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La face cachée de Jean-Yves Duclos

Jean Yves Duclos
Photo Simon Clark Bien qu’il soit heureux en politique, l’enseignement manque beaucoup à Jean-Yves Duclos. « Enseigner, ça nous garde jeunes […] Ces jeunes-là ont toujours le même âge, et quand on les voit et les côtoie, on sent que l’espoir de notre société repose en eux […] Et cet espoir, ça commence par le milieu scolaire », confie-t-il.

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Sous des airs d’intellectuel sérieux doublés de l’image austère souvent accolée à son métier d’économiste, Jean-Yves Duclos, nommé président du Conseil du Trésor du Canada en novembre dernier, se révèle une personnalité éminemment humaine.  

On dit parfois que certaines personnes gagnent à être connues. C’est certainement le cas pour M. Duclos.    

Il est clair depuis son arrivée en politique, en 2015, que le ministre ne sera jamais l’as des phrases-chocs et des déclarations à l’emporte-pièce qui font la popularité de bien des politiciens. Et dont les médias raffolent.    

Réfléchi, il pèse ses mots, et n’est pas du genre à parler à tort et à travers. La transparence du député de Québec a même pu lui jouer des tours à ses débuts. Comme lorsqu’il a démontré, lors d’une entrevue avec Le Journal, une certaine ouverture pour le rachat du pont de Québec par le gouvernement fédéral.    

C’était deux mois après sa première élection. Le bureau du premier ministre s’était empressé de refermer la porte. Quatre ans plus tard, celle-ci s’est rouverte dans les négociations avec le CN, propriétaire de cette infrastructure indispensable pour l’économie de la région de Québec.   

Pour les fins de cette grande entrevue, Jean-Yves Duclos a choisi les locaux de L’Arche L’Étoile, centre de jour qui fait partie des œuvres de Jean Vanier, et qui se veut un lieu d’accueil pour les personnes handicapées intellectuellement en perte d’autonomie.    

« Ensemble, faire la différence », annonce la bannière de l’endroit, auquel M. Duclos est particulièrement attaché. Il aime cette philosophie qui consiste non seulement à accepter la différence, chez l’autre, mais à la valoriser.    

C’est l’un des premiers organismes que le député a d’ailleurs soutenus, et il y retourne dès qu’il le peut pour aider. Lors de la fête de Noël, il a participé au service des repas. Là-bas, les gens le connaissent bien, et son arrivée s’avère un véritable événement. « On l’aime, Jean-Yves », me dit l’un d’eux, Paul, le visage illuminé.    

« Ce sont des gens qui ont un don et qui nous enseignent beaucoup sur la vie, notamment sur comment s’épanouir avec ce que le ciel nous a donné », observe M. Duclos.    

Le ministre en compagnie de son ami Paul, qui fréquente L’Arche L’Étoile. « On l’aime, Jean-Yves », lance l’homme.
Photo Simon Clark
Le ministre en compagnie de son ami Paul, qui fréquente L’Arche L’Étoile. « On l’aime, Jean-Yves », lance l’homme.

Dans les gènes  

La politique fait en quelque sorte partie des gènes, dans la famille Duclos. « C’est ce que j’ai fini par comprendre », raconte celui dont les grands-parents et arrières grands-parents ont été impliqués en politique active.    

Mais surtout, les racines de son engagement en politique ont pris naissance à travers l’engagement de son père. Ce dernier a été conseiller municipal à Beauport, durant pas moins de 25 ans.    

« C’était de la politique de terrain, de proximité. Il recevait un appel le mercredi soir parce que la neige n’avait pas été ramassée, ou le samedi soir parce que des jeunes faisaient du bruit dans le parc, ou le lundi matin parce que la poubelle n’avait pas été ramassée. »   

Chaque fois, son père répondait avec beaucoup de chaleur, sans jamais perdre patience. La mère de M. Duclos a aussi représenté une source d’inspiration, tient-il à mentionner. Rassembleuse, elle « faisait de la politique familiale. Ça, c’est d’être bien ensemble, pas toujours d’être d’accord, comme en politique, on est rarement toujours d’accord. »   

Aîné d’une fratrie de trois enfants, M. Duclos a connu « une enfance lumineuse, dans une famille unie, de classe moyenne ». La famille élargie, de Sainte-Anne-de-Beaupré et Saint-Tite-des-Caps, était aussi très présente. « On allait souvent les voir, et on s’y sentait bien. C’étaient des familles chaleureuses. »   

Si M. Duclos a décidé d’étudier en économie, ce n’était pas tant par amour des chiffres que parce qu’il estimait que cette discipline représentait l’une des meilleures façons de réduire la pauvreté et la privation.   

Gandhi et Mère Teresa  

Plus jeune, le futur politicien était déjà préoccupé par des questions telles que la paix dans le monde, le développement, la lutte contre la pauvreté et les injustices. Il admirait beaucoup des personnages comme Gandhi et Mère Teresa. « C’est extraordinaire d’être si petit, mais d’avoir un si gros impact dans le monde. »    

Il a commencé son baccalauréat à Ottawa, où il a été recruté comme page pendant un an. Puis il a obtenu son diplôme en Alberta, avant de poursuivre à la maîtrise et au doctorat à la London School of Economics and Political Science.    

Premier de classe, il s’est vu attribuer des bourses d’études et a fait son chemin « sans beaucoup de moyens », surtout pour l’Angleterre, où tout était très cher. « J’ai appris à compter et à faire de petits budgets », dit celui qui avait acheté un vieux vélo parce qu’il estimait que le prix du métro était trop élevé pour ses moyens.   

