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La dérive autoritaire de Donald Trump ne donne aucun signe de s'arrêter

La dérive autoritaire de Donald Trump ne donne aucun signe de s'arrêter
AFP

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Au lendemain de son acquittement par le Sénat, Donald Trump ne donne aucun signe de vouloir abandonner l’idée que la Constitution lui donne le droit de faire tout ce qu’il veut en tant que président.  

Au moment du procès de Donald Trump, certains des sénateurs républicains qui ont voté pour l’acquitter croyaient que le président tirerait des leçons de son impeachment par la Chambre des représentants et de son procès au Sénat pour restreindre sa propension à accaparer tous les pouvoirs et tous les droits, en plus de freiner la dérive autoritaire de son administration. C’était des vœux pieux. Trump a déjà démontré qu’il n’en fera rien.   

Ce n’est certes pas la première fois que le président Trump pose des gestes visant à consolider son contrôle incontesté de l’ensemble des activités de l’exécutif, au mépris des normes et conventions, voire des lois elles-mêmes. J’ai écrit à ce sujet, entre autres, ici, ici, ici, et ici.  

Atmosphère de revanche  

Deux jours après son acquittement, vendredi soir, le président a annoncé le renvoi de son ambassadeur à l’Union européenne, Gordon Sondland, et l’expulsion du lieutenant-colonel Alexander Vindland de son poste d’analyste au Conseil national de sécurité. Le motif de ces renvois est assez transparent: ils ont défié l’interdiction du président de témoigner devant la Chambre des représentants et d’y révéler les faits dont ils avaient connaissance sur l’affaire ukrainienne, comme la loi l’exige. Le motif de ces renvois est assez transparent: vengeance. En même temps, le président a renvoyé un autre attaché militaire au Conseil national de sécurité dont la seule faute apparente est d’être le frère jumeau du lieutenant-colonel Vindland.  

Formellement parlant, bien sûr, le président a le droit d’embaucher et de renvoyer les membres de son personnel, mais dans ce cas-ci, il est évident que son objectif est la vengeance et l’intimidation d’autres employés de l’exécutif qui pourraient être tentés de faire passer la règle de droit avant les intérêts personnels ou politiques du président. La même volonté de vengeance est aussi évidente dans les nombreuses attaques que le président a dirigées envers Mitt Romney, le seul sénateur républicain qui a osé voter en faveur de sa destitution.   

Ces actions s’accompagnent de menaces anonymes qui ont été dirigées contre les personnes qui se sont placées en travers du chemin du président de la part de personnes qui prétendent agir à la défense d’un président qui n’a jamais fait d’efforts particuliers pour calmer les impulsions violentes de certains de ses partisans.  

Mépris de l’indépendance judiciaire  

Le plus récent épisode de dérive autoritaire de Trump est survenu mardi, alors que le président s’est épanché sur Twitter contre la peine recommandée par les procureurs fédéraux dans la cause impliquant son ami personnel et conseiller politique Roger Stone, reconnu coupable de plusieurs charges d’entrave à la justice et d’avoir menti au Congrès. Incidemment, ces actes criminels pour lesquels Stone a été reconnu coupable visaient explicitement à protéger Donald Trump. Dans ce cas, après que les procureurs ont recommandé une peine de sept à neuf ans de prison, en fonction des normes du ministère de la Justice, l’Attorney General William Barr est intervenu pour demander au juge de considérer une sentence réduite, après l’intervention publique du président. Les quatre procureurs fédéraux engagés dans ce dossier se sont immédiatement récusés de cette cause pour signifier leur profond désaccord et l’un d’eux a démissionné de son poste.   

Clairement, il s’agit d’une ingérence inappropriée du président et de Barr dans une cause criminelle, en violation flagrante de l’indépendance du processus judiciaire. Par-dessus le marché, le président a aussi émis des critiques à l’endroit de la juge qui devra statuer sur cette peine, dont la teneur peut être interprétée comme de l’intimidation. Les observateurs de la scène juridique aux États-Unis sont unanimes à dire que ces interventions pour dévier le cours de la justice en faveur d’un ami personnel et d’un allié politique sont un dangereux exemple d’ingérence et d’intimidation de la part du président.  

Ce n’est pas juste le comportement du président lui-même qui pose problème mais aussi l’apparente impunité que lui accordent tous les membres de son entourage politique. Par exemple, lorsqu’on demande aux sénateurs républicains qui avaient affirmé que Donald Trump avait retenu les leçons de son impeachment ce qu’ils pensaient de ce dernier épisode d’abus apparent du pouvoir présidentiel, la plupart d’entre eux refusent de dénoncer l’action du président.  

Au premier rang de ceux qui rendent possible et renforcent cette dérive autoritaire du président, il y a évidemment son ministre de la Justice, William Barr. Normalement, le titulaire de ce poste doit garder ses distances face au président pour assurer l’indépendance du processus judiciaire, mais William Barr a rendu clair depuis son engagement il y a un an qu’il entend pleinement satisfaire les attentes de Trump, pour qui l’Attorney General doit lui vouer une loyauté absolue. Tôt dans son mandat, le président avait dit souhaiter que l’Attorney General agisse comme son «Roy Cohn», en référence à son ancien avocat personnel qui s’était aussi fait une solide réputation de défendre des chefs du crime organisé (voir ici). Il l’ a trouvé.  

Une à une, Donald Trump teste les limites de sa conception du pouvoir présidentiel qui le place au-dessus des lois (voir ici). Il se targue également de commettre ces abus de pouvoir ouvertement et en public, par exemple lorsqu’il demandait à la Chine d’enquêter sur Joe Biden, en direct à la télévision. Le fait que les supporters du président dans son parti et dans les médias conservateurs refusent de critiquer ou de dénoncer ses actions les font paraître normales et acceptables, ce qui ne fait que consolider la nature autoritaire de sa gouverne.  

Chaque jour qui passe le rapproche de sa vision du pouvoir sans bornes et sans contraintes qu’il convoite, et l’assentiment tranquille des législateurs républicains qui ont abdiqué leur responsabilité de supervision du pouvoir exécutif ne fait que renforcer sa position. Il ne suffit plus de parler d’une dérive autoritaire: les moteurs sont en marche.