/weekend
Navigation

2Frères: complices sur scène, complices dans la vie

2Frères
Photo Chantal Poirier Érik et Sonny Caouette

Coup d'oeil sur cet article

SAINT-CÉSAIRE | Dans l’industrie de la musique québécoise, personne n’a connu plus de succès que 2Frères depuis que le duo a sorti son premier album, en 2015. Leurs chansons tournent en boucle à la radio, ils ont vendu 175 000 albums et ils sont demandés aux quatre coins de la province. Cette gloire soudaine aurait pu brouiller la relation entre Érik et Sonny Caouette. C’est le contraire qui s’est produit.  

Érik et Sonny Caouette
Photo Chantal Poirier
Érik et Sonny Caouette

«Il n’y a personne de qui je suis aussi proche et qui me connaît aussi bien que Sonny. Le succès a soudé notre relation. Nous sommes même beaucoup plus proches aujourd’hui que nous l’étions il y a quatre ans», déclare l’aîné, Érik, assis face à son frère cadet autour de l’îlot de cuisine de sa maison de Saint-Césaire, où la paire a donné rendez-vous aux représentants du Journal.  

Dans un milieu souvent impitoyable où les guerres d’ego peuvent détruire les plus fortes amitiés, voilà qui tient de l’exploit. Pendant qu’au Royaume-Uni, les célèbres frères Liam et Noel Gallagher ne cessent de s’insulter par médias interposés, dix ans après la fin d’Oasis, les frères Caouette, eux, font front commun comme jamais à l’approche de la sortie de leur troisième album, À tous les vents, vendredi prochain.        

«On le sait tous les deux qu’on peut se comprendre parce qu’on vit la même chose. Nos familles et nos amis essayent, mais tu ne peux pas comprendre quand tu n’es pas plongé là-dedans», précise Érik.        

Érik Caouette, l’aîné du duo : « Même si nous avons toujours été proches, cette vie nous soude encore plus. »
Photo Chantal Poirier
Érik Caouette, l’aîné du duo : « Même si nous avons toujours été proches, cette vie nous soude encore plus. »

Les feux chez Érik  

Même l’heure de route qui sépare la demeure ancestrale d’Érik de la résidence de Sonny à Sherbrooke n’est pas un obstacle au bon voisinage. Avec ses disques d’or accrochés aux murs, ses Félix alignés sur le piano et la rivière Yamaska qui coule à ses pieds, le nid d’Érik Caouette semble même faire office de quartier général des 2Frères.        

«On se voit relativement souvent en dehors du travail, juste pour le plaisir. L’été, ici, je fais souvent des feux...», lance Érik, aussitôt coupé par Sonny.

«En fait, tu fais tout le temps des feux», le taquine-t-il d’un air faussement exaspéré.        

«Ça permet aux cousines de se voir», note Érik, en pensant à sa fille et à celle de Sonny, qui ont toutes deux le même âge.        

Sonny Caouette, le plus jeune : « Nous passons beaucoup de temps ensemble. »
Photo Chantal Poirier
Sonny Caouette, le plus jeune : « Nous passons beaucoup de temps ensemble. »

Le pire : l’incertitude   

Compte tenu de leur agenda chargé – ils donnent environ une centaine de concerts par année au Québec en plus des séances de studio, des entrevues, etc. –, ces moments en famille et les quelques semaines de congé qu’ils s’accordent ici et là sont sacrés.        

«Le plus dur, c’est l’incertitude de notre horaire, confie Sonny. Il arrive que je prévoie passer une semaine avec ma fille ou aller voir ma blonde au Saguenay, puis j’apprends qu’un concert ou une entrevue ont été bookés. C’est pour ça qu’il y a des semaines où, à moins d’une estie de grosse patente, genre TF1 avec Michel Drucker, on ne prend rien.»        

Le studio entre deux concerts  

Érik et Sonny Caouette
Photo Chantal Poirier
Érik et Sonny Caouette

Il le faut. Parce que le succès commande de battre le fer quand il est chaud. Pour éviter les longs délais entre deux parutions et satisfaire les fans qui veulent les voir sur scène, l’album La route, sorti en 2017, et le nouveau-né À tous les vents ont été enregistrés entre deux concerts.        

Ça va tellement vite que «la nouvelle tournée commence le 20 février AVANT le dernier show de La route, qui est le 29», s’esclaffe Sonny.        

