/finance/business
Navigation

Bataille féroce pour le marché francophone

Québecor s’oppose à l’acquisition de V télé par Bell et demande rien de moins que le démantèlement de BCE

Coup d'oeil sur cet article

Véritable « prédatrice » en voie de recréer un « monopole » sur le marché télévisuel canadien, Bell devrait se voir refuser l’acquisition de la chaîne généraliste V télé, a martelé mercredi après-midi le PDG de Québecor, Pierre Karl Péladeau. 

D’abord révélé en juillet par Le Journal, l’achat de V par Bell au coût de 20 millions $ doit encore être approuvé par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

Photo Agence QMI, Mario Beauregard

Et le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau, s’oppose catégoriquement à cette transaction, allant même jusqu’à appeler le CRTC à « démanteler » Bell. 

Inquiétude pour les revenus

Le magnat de la presse a dit particulièrement s’inquiéter de l’impact de la transaction sur les revenus publicitaires des autres médias québécois. 

En achetant la chaîne V, Bell accaparerait près de la moitié des revenus publicitaires dans le secteur de la télévision. Québecor plaide que Bell détiendrait un avantage immense pour acheter des films et des séries à l’international, au détriment des autres joueurs de l’industrie québécoise comme le Groupe TVA.      

À titre comparatif, Bell a engrangé des revenus de 2,1 milliards de dollars l’an dernier, contre 1,2 milliard de dollars pour Radio-Canada et 381 millions de dollars pour TVA, a-t-il dit.

« Québecor est également présente dans plusieurs sphères d’activités, que ce soit les journaux, la télévision et les télécommunications, a reconnu M. Péladeau. Son empreinte est toutefois uniquement étendue au marché francophone. » 

Québecor et Bell sont déjà en concurrence sur plusieurs fronts, de la câblodistribution à la téléphonie cellulaire, en passant par les chaînes spécialisées. Mais l’achat de V par la société torontoise serait sa première incursion en télévision généraliste de langue française. Bell est déjà propriétaire du réseau anglophone CTV.

En fait, Bell possède actuellement pas moins de 30 stations de télévision à travers le Canada, 109 stations de radio et plus de 200 sites web, en plus d’être propriétaire de services de productions, de divertissements, de télécommunications et d’équipes sportives. 

Des promesses, peu d’engagements

Karine Moses, présidente de Bell et Bell Média au Québec, et le grand patron de Québecor, Pierre Karl Péladeau, se sont affrontés, mercredi, lors d’audiences du CRTC, à Montréal.
Photos Agence QMI, Mario Beauregard
Karine Moses, présidente de Bell et Bell Média au Québec, et le grand patron de Québecor, Pierre Karl Péladeau, se sont affrontés, mercredi, lors d’audiences du CRTC, à Montréal.

En matinée, la présidente de Bell et Bell Média au Québec, Karine Moses, a défendu cette transaction. Elle a fait valoir que, même si Bell occupe un rôle prédominant dans le paysage médiatique canadien, sa présence au Québec demeure inférieure à celle de ses concurrents, en télévision du moins. 

« Bell Média est la meilleure destination pour les stations V, car l’ajout de la télévision traditionnelle complète parfaitement nos services existants », a fait valoir Mme Moses. « Nous aurons accès aux larges auditoires qu’offre la télévision traditionnelle et Bell Média pourra soutenir V financièrement, stratégiquement et sur le plan de l’exploitation. »

« L’environnement concurrentiel a changé. Et il faut nous rendre à l’évidence. Il sera de plus en plus difficile, voire impossible, pour un groupe non intégré comme le nôtre d’exploiter une chaîne généraliste de façon rentable », a renchéri le président du Groupe V Média, Maxime Rémillard.

Conscient du « contexte particulier » de la vente de V au géant des télécommunications Bell, le CRTC a promis dès le début des audiences, mercredi, de porter une attention particulière aux impacts potentiels de cette transaction sur le paysage télévisuel de langue française au pays. 

Ce qu’ils ont dit

France Lauzière
Photo courtoisie
France Lauzière

« TVA est populaire, mais Bell est dominante. »

– France Lauzière, présidente et chef de la direction de Groupe TVA

Maxime Rémillard
Photo Agence QMI, Mario Beauregard
Maxime Rémillard

« Il faut nous rendre à l’évidence : il sera de plus en plus difficile, voire impossible, pour un groupe [indépendant] comme le nôtre d’exploiter une chaîne généraliste de façon rentable. »

– Maxime Rémillard, propriétaire de V

V télé en chiffres

  • 3,5 millions $ | Pertes annuelles de V télé à l’heure actuelle
  • 20 millions $ | Prix de vente de V télé à Bell

Bell média en bref

  • 30 stations de télé locales
  • 29 chaînes spécialisées
  • 4 chaînes payantes en plus de la chaîne multiplexe HBO Canada
  • 109 stations de radio

Valeurs boursières

  • BCE : 58,2 milliards $
  • Québecor : 8,5 milliards $

Chiffres d’affaires Secteur médias

  • BCE : 3,2 milliards $
  • Québecor : 729 millions $

Sur le même sujet