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Un blocus qui sème la panique

Chaque minute compte, insiste le Conseil du patronat du Québec pour montrer l’urgence d’agir

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Photo Agence QMI, André Paquette La gare de triage de Saint-Hubert, sur la Rive-Sud de Montréal, était remplie de wagons immobilisés vendredi.

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Les impacts économiques du blocus autochtone du réseau ferroviaire sont déjà immenses et même catastrophiques, selon des experts.

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La PDG des Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ), Véronique Proulx, qualifie le blocus actuel de « catastrophique » pour l’économie du Québec, et a sonné l’alarme à propos de l’état « de panique » dans lequel sont plongés plusieurs manufacturiers.

« À peu près tous les secteurs sont affectés par cette crise, affirme-t-elle. Le Canadien National (CN) a déjà annoncé des mises à pied, d’autres entreprises parlent de fermer ou de réduire leur production ; si rien n’est fait rapidement, c’est certain que la situation va empirer. »

Cette crise, qui dure depuis une semaine, a été provoquée par des manifestations d’appuis de communautés autochtones à la Nation de Wet’suwet’en, qui s’oppose au projet de gazoduc Coastal GasLink, en Colombie-Britannique. Depuis, tout le réseau de transport ferroviaire du pays s’en trouve sérieusement hypothéqué.

Paralysie

Des céréales de l’Ouest n’arrivent plus à être livrées dans les provinces de l’Est, des manufacturiers du Québec ne parviennent plus à expédier leurs produits vers l’Ontario et une entreprise de Bécancour prévient que la paralysie actuelle l’empêche de distribuer son chlore, essentiel aux usines de traitement des eaux du Québec.

Les alternatives sont on ne peut plus rares. Il y a, bien sûr, le transport par camion. Mais en plus d’être de 25 % à 35 % plus cher, l’industrie du camionnage fait déjà face à une sérieuse pénurie de main-d’œuvre. Dans les circonstances, Yves-Thomas Dorval, président et chef de la direction du Conseil du patronat du Québec, ne voit d’autres issues qu’une intervention rapide d’Ottawa pour protéger les entreprises et la population « de conséquences désastreuses ». « Et pour cela, dit-il, on ne parle pas de jours, mais bien d’heures. Chaque minute compte. »

Problèmes chez les forestières

L’industrie forestière est fortement dépendante du transport ferroviaire. Comme les entreprises du secteur forestier ne sont payées qu’à la réception des produits par leurs clients, certaines pourraient vivre des difficultés avant longtemps. « C’est comme une pizzeria qui n’aurait pas de livreurs, illustre Frédéric Verreault, directeur exécutif de Chantiers Chibougamau. Elle a beau faire des pizzas, si elle n’arrive pas à les livrer, elle ne sera jamais payée ! »  

Cloués au port

Parce que ses activités sont intimement liées au train, le port de Montréal n’échappe pas au blocus actuel. Des marchandises des Prairies, comme les grains et céréales, n’arrivent plus à joindre ses rives. De la même manière, des produits de l’étranger, normalement expédiés par rail une fois à Montréal, s’entassent sur les quais. « Ce n’est pas encore critique. Mais au rythme de 4000 conteneurs par paquebot, c’est certain que la situation ne pourra s’éterniser », dit sa porte-parole, Mélanie Nadeau. 

Au port de Québec, on estime que cette crise prive des citoyens et des entreprises de biens essentiels.

Des aliments bloqués sur les rails

En raison de la nature périssable de bon nombre de ses produits, le secteur agroalimentaire est particulièrement sensible à tout délai ou toute interruption de transport. La société Danone, à Boucherville, en sait quelque chose. Plusieurs de ses cargaisons de yogourt sont coincées sur les rails entre son usine et ses clients de l’Ontario et de l’Ouest. La situation ne paraît guère plus rose chez Olymel, où l’on qualifie la situation de « préoccupante ». 

Pénurie de gaz

Chez Supérieur Propane, ce serait une question « de jours » avant que les entreprises, les résidences, les hôpitaux et maisons de retraite ne commence à éprouver des pénuries. Cela dit, le ministre de l’Énergie, Jonatan Julien, a affirmé mercredi que le Québec dispose de « réserves suffisantes pour au moins 10 jours ». Les choses se présentent différemment pour Energir, dont l’approvisionnement en gaz de l’Ouest canadien lui provient de conduites souterraines.