À son retour au Québec, il a reçu plusieurs offres d’emplois, mais souhaitait s’établir à Québec. Il a donc accepté l’offre de l’Université Laval, où il a enseigné au département d’économique. Dans la famille, l’enseignement est presque devenu une tradition. Ses parents, ses beaux-parents, sa conjointe et sa sœur en ont fait leur carrière.   

Recruté comme directeur du département en 2012, il s’est attelé à favoriser une synergie entre des professeurs malgré des opinions divergentes. Il a aussi été titulaire d’une chaire de recherche sur les enjeux économiques des changements démographiques. Choisi comme vice-président de l’Association canadienne d’économique, il est élu président en 2015.   

Jean-Yves Duclos a choisi les locaux de L’Arche L’Étoile pour l’entrevue avec Le Journal. L’organisme est un lieu d’accueil pour les personnes handicapées intellectuellement en perte d’autonomie.
Photo Simon Clark
Jean-Yves Duclos a choisi les locaux de L’Arche L’Étoile pour l’entrevue avec Le Journal. L’organisme est un lieu d’accueil pour les personnes handicapées intellectuellement en perte d’autonomie.

Grande surprise  

Heureux dans une carrière florissante, Jean-Yves Duclos se laisse néanmoins tenter par l’idée d’organiser et de mener une campagne électorale dans Québec. Il a le déclic en écoutant Justin Trudeau mener un discours. Il était toutefois convaincu de n’avoir aucune chance de l’emporter, car le parti figurait loin dans les intentions de vote.    

Pour sa première campagne, le père de M. Duclos devient son « premier bénévole émérite », qui pose des pancartes et travaille très fort, avec une toute petite équipe. « J’avais posé beaucoup de pancartes pour lui [son père] quand il était conseiller municipal », lance-t-il, amusé.    

Le 19 octobre 2015, M. Duclos remporte ses élections. À sa grande surprise, mais aussi à sa grande satisfaction, cette victoire lui a permis de développer de profondes racines dans sa communauté et sa circonscription. Réélu en 2019 au terme d’une campagne difficile et d’un résultat serré, il y voit une « leçon d’humilité. Il ne faut jamais rien tenir pour acquis dans une campagne. »   

Le défi des libéraux dans ce nouveau mandat, souligne-t-il, consiste à accorder davantage d’attention aux particularités locales, alors que le mandat de 2015 était envisagé plus sous une lorgnette nationale.    

Comme politicien, une de ses forces, selon lui, c’est d’inviter les points de vue différents. En bon professeur d’université, il aime les débats d’idées qui permettent d’en arriver à un consensus plus éclairé.    

Après quatre ans comme ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, il devient président du Conseil du Trésor en novembre dernier. Il lui arrive de se sentir petit devant l’ampleur de la tâche, et ce, malgré sa grande maîtrise des chiffres. Toutefois, il vit très bien avec les sources de stress et accueille la suite avec enthousiasme.    

La politique, ça use, dit-on souvent. M. Duclos propose d’évaluer cette usure par la capacité des politiciens à écouter. Pour sa part, à partir du moment où il sentira qu’il n’a plus de plaisir à effectuer ce travail ni cette capacité d’écouter qui est nécessaire, il laissera la chance à quelqu’un d’autre.    

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

En rafale  

Défi constant  

La famille représente un aspect très important pour Jean-Yves Duclos. Sa conjointe et lui ont eu trois enfants, deux garçons et une fille, qui ont entre 16 et 21 ans. « Effectivement, la politique, c’est dur sur les familles et sur les couples. » Il applique donc le conseil d’un ancien politicien, qui lui avait recommandé de bien prendre soin de sa famille s’il souhaitait qu’elle soit toujours là après. « Prendre soin des gens qu’on aime, c’est super important, non seulement pour la suite, mais aussi pour bien faire sa job pendant ce temps-là. C’est mon équilibre. » Ainsi, sa conjointe et lui prennent soin de prévoir des moments ensemble, question de se retrouver. « Même chose avec nos enfants, pour qu’ils sentent qu’on continue à les aimer, même si je ne suis pas physiquement avec eux. » La technologie facilite aussi les choses à certains moments. Ainsi, il lui est arrivé de faire des mathématiques avec son plus jeune sur Facetime. Le ski de fond demeure aussi une activité familiale sacrée.   

Aider les pays du Sud   

Comme professeur et chercheur, Jean-Yves Duclos a cofondé en 2002 un réseau de recherche avec des gens du Sud. En lien avec ses préoccupations de jeunesse, il s’est demandé comment on pouvait utiliser nos outils économiques pour aider des pays en développement. Le réseau PEP, pour pauvreté et politique économique, existe depuis une vingtaine d’années, et compte 15 000 chercheurs. Pour un cours de macro-économie qu’il enseignait, il a aussi développé un jeu, Maxime, qui simulait les impacts économiques des décisions politiques.   

Amour du chant  

Suivant les traces de sa mère musicienne, Jean-Yves Duclos a chanté pendant une dizaine d’années dans les Petits Chanteurs de Charlesbourg. Il a chanté aux côtés de ses fils, moments père-fils privilégiés. Si ses tâches actuelles ne lui laissent évidemment pas le temps de s’adonner encore au chant, il lui est arrivé de se joindre à des chorales paroissiales le temps de quelques chansons. Le chant dans une chorale, c’est magique, exprime-t-il.    


À ne pas manquer ce soir sur les ondes de MAtv, à 19 h 30, le Carnet de Karine, à propos de Jean-Yves Duclos.