aussi noté dans ma chronique que les partisans du changement proposé ne se préoccupent jamais du statut provincial du Québec, préférant nous parler continuellement de la Nouvelle-Zélande, un pays souverain, ce que Jean-Pierre Charbonneau refait, gommant au passage que les citoyens des autres provinces canadiennes appelés à se prononcer ont préféré rester fidèles au charme discret de ce qu’ils connaissent déjà.  

Joseph Facal