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L’éditeur américain McClatchy dépose le bilan, la presse américaine souffre

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NEW YORK | L’éditeur américain de presse McClatchy a annoncé jeudi son dépôt de bilan, nouveau signe des difficultés de la presse aux États-Unis, même si le groupe entend poursuivre son activité et restructurer sa dette. 

Spécialiste de l’information locale, l’entreprise créée dans la foulée de la ruée vers l’or en Californie, en 1857, contrôle 30 titres de presse aux États-Unis. 

Elle est notamment actionnaire principal du Miami Herald, du Sacramento Bee ou du Charlotte Observer. 

Le dépôt de bilan va lui permettre de renégocier sa dette, dont une bonne partie est héritée du rachat, en 2006, du groupe Knight Ridder, beaucoup plus gros que lui, qui lui avait permis de devenir le deuxième acteur de la presse régionale aux États-Unis. 

Prisonnier de cette dette, même réduite depuis, ainsi que du coût de son propre système de retraites, le groupe n’avait pas les reins financiers pour négocier la refonte de son modèle. 

À l’instar de la plupart des quotidiens locaux et régionaux, McClatchy a accéléré ces dernières années sa transition vers le numérique, mais aussi vers un modèle payant en ligne. 

En un an, il a quasiment doublé le nombre de ses abonnés à son seul service en ligne, pour atteindre plus de 200 000 actuellement. 

Mais selon des chiffres préliminaires publiés jeudi, McClatchy s’attend néanmoins à un chiffre d’affaires en baisse de 12% pour l’exercice 2019, plombé par la chute des revenus publicitaires (-19%). 

Le chiffre d’affaires publicitaire pèse désormais moins de la moitié de ce qu’il était il y a cinq ans seulement (-54%). 

Dans le même temps, le chiffre d’affaires provenant des ventes et des abonnements continue de se tasser (-5% entre 2018 et 2019), malgré la croissance des abonnements en ligne.

Un rapprochement avec un concurrent ? 

Dans le document soumis au tribunal fédéral des défaillances d’entreprises, à Manhattan, McClatchy a présenté une liste de mesures qui doivent permettre au groupe de poursuivre son activité et de sortir de la procédure de sauvegarde une fois la restructuration opérée. 

L’entreprise va notamment proposer à ses créanciers d’échanger certaines de ses obligations contre de nouvelles actions du groupe, convertissant de la dette en capital. Le groupe, dont la cotation n’a pas reprise jeudi, va être radié de la cote à la Bourse de New York, le New York Stock Exchange. 

Conséquence du plan de restructuration, la famille McClatchy, encore actionnaire de référence du groupe et détenteur de la majorité des droits de vote, va céder le contrôle aux créanciers, principalement la société financière Chatham Asset Management, premier créancier de l’entreprise. 

Sollicitée par l’AFP quant aux éventuelles conséquences pour l’emploi de ce plan, une porte-parole a indiqué qu’il n’y avait «pas de suppressions d’emplois ou licenciements associés à ce plan de réorganisation».  

Malgré ce discours optimiste, un rapprochement avec un autre groupe de presse majeur est prévisible à moyen terme, selon Joshua Benton, créateur du Nieman Lab, site sur l’actualité des médias rattaché à l’université d’Harvard. 

«Tribune est probablement le partenaire le plus probable», a écrit Joshua Benton sur Twitter. Le groupe Tribune, qui publie notamment le Chicago Tribune, le Baltimore Sun ou le New York Daily News, connaît une histoire chahutée depuis quatre ans, conséquence des difficultés de la presse régionale américaine. 

En novembre, la société d’investissement spéculatif Alden Global Capital a pris une participation de 32% au capital, devenant l’actionnaire de référence du groupe. Quelques semaines plus tard, l’éditeur a annoncé un plan de départs volontaires. 

L’heure est plus que jamais à la consolidation de la presse aux États-Unis. 

Le numéro un de la presse locale, Gannett, a lui été racheté pour environ 1,2 milliard de dollars, en novembre, par un autre groupe américain de médias, New Media Investment Group, pour former un mastodonte de plus de 250 publications différentes. 

Pour Dan Kennedy, professeur de journalisme à l’université Northeastern, le rachat par endettement et la pression des actionnaires compliquent encore le défi de la presse locale face à la nécessité d’évoluer vers un nouveau modèle. 

Les journaux qui ne font pas partie d’un groupe «trouvent un moyen de survivre», dit-il, citant le Boston Globe, le Minneapolis Star Tribune ou le Salt Lake Tribune. «Je souhaite bon courage aux journaux de McClatchy, mais le modèle du contrôle par un groupe a échoué».