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Les cégeps n’ont toujours pas atteint les cibles que François Legault avait fixées... il y a 20 ans

QUEBEC-SUMMIT
Photo d'archives, PC Alors ministre de l’Éducation, François Legault s’était adressé aux délégués lors du Sommet du Québec et de la jeunesse le 22 février 2000, à Québec. Cette année-là, il avait demandé aux cégeps de faire passer leur taux de diplomation de 61 % à 76 % d’ici 2010.

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Pour la première fois au Québec, Le Journal publie un tout nouveau classement permettant de comparer la performance des cégeps en termes de diplomation.  


Les cégeps ont mis en branle un vaste chantier pour faire grimper leur taux de diplomation, qui n’a pas bougé depuis 30 ans, malgré les cibles gouvernementales, alors que la demande pour des travailleurs qualifiés ne cesse d’augmenter. En 2000, l’ancien ministre de l’Éducation François Legault avait demandé aux cégeps de faire passer leur taux de diplomation de 61 % à 76 % d’ici 2010.   

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Le réseau collégial n’y est pas parvenu, malgré la mise en place de «plans de réussite» et d’une foule de mesures qui en ont découlé.  

Bon an mal an, environ 64 % des étudiants qui entrent au cégep obtiennent leur diplôme deux ans après la durée prévue de leurs études.  

Or la grande majorité des emplois créés au Québec requiert maintenant au moins un diplôme d’études collégiales.  

«Il faut mettre le paquet pour faire augmenter la diplomation collégiale et universitaire, c’est un incontournable», affirme l’économiste Pierre Fortin.  

Depuis deux ans, la Fédération des cégeps réclame en vain une stratégie nationale en enseignement supérieur afin de donner un coup de barre à ce chapitre.  

Au cours des dernières années, les compressions et l’augmentation fulgurante du nombre d’étudiants à besoins particuliers sont venues s’ajouter aux nombreux défis du réseau collégial.  

«On est très bons»  

Or le taux de diplomation n’a pas fléchi pendant cette période, un «tour de force» dans les circonstances, selon Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps. «C’est parce qu’on est très bons», lance-t-il.  

La Fédération des cégeps a néanmoins mis sur pied, l’an dernier, son propre chantier sur la réussite au collégial afin de déterminer des mesures efficaces à mettre en place pour hausser le taux de diplomation, sur la base de données probantes. Il est toutefois trop tôt pour en arriver à des constats, indique-t-on.  

Par la suite, l’objectif sera de réclamer du financement supplémentaire pour mettre en place ces mesures, comme ce fut le cas avec le plan de lutte contre le décrochage, mis en place dans le réseau scolaire il y a une dizaine d’années, précise M. Tremblay.  

«Il n’y a pas de miracle, lance-t-il. S’il n’y a pas de ressources qui viennent appuyer ces efforts-là, on n’y arrivera pas.»  

Taux de diplomationdans les cégeps*  

Étudiants qui ont commencé le cégep en :    

  • 1991: 60,9 %  
  • 1992: 58,7 %  
  • 1993: 57 %  
  • 1994: 56,3 %  
  • 1995: 57,8 %  
  • 1996: 58,8 %  
  • 1997: 62,3 %  
  • 1998: 62,8 %  
  • 1999: 63 %  
  • 2000: 64,4 %  
  • 2001: 65,5 %  
  • 2002: 65,6 %  
  • 2003: 66 %  
  • 2004: 65,4 %  
  • 2005: 65,8 %  
  • 2006: 65,6 %  
  • 2007: 64,8 %  
  • 2008: 64,1 %  
  • 2009: 63,6 %  
  • 2010: 63,7 %  
  • 2011: 63,8 %    

* Il s’agit du taux de diplomation deux ans après la durée prévue des études, ce qui tient compte des étudiants qui ont obtenu un diplôme quatre ans après avoir commencé un programme préuniversitaire (durée prévue de deux ans) ou cinq ans après avoir commencé un programme technique (durée prévue de trois ans).  

Source : Conseil supérieurde l’Éducation, mars 2019  

  

Le nombre d’étudiants à besoins particuliers explose  


Le nombre d’étudiants à besoins particuliers a explosé dans les cégeps publics de la province : depuis dix ans, l’augmentation est de près de 1300 %. Et ce portrait ne représente que «la pointe de l’iceberg», selon un expert.Dans le jargon collégial, on parle d’étudiants «en situation de handicap» : ils ont un déficit d’attention, des troubles d’apprentissage, des problèmes de santé mentale ou un handicap physique.  

En 2007, on en comptait 1300, un nombre qui est passé à près de 18 000 en 2017. Ces jeunes représentent 11 % de tous les cégépiens, une proportion qui varie d’un établissement à l’autre.   

Tout un défi  

Cette augmentation repose sur une «bonne nouvelle», souligne-t-on à la Fédération des cégeps : ces jeunes sont plus nombreux à terminer leurs études secondaires et, par conséquent, à franchir les portes des cégeps.  

Mais ils représentent aussi tout un défi pour les établissements, qui peinent à leur offrir des services puisque le financement est loin d’avoir suivi la même cadence.  

«Les besoins sont immenses et on n’a pas les ressources nécessaires pour y faire face», affirme Yves de Repentigny, vice-président à la Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), qui représente 85 % des profs de cégep.  

Ce portrait chiffré est par ailleurs incomplet puisque plusieurs étudiants qui avaient un plan d’intervention au secondaire ne réclament pas de mesures d’aide rendus au cégep, souligne Simon Larose, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval.  

«Les collèges font un travail admirable pour offrir des services d’aide, mais on se demande à quel point l’adéquation entre les services et les besoins des étudiants est efficace. On n’a pas encore de réponse», affirme cet expert qui mène une recherche sur le sujet.  

Le Québec fait mieux que l’Ontario  

Selon des chiffres de Statistique Canada décortiqués par l’économiste Pierre Fortin, la proportion d’adultes de 25 à 44 ans qui détiennent un diplôme d’études de niveau professionnel, technique ou collégial est plus élevée au Québec qu’en Ontario, soit 44 %, comparativement à 33 %. C’est toutefois au niveau universitaire que le bât blesse : au Québec, la proportion des 25-44 ans qui détiennent un diplôme universitaire est de 35 %, comparativement à 39 % chez nos voisins ontariens. «La force du Québec, c’est le niveau collégial», lance M. Fortin.   

Un échec, pas de diplôme  

Selon des intervenants, le taux de diplomation «historiquement bas» du réseau collégial pourrait s’expliquer en partie par l’obligation de réussir tous ses cours pour terminer ses études, en plus de l’épreuveuniforme de langue. «S’il te manque un cours d’éducation physique parce que tu es tombé malade, tu n’as pas ton diplôme, illustre Richard Filion, directeur général du Collège Dawson. C’est une particularité qu’on ne retrouve pas à d’autres niveaux d’enseignement,ni au secondaire ni à l’université.»  

Plus d’argent pour les cégeps qui accueillent des étudiants faibles  

Un des premiers facteurs qui permet de prédire si l’étudiant obtiendra son diplôme collégial est son relevé de notes de l'école secondaire. Pas étonnant alors que les taux de diplomation soient plus faiblesdans les cégeps qui accueillent une majorité d’étudiants qui ont une moyenne générale faible au secondaire (69% et moins). Or la nouvelle formule de financement des cégeps prévoit maintenant une enveloppe de 3,5 millions $ pour donner un coup de pouce aux collègesqui accueillent une forte proportion d’étudiants plus faibles, un premier pas dans la bonne direction selon la Fédération des cégeps.