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La politique de la destruction

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Photo AFP Donald Trump et Nancy Pelosi

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L’acquittement de Donald Trump, parfaitement prévisible parce que décidé par les siens, n’est pas le phénomène le plus troublant de cette présidence unique.

Le phénomène le plus troublant est que 94 % des électeurs qui se disent républicains lui demeurent fidèles.

Ses partisans l’appuient de façon monolithique malgré ses mensonges répétés, ses agressions sexuelles, ses démêlés judiciaires, ses impôts cachés, ses abus de pouvoir, sa vulgarité indigne, et sa philosophie qui se résume en trois mots : moi, moi, moi.

Pourquoi ?

Comment expliquer un tel degré d’aveuglement volontaire ?

On a l’impression d’une secte en adoration devant son gourou, refusant de voir ce que le reste du monde voit. 

Ces gens sont-ils tous idiots ? Bien sûr que non.

Le politologue Alan Abramowitz, de l’Université Emory, propose une explication fondée sur la montée de ce qu’il appelle « negative partisanship ».

L’appui en béton dont jouit Trump chez les républicains est la conséquence, dit-il, d’une tendance qui était là avant lui.

Exactement comme une rivalité entre deux équipes sportives, les partisans d’une formation se rassemblent autour de leur haine viscérale pour l’autre parti beaucoup plus qu’en raison de leur adhésion commune à une idéologie claire.

Abramowitz explique que des tas de républicains n’aiment pas Trump, mais ils détestent profondément, viscéralement, fanatiquement les démocrates.

L’inverse est également vrai. Beaucoup de démocrates sont peu impressionnés par leurs propres aspirants à la présidence, mais leur détestation de Trump assure leur cohésion.

On ne veut plus gagner, on veut détruire.

On ne veut plus débattre, on veut abattre.

L’autre n’est plus un adversaire, c’est un ennemi.

La raison est submergée par l’émotion.

Trump a parfaitement compris qu’il perdrait son temps à tendre la main pour tenter d’amener à lui quelques démocrates.

Sa meilleure chance de succès, c’est de conserver l’appui de sa base. Et la manière de garder cet appui, c’est d’alimenter quotidiennement cette haine des démocrates qui consume ses partisans.

Voilà le vrai but, tout à fait calculé, de ses tweets incessants, qui peuvent sembler absurdes vus de l’extérieur.

Le gars sait ce qu’il fait : il met des bûches dans le poêle. 

Pendant qu’il donne de la viande rouge à ses partisans, pendant que ceux-ci sont occupés à haïr les démocrates, ils se questionneront moins sur leur propre porte-étendard.

Futur

Depuis les années 1980, Abramowitz a mesuré, comme sur un thermomètre, la montée de cette détestation.

En 2016, dit-il, la haine d’Hillary Clinton chez les républicains et la haine de Trump chez les démocrates atteignirent des niveaux inédits depuis que ces outils de mesure existent. 

Il est de plus en plus rare, dit-il, de trouver un électeur qui votera pour un président républicain et un gouverneur ou un sénateur démocrate. 

On est bleu ou rouge mur à mur.

Pire, dit-il, dans un environnement aussi toxique, un politicien comprend rapidement que sa meilleure carte pour être élu ou réélu n’est pas d’essayer de rassembler, mais au contraire de cultiver, d’accentuer cette détestation de l’autre.

La méthode Trump pourrait donc lui survivre.