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Au pays des eunuques

Au pays des eunuques
MARTIN ALARIE / JOURNAL DE MONTR

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J’essayais d’imaginer les réactions d’un François Legault encore dans l’opposition face à un Philippe Couillard qui se serait réjoui d’avoir pu sauver les meubles sans trop de garanties pour l’avenir dans le démantèlement de Bombardier. Il aurait crié à l’incurie de celui-ci et à la perte d’un autre siège social pour le Québec. Il se serait évidemment proclamé champion de l’économie et grand protecteur des sièges sociaux installés au Québec, ajoutant au passage qu’un gouvernement de la CAQ n’aurait pas laissé faire cela.

Occupant maintenant le poste de premier ministre, le nationaliste Legault souffre de la même impuissance que son prédécesseur. Il faisait du vent lorsqu’il siégeait dans l’opposition, aujourd’hui il est soufflé par les multinationales et le voisin étatsunien. L’accord de libre échange fera mal à l’industrie québécoise de l’aluminium et à son agriculture, mais le premier ministre somme les bloquistes de l’avaliser sans plus de protection pour les travailleurs et leurs conditions de travail. Il en sera de même éventuellement pour les travailleurs de Bombardier qui deviendront à la merci d’une multinationale étrangère. 

Il se réjouit à court terme de préserver des emplois et un certain niveau d’activités, mais l’histoire récente nous apprend qu’en échappant le contrôle de nos industries, elles sont à la merci des délocalisations décidées ailleurs. Bombardier n’a pas encore annoncé la vente de sa division ferroviaire à la multinationale Alstom, il sera toutefois intéressant d’entendre encore François Legault expliquer que c’est une bonne affaire. Lui si habile à pivoter sur lui-même après qu’il ait dit que l’avenir est dans le transport ferroviaire et que le futur de Bombardier serait plus radieux dans ce secteur d’activité.

Le premier ministre promettait un leadership économique, mais nous observons jusqu’à présent qu’il est beaucoup plus à la merci des décisions prises ailleurs. Il rêve de grands barrages pendant que nous vendons à l’étranger notre électricité en bas du prix qu’il en coûte pour la produire. Il appuie l’implantation d’une usine de liquéfaction du gaz naturel à La Baie et l’aménagement d’un gazoduc de plus de 750 kilomètres entre la région et le nord-est ontarien tout en prétendant vouloir prendre un virage vert. Il implore Ottawa de dégager les voies ferroviaires des blocus des autochtones, plutôt que d’y avoir remédier sur son propre territoire. Il n’est d’ailleurs pas évident qu’il résistera longtemps aux appels de son homologue albertain quant au transit à travers le Québec du pétrole issu des sables bitumineux! 

La conjoncture extrêmement favorable a permis à la CAQ de préserver les apparences d’un dynamisme économique mais à la fin de l’embellie, nous constaterons que la CAQ n’a pas fait la différence dans le développement du Québec. Comme le prédécesseur, elle navigue avec le vent et souvent sans gouvernail!