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Pas de médecin pour Sainte-Brigitte-de-Laval

Pas de médecin pour Sainte-Brigitte-de-Laval

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Malgré plusieurs annonces du député de Montmorency sur l'arrivée imminente d’un médecin pour répondre aux besoins de la population de Sainte-Brigitte-de-Laval; malgré le fait que la clinique de Beauport ait obtenu en décembre dernier un poste pour un nouveau médecin dont le temps de travail devait être partagé avec Sainte-Brigitte; malgré quatre années de démarches pour faire valoir les besoins de la communauté, Sainte-Brigitte-de-Laval n’a toujours pas de médecin. Et l’on craint de se retrouver bientôt à la case départ, puisque le Centre de santé de Sainte-Brigitte risque de fermer ses portes si aucune solution n’est apportée.  

Cela fait quatre ans que la coop de santé de Sainte-Brigitte cherche à obtenir un médecin. Mais les ouvertures de poste, gérées par le Département régional de médecine générale (DRMG), sont rares sur le territoire, et les cliniques s’arrachent les nouveaux médecins. Et, pas de médecin... pas de budget! C’est ainsi que cela fonctionne, au Québec. Ce sont les médecins qui reçoivent les fonds nécessaires pour payer les infirmières, les fournitures médicales, les frais d’occupation et de fonctionnement d’une clinique.  

Durant ces années sans médecin, la clinique a malgré tout réussi à offrir des soins divers aux patients. Des infirmières viennent travailler en dehors de leurs heures dans le réseau public. D’autres professionnels, par exemple des physiothérapeutes, des orthophonistes ou des travailleurs sociaux, donnent aussi des heures à la coop de santé. Mais le modèle d’affaires n’est pas viable sans médecin.   

Avant les Fêtes, les citoyens de Sainte-Brigitte ont reçu une excellente nouvelle du député, à la suite d'un avis de conformité qui, décidé par un décret de la ministre de la Santé, permettait l’arrivée d’un nouveau médecin dans le sous-territoire de Beauport. La coop de Sainte-Brigitte partagerait, selon une entente verbale, un médecin avec la clinique de Beauport. Le député de Montmorency en avait fait l’annonce devant les membres du club de l’âge d’or. On pouvait aussi lire, dans le Beauport Express du 21 décembre: «Jean-François Simard a également affirmé que le nouveau médecin prêterait main-forte à Sainte-Brigitte-de-Laval et à sa clinique coopérative dans ses nouvelles fonctions au Centre médical Beauport».  

En effet, l’automne dernier, les deux cliniques avaient fait des démarches parallèles puis conjointes auprès du DRMG et de la classe politique pour obtenir un médecin, en présentant cette proposition de collaboration entre les deux cliniques. «Nous étions conscients que, si nous désirions réellement régler les problèmes d’accès en santé, nous devions prioriser la collaboration», avait alors affirmé la directrice Véronique Loubier.  

Le médecin devait commencer à prendre des patients dès le début de l’année 2020, mais, il y a deux semaines, la coop apprenait par le propriétaire de la clinique de Beauport, le Dr Nil Lefrançois, que l’entente verbale ne tenait plus, à la suite d'une nouvelle directive du DRMG. Le nouveau médecin n’aurait plus de disponibilités pour Sainte-Brigitte. Le DRMG nie avoir donné cette directive, mais les citoyens de Sainte-Brigitte, à la merci de la bonne volonté des uns et des autres, demeurent néanmoins sans médecin.  

L’équipe de la coop ne sait plus comment s’expliquer tout ce cirque. Est-ce un jugement de valeur ou de principe, une ignorance volontaire concernant le modèle coopératif issu de la communauté? La clinique de Beauport n'a-t-elle collaboré qu'en vue d'obtenir un nouveau médecin, en se moquant par la suite de respecter l’entente prise avec la coop? L’équipe se demande encore si le seul moyen de se faire entendre est d’engager des firmes de lobbyistes, comme cela semble être monnaie courante dans le secteur.  

4000 patients par année  

Le réseau de la santé reconnaît l’apport de la coop qui, par son offre de première ligne, contribue à améliorer la couverture de soins dans ce secteur, sans pour autant vouloir la soutenir. À l’heure actuelle, la population de Sainte-Brigitte peut toujours compter sur une équipe d’infirmières dévouées qui offrent consultations, vaccins, cliniques de prélèvements, suivis de grossesse, etc.   

Toutefois, comme le financement venant de la Régie de l’assurance maladie ou du CIUSSS de la Capitale-Nationale doit nécessairement passer par un médecin, la coop en est exclue. Il revient donc à la coopérative de trouver les fonds nécessaires pour payer le loyer, l’électricité, le secrétariat et les fournitures médicales afin que les infirmières puissent pratiquer. La coopérative recevrait aujourd’hui près de 4000 patients par année. Il revient aussi à la coopérative d’assumer les coûts liés aux interventions et suivis psychosociaux qui y sont donnés, soit plus de 400 heures par année.    

Rappelons que Sainte-Brigitte-de-Laval est une ville enclavée d’une superficie de 110 km2 qui compte 7900 habitants dépourvus de ressources médicales depuis près de 15 ans. Pour certains, par exemple pour les personnes âgées ou les adolescents, il est très difficile de se rendre à une clinique «sans rendez-vous» située à 30 kilomètres de leur domicile. 

Évidemment, la coop de santé a pris un risque en oiuvrant la clinique avant l'arrivée d'un médecin. Mais pourtant, le plan d'affaires a été monté en collaboration avec l'organisation communautaire du CIUSS de la Capitale-Nationale. 

Le seul espoir des patients de Sainte-Brigitte-de-Laval serait désormais une intervention de la ministre de la Santé. Est-il normal que le système d’attribution des médecins provoque des situations comme celle-ci? Comment se fait-il que la population d’une ville ayant des besoins criants et ayant pris la problématique en main n’arrive pas, malgré des années d’efforts, à obtenir un médecin ou du financement public pour répondre à ses besoins en matière de santé?  

*Par transparence, je précise qu’un membre de ma famille fait partie du C.A. de la clinique. Ni cette personne ni moi-même n’avons d'intérêt financier dans cette organisation.