Le truc pour s’en sortir? Avoir de bons collaborateurs. Ainsi, pour boucler À tous les vents, les frères ont notamment fait appel aux précieux services d’un complice de la première heure, Steve Marin.        

«Si nous étions auteurs-compositeurs exclusivement et que nous devions écrire toutes nos chansons, ce serait différent, mais nous sommes majoritairement interprètes», dit Érik.        

«On a participé à deux chansons sur le nouvel album», précise son frère.        

«On a des gens qui travaillent à l’écriture des chansons pendant que nous sommes en tournée. Après, il nous reste à planifier des journées de studio, ce qui est assez simple parce qu’avec Sonny et moi, ça va vite», explique Érik.        

C’est ainsi que la roue du succès peut continuer de tourner.        

À tous les vents  

  

  • 3e album après Nous autres (2015) et La route (2017)        
  • Sortie : 21 février 2020        
  • Les chansons : À tous les vents (premier extrait), Faut que j’y aille, 100 fois (avec Steve Marin), Pour quelques heures, Recoller ton corps, Guérir nos mémoires, Mon ici, J’ai pas pu t’répondre, Tout en blanc, Grande personne, Snack-bar chez Raymond (chanson cachée)        
  • Paroles et musiques : Steve Marin, 2Frères, Gautier Marinof, Sébastien Lacombe, Reney Ray, Amélie Larocque, Martin Véronneau, Jonathan Painchaud        
  • Réalisation : Gautier Marinof        
  • En concert : le 20 février à l’Étoile Banque Nationale de Brossard                

François Pérusse à la rescousse        

Cachée au bout des dix chansons folk d’À tous les vents, il y a une surprise : 2Frères a enregistré avec François Pérusse une reprise de Snack-bar chez Raymond, un des classiques de l’humoriste. Fans finis, Érik et Sonny Caouette racontent «le coup dont ils sont le plus fiers» depuis le début de leur carrière.  

Érik : «Quelqu’un s’est réveillé à un moment donné. Juste dix tounes, c’est pas assez. Mais on avait fini. Nos high five de “good, on a un album” étaient déjà faits. On a pensé à plein d’affaires, comme Rosie, de Francis Cabrel. On ne savait pas. Rien ne sonnait comme une bonne idée. Ça aurait été du remplissage. On ne voulait pas faire une toune juste pour en faire une. Finalement, c’est Steve Marin (important collaborateur du duo) qui a proposé de faire une autre reprise de François Pérusse (les gars en ont déjà fait en spectacle). J’ai proposé mieux : demander à Pérusse si ça lui tente de la faire avec nous.»    

Sonny : «Nous étions confiants parce que je lui avais déjà demandé, à En direct de l’univers, si ça lui tentait d’écrire une toune avec nous. Pérusse fait des choses niaiseuses et drôles, mais quand t’écoutes bien ce qu’il compose, tout est propre. C’est un compositeur hors pair. On l’a donc appelé et il a dit oui tout de suite et [a proposé] de s’en venir chez lui.»        

Érik : «En trente ans de carrière, nous étions les premiers artistes, autres que lui, qui enregistraient dans son studio.»        

Sonny : «Nous étions à l’endroit où il a enregistré presque toutes les conneries qu’on entend sur ses disques.»        

Érik : «J’avais cinq ans tout le long que j’étais là. On enregistrait Snack-bar chez Raymond, et Pérusse me regardait et il avait l’air de triper. C’était gênant.»        

Sonny : «Moi, je trouvais ça drôle. C’est un gars extrêmement humble. Il n’a aucune idée de son impact sur le Québec. Pour lui, c’était un honneur de travailler avec nous.»        

Érik : «Ses enfants sont fans des 2Frères et quand il leur a appris qu’il allait faire quelque chose avec nous, ils capotaient. Moi, je lui disais : je pense que tu ne comprends pas. Toi, tu te souviens de ta vie avant 2Frères. Moi, je ne me rappelle pas ma vie avant Pérusse.»        

Comment le choix s’est-il arrêté sur Snack-bar?  

Érik : «Au départ, on voulait faire Chanson inégale, mais elle est moins connue. Finalement, tant qu’à en faire une connue, on a décidé de faire Snack-Bar. C’est LA toune de Pérusse.»        

Allez-vous la faire en concert?  

(Elle n’était pas prévue au programme mais après un bon 32 secondes de délibérations, ils conviennent qu’ils n’auront pas vraiment le choix.)        

Érik : «On va la faire. Anyway, on va se la faire demander.»