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La contribution des soldats noirs reconnue par les Pays-Bas

La contribution des soldats noirs reconnue par les Pays-Bas
Archives de la municipalité de Venlo (Pays-Bas)

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Je m’autorise une brève pause de la couverture de la scène politique américaine pour souligner la reconnaissance par les Pays-Bas de la contribution d’un bataillon noir à la fin de l’occupation allemande. 

Vous saviez probablement déjà que la discrimination et la ségrégation raciales ne sévissaient pas qu’au sein de la société américaine, on la retrouvait également au sein des troupes. 

Pendant la Deuxième Guerre, les bataillons de blindés étaient séparés, il y avait des unités pour les soldats blancs et d’autres pour les soldats noirs. Avant que ces derniers puissent faire leurs preuves, ils ont souvent été assignés à des tâches manuelles. Parmi ces travaux qui ne requéraient aucune compétence particulière, on retrouve le pénible travail de récupération des corps des soldats décédés au combat.  

Un projet de recherche mené depuis peu sur les Black Liberators (les libérateurs noirs) des Pays-Bas permet d’en apprendre beaucoup plus sur l’histoire des soldats de couleur. À l’origine de ce projet, on retrouve les efforts et la collaboration de l’historienne néerlandaise Mieke Kirkels et du soldat noir Jeff Wiggins. 

Wiggins appartenait à l’unité de soldats noirs qui a contribué à enterrer près de 20 000 soldats, dont 172 étaient des soldats de couleur. Fils de métayer du Sud, il s’était enrôlé pour échapper au Ku Klux Klan. Revenu au pays, il était déterminé à oublier ce chapitre de sa vie jusqu’à ce que Kirkels le joigne en 2003. Réticent au départ, Wiggins se confiera ensuite à l’historienne. Leurs échanges mèneront à la publication du livre From Alabama to Margraten: Memories of Grave Digger Jefferson Wiggins.  

La collaboration entre la Néerlandaise et l’Américain sera encore plus fructueuse puisqu’elle conduira l’auteure à poursuivre ses recherches et à inspirer d’autres chercheurs. C’est dans ce contexte qu’est né le Black Liberator Project. 

C’est donc ce dernier projet qui a mené aux commémorations de la semaine dernière à Washington. En présence d’un des rares survivants des unités de soldats noirs, les Pays-Bas ont remercié les soldats de couleur pour leur courage, leur sacrifice et leur détermination à faire triompher la liberté. 

Je me suis intéressé au parcours du survivant présent à la cérémonie. James W. Baldwin est maintenant âgé de 95 ans, mais sa mémoire semble encore très bonne et ses propos méritent notre attention. 

La contribution des soldats noirs reconnue par les Pays-Bas
Military Times

Si plus haut j’illustrais le rôle ingrat de Wiggins et des membres de son unité, avec Baldwin nous obtenons plus de renseignements sur les Noirs qui ont combattu. Il se remémore la libération de 23 villes! 

Ce qui contribue à l’importance du sacrifice, mais aussi au caractère paradoxal des soldats de couleur au sein des troupes, c’est que les droits pour lesquels on se battait en Europe, les Noirs eux-mêmes ne les avaient pas toujours aux États-Unis. 

Au-delà des historiens et des dirigeants, bien des habitants des Pays-Bas s’assurent maintenant de préserver le souvenir de la contribution des soldats noirs à la libération de leur pays. Des familles vont jusqu’à assurer elles-mêmes l’entretien des tombes de ceux d’entre eux qui ne sont jamais rentrés au pays. 

Si l’histoire de ces soldats vous intéresse, vous cliquez ici pour accéder à un article du site Military Times. L’histoire de la discrimination et de la ségrégation est toujours choquante, particulièrement quand on demande à gens de risquer leur vie pour préserver ailleurs des droits dont ils ne jouissent pas chez eux. Fort heureusement, on s’inspirera des soldats noirs pour ensuite mener la bataille de la reconnaissance des droits civiques aux États-Unis.