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Les squelettes dans nos placards

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C’était il y a cent ans déjà. Battue, brûlée et affamée par sa belle-mère, le 12 février 1920, Aurore l’enfant martyre rendait l’âme à l’âge de 10 ans. Son histoire tragique résonne encore, et avec raison. Comment ne pas penser à la « fillette de Granby », que j’ai baptisée Rose ?

Morte à 7 ans le 30 avril dernier, elle aurait succombé, elle aussi, après des années de torture aux mains de son père et de sa belle-mère. À un siècle d’intervalle, Aurore et Rose, comme d’autres, auraient toutes deux été victimes d’abandon grave et généralisé.

Rose fut abandonnée par un « système » tout entier – DPJ, école, tribunaux, voisinage, etc. Aurore, par une société tout entière, peinant à l’époque sous le joug d’un clergé pédophile et misogyne et de pratiques incestueuses aussi cachées que répandues.

Abandon

Ça fait beaucoup de squelettes dans nos placards. La mort sordide de Rose aura tout au moins mené à la création d’une commission d’enquête sur les droits des enfants, présidée par Régine Laurent. L’espoir est qu’elle exposera enfin nos squelettes au grand jour. 

Cette étape sera cruciale si l’on veut vraiment offrir une meilleure protection à nos enfants. Car derrière ces morts violentes d’enfants, dont celles d’Aurore et de Rose, ils sont bien plus nombreux encore à continuer à vivre dans la souffrance, le silence et l’indifférence. 

S’il est vrai que la maltraitance a plusieurs visages, c’est bien de sadisme qu’il s’agit ici – ce plaisir pervers, sexuel ou pas, de faire et de voir souffrir, quelle qu’en soit la manière. Aurore et Rose en seraient mortes. 

Or, la mort intérieure existe aussi. Combien d’enfants, bien vivants de l’extérieur, ont néanmoins été éteints de l’intérieur par celui ou ceux qui les maltraitent, les ont violés, négligés ou dénigrés à répétition ? C’est pourquoi il faut sortir nos squelettes du placard pour mieux les terrasser. Courage à la commission Laurent.