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Grand parleur, petit faiseur

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Oh qu’il parle bien, notre premier ministre fédéral ! 

Les droits des femmes, blablabla. 

L’environnement, blablabla. 

Les Premières Nations, blablabla. 

À l’aise, en contrôle, avec juste ce qu’il faut d’émotion. 

LES TEMPES GRISES 

Et que dire de son nouveau déguisement – cette barbichette poivre et sel qu’il a trouvée dans le fond de sa malle, entre un turban sikh, une tunique de fakir et une paire de babouches ? 

Ça lui sied à merveille, ajoutant à sa personnalité un je-ne-sais-quoi de sagesse et de maturité... 

Parti, le petit gars au nombril humide, place au chef d’État expérimenté ! 

Qui sait ? Dans six mois, on le verra peut-être avec une pipe, réfléchissant à voix haute sur l’état du monde devant un foyer, un atlas ouvert sur un guéridon... 

Bref, quand vient le temps de parler, notre Justin national n’a pas son pareil. 

Mais quand vient le temps d’agir, par contre, comme c’est le cas présentement avec le blocus des voies ferrées, notre PM est aussi à l’aise qu’un poisson sur une planche à repasser. 

Mais où est Justin ? 

Il est parti prendre son Bovril, voyons ! 

UNE SITUATION EXPLOSIVE 

Je sais ce que vous allez me dire... 

« L’affaire est pourtant simple : un citoyen désobéit à la loi ? Envoie la police l’arrêter, merci, bonsoir. » 

En théorie, effectivement, l’affaire­­­ est simple. 

Mais en pratique, ce ne l’est pas. 

Car les citoyens qui bloquent actuellement des voies ferrées et prennent le pays par les bijoux de famille sont des membres des Premières Nations. 

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Et en cette ère de rectitude politique exacerbée, où l’on grimpe dans les rideaux dès qu’un Blanc ose – ô scandale ! – faire des sushis dans sa cuisine, on ne badine pas avec les Premières Nations. 

Pas un gala, un spectacle ou un événement qui commence sans qu’un annonceur nous rappelle, sur un ton grave et dramatique, que « la performance que vous allez voir ce soir se déroule en territoire autochtone non cédé »... 

Alors, imaginez ce qui arriverait si la police chargeait dans le tas et arrêtait les fautifs ! 

Les images feraient le tour du monde en trois secondes et demie.   

« Regardez comment on traite les membres des Premières Nations au pays de Justin Trudeau ! L’ONU devrait s’en mêler ! » 

L’image de notre premier ministre­­­ volerait en éclats. 

Et il tient à son image, Justin. Après tout, c’est tout ce qu’il a... 

MARC GARNEAU IS IN THE HOUSE ! 

Donc, il tente de gagner du temps. 

D’autant plus qu’il est en Afrique, en train de faire ce qu’il aime le plus au monde : parler. 

La grandeur de l’Afrique, blablabla. 

La culpabilité de l’Occident, blablabla. 

L’importance de faire entrer le Canada au Conseil de sécurité, blablabla. 

Et puis, pourquoi rapatrier le PM quand Marc Garneau est si bien en selle, à Ottawa ? 

Il fallait voir le ministre du Transport pelleter ce problème dans la cour du Québec. 

Allez les arrêter, ces Amérindiens, ce n’est pas notre problème ! 

Ah non ? Le dossier des Premières Nations ne relève pas du fédéral ? 

Ben coudonc. 

Je suis peut-être alarmiste, mais je trouve (excusez l’appropriation culturelle) que toute cette histoire commence drôlement à sentir la lasagne...

ÉDITO DE RICHARD MARTINEAU