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Lendemains de bâillon

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Dans la nuit de vendredi à samedi, je me suis éveillé. Ma montre indiquait 2 h 15 environ.

Pour un maniaque des affaires parlementaires, l’insomnie peut être commode : les débats sur le projet de loi 40 abolissant les commissions scolaires allaient aboutir d’un moment à l’autre, me suis-je dit, en raison du « bâillon ».

J’ai donc ouvert la télé, syntonisé le Canal parlementaire pour voir où en étaient les députés que j’avais observés débattre une bonne partie du vendredi sur un sujet crucial, l’organisation des écoles de la nation.

Les échanges nocturnes, à la fin d’un bâillon, ont toujours quelque chose de particulier : élus crevés, discours de la dernière chance. Je rate rarement.

Curieux chœur

C’est une étrange pièce de théâtre, aux allures grecques, qui apparaît à l’écran. Debout devant le trône, la vice-présidente de l’Assemblée nationale, Maryse Gaudreault, lit tout haut un numéro d’article. Puis un chœur d’élus répond « adopté » avant que d’autres voix (les oppositions) répliquent avec « sur division ».

L’antienne est répétée pour... quelque 300 articles ! Autant d’amendements déposés par le gouvernement ! Quand on dit qu’on légifère à pleine vapeur pendant un bâillon et que le projet de loi initial était bien imparfait...

Les nerfs à vif

Vinrent ensuite les discours qui précédèrent le vote final.

Le ministre Jean-François Roberge rappela les « dépenses excessives » des commissaires et soutint que ce « changement important » aurait dû être fait depuis longtemps. « À un moment donné, le consensus mou, il faut en sortir », tranche-t-il, admettant que bien des gens « ne seront pas d’accord tout de suite ».

C’est un euphémisme. Une sorte de rage habitait les oppositions, dont plusieurs membres sont issus des commissions scolaires.

« Je ne pensais pas voir ce jour-là », s’émeut la libérale Francine Charbonneau, ancienne présidente de CS. Sa collègue Jennifer Maccarone soutient qu’il n’y a dans la loi rien « pour les élèves handicapés », non représentés dans les nouveaux C. A. des centres de services. Le compromis pour les anglophones (qui participeront à des élections) ne trouve pas grâce à ses yeux.

Christine Labrie, de QS, tente en vain d’imposer une minute de silence à l’Assemblée. « C’est facile de faire les gros bras ! », peste ensuite la péquiste Véronique Hivon, incisive comme rarement. « Taisez-vous, on gouverne », répète une douzaine de fois Marwah Rizqy pour illustrer l’« autoritarisme » du gouvernement.

Suites difficiles

Les oppositions ont le sens du dramatique, bien entendu. Mais la tragédie grecque de la nuit du bâillon pourrait avoir des suites difficiles réelles pour le gouvernement.

Les lendemains de révolution ne sont jamais lisses. Les perdants (ici les commissaires) deviennent des opposants sans merci. Des détails ressurgissent, comme cet amendement de dernière minute par lequel le gouvernement semble se donner le droit de saisir des terrains municipaux.

Bref, des perturbations sont à prévoir. Et le gouvernement est en début de session parlementaire : jusqu’à juin, chaque fil qui dépassera fera l’objet d’une question en chambre. La « Réforme Roberge » deviendra cause de toutes les difficultés du réseau ; elle aura le dos large.