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Bombardier: une longue saga politique qui prend fin

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La cote d’amour du géant industriel Bombardier dans le cœur des Québécois a fondu aussi rapidement que sa valeur boursière. L’image d’une entreprise qui a siphonné les fonds publics et réalisé des licenciements massifs tout en versant de généreux bonis à ses hauts dirigeants a marqué l’imaginaire collectif. Jeudi, le lien unissant Bombardier et la C Series a été officiellement rompu, mais Québec a encore une fois dû casquer en mettant de côté 600 millions $ dans son prochain budget en cas de perte. 

5 moments marquants 

2015 : 1,3 milliard d’argent public dans la C Series 

Alain Bellemare, Thomas Enders, alors PDG d’Airbus, et Philippe Couillard.
Photo Agence QMI, Joel Lemay
Alain Bellemare, Thomas Enders, alors PDG d’Airbus, et Philippe Couillard.

En pleine austérité budgétaire, alors que de dures compressions se font sentir dans les écoles et les hôpitaux, Philippe Couillard annonce une participation de 1,3 milliard $ canadiens dans la C Series. L’opposition dénonce immédiatement la manœuvre, puisque le gouvernement se retrouve avec 49,5 % des actions, mais uniquement dans la C Series, et pas dans les divisions plus payantes comme Bombardier Transport. Philippe Couillard a toujours défendu cet investissement. «Grâce à nous, Bombardier existe encore», s’était-il félicité en 2017. 

2016 : Des milliers d’emplois perdus​ 

Le PDG de Bombardier Alain Bellemare et l’ancien ministre Jacques Daoust, aujourd’hui décédé.
Photo Agence QMI, Michel Desbiens
Le PDG de Bombardier Alain Bellemare et l’ancien ministre Jacques Daoust, aujourd’hui décédé.

En 2016, Bombardier commence à faire mal paraître le gouvernement. Québec apprend que l’avionneur met à pied 7000 travailleurs, dont 2400 au Québec. Le ministre Jacques Daoust admet qu’il ignorait tout des mises à pied prévues par Bombardier lorsqu’il a fignolé l’entente financière avec la multinationale. À l’Assemblée nationale, les partis d’opposition font leurs choux gras de cette nouvelle, accusant Québec d’avoir négocié «en culotte courte», comme le répète le chef caquiste François Legault. 

2017 : Il faut aimer Bombardier, dit Couillard 

L’ancien premier ministre Philippe Couillard et l’ex-ministre Dominique Anglade.
Photo Agence QMI, Sébastien St-Jean
L’ancien premier ministre Philippe Couillard et l’ex-ministre Dominique Anglade.

«Il est clair que les Québécois doivent continuer d’aimer et de soutenir cette grande entreprise qui est chez nous», affirme Philippe Couillard. Il doit alors défendre l’entreprise, qui voulait hausser de 48 % la rémunération de sept de ses plus hauts dirigeants. Bombardier a partiellement reculé en reportant cette augmentation à plus tard en raison du tollé suscité dans la population québécoise. Un sondage du Journal révélait alors que 93 % des Québécois s’opposaient à la hausse de rémunération des grands patrons de Bombardier. 

2017 : La destinée de la C Series dans les mains d’Airbus 

Philippe Balducchi, PDG de la Société en commandite Avions C Series, et Guillaume Faury, président, Airbus avions commerciaux.
Photo Pierre-Paul Poulin
Philippe Balducchi, PDG de la Société en commandite Avions C Series, et Guillaume Faury, président, Airbus avions commerciaux.

Coup de théâtre : Airbus prend le contrôle sans y mettre un sou du programme de développement de la C Series, qu’elle renommera Airbus A220. Bombardier, étranglée par son endettement et prise dans une guerre commerciale avec le géant Boeing ne pouvait plus assurer l’avenir du projet qui lui a coûté 7 milliards $ américains.  

2018 : Des millions dans les poches des patrons de Bombardier 

Pierre Beaudoin, président du CA de Bombardier, et Alain Bellemare.
Photo Pierre-Paul Poulin
Pierre Beaudoin, président du CA de Bombardier, et Alain Bellemare.

En pleine campagne électorale, les dirigeants de Bombardier passent à la caisse en liquidant une partie de leurs options sur actions, encaissant près de 78 M$, révélait Le Journal. Philippe Couillard avait défendu cette décision : «Les grandes compagnies mondiales, cotées en Bourse, ont des pratiques de rémunération qui sont appuyées par le conseil d’administration. C’est comme ça que ça marche pour toutes les entreprises», avait-il dit. 

Les faits saillants de la saga  

  • En 2005, les gouvernements du Canada et du Québec prêtent près de 500 M$ à Bombardier. 
  • Le programme de la C Series est officiellement annoncé, il doit coûter près de 3 milliards $ US.  
  • La C Series, maintenant A220, a coûté au total près de 7 milliards $ US à Bombardier pour son développement. 
  • 3400 emplois au Québec sont préservés, selon le ministre Pierre Fitzgibbon. 
  • Le placement du Québec valait 1,3 milliard $ CA en 2015. 
  • En 2020, il ne vaut plus que 700 M$, selon le gouvernement Legault.