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Qui a eu cette idée folle?

Soigner une fracture ouverte avec un diachylon.

Qui a eu cette idée folle?

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Comme vous, je suis témoin de cette vague de changements qui s’opère dans le milieu de l’éducation, notamment avec l’adoption récente de la loi 40. Or, si je prends le stylo aujourd’hui, ce n’est pas pour vous dire si je trouve que c’est une bonne ou une mauvaise chose, mais bien pour nous suggérer, quoi qu’il arrive, de ne surtout pas perdre de vue ce qui demeure le plus important : les enfants du Québec.  

 

On me dira, évidemment, que tout ce qui se fait en ce moment est nécessairement pensé pour le bien des élèves, mais c’est ici que j’aimerais rappeler un précédent texte que je vous ai proposé en 2018, intitulé la Déséducation tranquille, et qui témoigne de ma propre expérience dans le système d’éducation québécois.   

 

Qu’on souhaite réformer les grandes structures établies, soit, car ne manquons pas de rappeler également que sont notamment ces structures qui ont allègrement permis, depuis 25 ans maintenant, l’avènement de réformes et de programmes scolaires dilués, fragmentaires et hautement tendancieux, excluant, minimisant ou caricaturant tout ce qui sort de la perspective historique fédérale. C’est ce qui torpille, de cohorte en cohorte, toute forme possible de fierté nationale et qui vise à déposséder la nation québécoise de sa propre expérience et de sa mémoire.  

 

Maintenant, en toute logique, ne devrions-nous pas nous réjouir d’une telle entreprise de changement? Certes, depuis le temps, mais force m’est de constater que, plutôt que d’entendre parler de matières et de contenu, il est plutôt perpétuellement question d’élus, d’amendements, de comité-conseil, de transition, de centres de services, de communautés, de finances, de comptabilité et de gestion. J’ai beau tourner ça dans tous les sens, je ne peux m’empêcher de constater que nous semblons davantage disposés à parler de tout, sauf des élèves, de ce qui leur est enseigné, et de nos valeureux professeurs, les plus mal payés au pays, que notre inaction condamne à aller se briser aux pieds de la tâche. 

 

Pour chaque génération d’étudiants que l’on se permet de sacrifier sur l’autel de notre inconscience, de notre léthargie et de nos tergiversations, on ouvre toujours plus largement la voie aux voyous intellectuels, qui prennent aujourd’hui d’assaut les écoles et les universités à peu près partout dans le monde occidental. À ces idéologues qui séduisent l’esprit en pleine construction de nos jeunes, comme on les a toujours séduits, dans l'histoire, en tablant sur leurs peurs et leurs angoisses, pour mieux profiter de leur force de frappe naturelle. À ces mêmes voyous, à qui on offre, ici, de plus en plus de tribunes et de crédit sur les grandes plateformes d’information, et qui réintroduisent, sous l’égide de l’avancement des causes sociales parfaitement légitimes et souhaitables pour l’épanouissement de tous, des concepts nauséabonds et des idées d’un autre âge. Ceux-là mêmes qui profitent ainsi de l’ignorance programmée de notre relève pour lui vendre leurs prêches comme étant le nouvel évangile du progrès à suivre à la lettre. C’est la conséquence la plus grave et la plus directe du grand sabotage de notre système d’éducation. 

 

Laissez-moi poser la question sans gants ni détours : attendrons-nous vraiment jusqu'à ce qu’il soit trop tard? Pourquoi nous pensons-nous éclairés à soigner une fracture ouverte avec un diachylon? Pourquoi n’est-ce pas un fait admis, protégé et inviolable que notre jeunesse, notre si précieuse jeunesse, n’est pas un membre quelconque que nous pouvons nous permettre de laisser nonchalamment pourrir et trancher? Pourquoi persiste-t-on à nous bercer de l’illusion que nous pourrons survivre à sa perte, si nous laissons les choses dégénérer plus encore? 

 

Je me permets une humble mise en garde à ceux et celles qui jonglent présentement avec notre avenir à tous. Faites attention, car jamais rien n’aura sonné plus faux et désincarné que ceux qui se disent nationalistes, mais qui laissent les enfants de la nation à la merci de l’oubli et des idéologies fatalement étrangères à nos valeurs fondamentales.  

 

Quand j’étais petite, je m’amusais souvent à chanter « qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’école? ». Aujourd’hui, je crains que, s’il ne s’opère pas rapidement une réelle prise de conscience, si nous ne nous donnons pas le courage, l’ardeur et les vrais moyens pour conduire la véritable révolution scolaire que nous avons le devoir de mener, que nos futurs descendants ne puissent plus que tristement chanter « qui a eu cette bêtise folle un jour d’abandonner l’école? ».