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«Contre la suite du monde» à Premier Acte: électrochoc ludique et pertinent

«Contre la suite du monde» à Premier Acte: électrochoc ludique et pertinent
Photo David Mendoza Hélaine

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Électrochoc sur le monde qui nous entoure, Contre la suite du monde est une expérience théâtrale ludique et pertinente qui traite des sources d’un décrochage social présent et grandissant. 

À l’affiche jusqu’à samedi à Premier Acte, la pièce écrite par Jean-François Boisvenue et Claire Renaud est une claque au visage vive et puissante. 

On entend, lors de la période d’attente menant à la représentation, des bribes d'opinions et de commentaires qui semblent provenir d’émissions de radio en toile de fond. 

Contre la suite du monde est une expérience où les acteurs Peter Farbridge, Ève Pressault et Philippe Racine deviennent des guides dans une plongée à travers ce qui est à la source de ce décrochage. Une société qui arrive à un point de rupture. 

La surinformation, les commentaires haineux présents à la fin des articles de journaux, les radios d’opinion, les fausses nouvelles, la désinformation, une langue qui se transforme et se démembre, le #metoo et l’inévitable mort qui freine l’idée d’essayer de changer les choses. 

Le jeu est très présent dans cette création de la compagnie montréalaise La nuit/Le bruit. 

«Contre la suite du monde» à Premier Acte: électrochoc ludique et pertinent
Photo David Mendoza Hélaine

On retrouve dans la scénographie et la mise en scène un téléphone fabriqué avec des boîtes de conserve vides, des vélos stationnaires, des balles de papier mouillées qui sont lancées et beaucoup de mouvement. L’objet théâtral est très ludique. 

Peter Farbridge, Ève Pressault et Philippe Racine se lancent dans des monologues parfois étourdissants. Il y a beaucoup de mots. Le texte est consistant. 

Les auteurs, qui signent aussi la mise en scène, ont eu la bonne idée d’insérer, entre certains segments, des interventions vidéo du philosophe et auteur Alain Denault et de Zab Maboungou, danseuse, écrivaine, chorégraphe et professeure de philosophie, qui apportent des éléments d’information qui sont énormément pertinents. 

On aurait envie de les entendre longuement, tellement ils sont intéressants. 

Un monde à l'envers 

Contre la suite du monde frappe fort dans les segments. 

Surtout ceux concernant l’abondance d’informations et le besoin maladif d’être constamment sur son téléphone pour savoir ce qui se passe, et lors d’un jeu où deux concurrents, avec l’aide du public, tentent de trouver la plus énorme des énormités provenant de certaines radios privées. 

De courts extraits-chocs, sans leur contexte, où l’on reconnaît quelques animateurs de Québec. 

«Contre la suite du monde» à Premier Acte: électrochoc ludique et pertinent
Photo David Mendoza Hélaine

Un auditeur précise qu’il ne veut pas recevoir de sang provenant d’un musulman s’il doit recevoir une transfusion. Un segment qui provoque de fortes réactions dans la salle. 

On aborde ensuite, de façon très cynique, les opinions exprimées sur tout ou sur rien, où on hait tout et n’importe quoi, dans une séance de défoulement fort jouissive. 

«Ève, est-ce que tu penses que c’était mieux avant?» demande Peter Farbridge. 

Dans la portion finale de Contre la suite du monde, l’acteur se lance dans un monologue sur la mort et sur la fin des choses, rappelant que le scientifique Isaac Newton avait prédit la fin du monde pour 2060. 

«Tout le monde sait que le monde est à l’envers», ajoute-t-il. Est-il possible de le remettre à l’endroit? Ce questionnement n’est pas nouveau, mais il est toujours et de plus en plus d’actualité.