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Le hockeyeur devenu médecin

L’ancien des Remparts Marc-Antoine Carrier a trouvé sa voie dans la cardiologie

Carrier
Photo Jean-Francois Desgagnés Marc-Antoine Carrier

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La médecine a toujours occupé une place importante dans la vie de Marc-Antoine Carrier. Surnommé le « Doc » dans le vestiaire des Remparts de Québec, l’ancien défenseur trouve son bonheur quotidien dans les interventions qu’il mène pour changer la vie de ses patients.

Depuis qu’il a officiellement troqué le chandail de hockey pour le stéthoscope en 2013, Carrier a toujours foncé tête première vers son objectif ultime. L’automne dernier, il a appris qu’il était accepté à la spécialisation en cardiologie de l’Université Laval, une nouvelle étape de trois ans à l’issue de laquelle il pourra affirmer haut et fort qu’il a réussi.

« J’ai toujours eu un intérêt pour les sciences et ça s’est confirmé encore plus au secondaire en biologie. Depuis que je suis tout petit, je disais à la blague que si ce n’était pas le hockey, ça allait être la médecine », lance le principal intéressé en entrevue avec Le Journal dans son petit bureau de consultation de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ).

Son look décontracté avec les manches roulées de sa chemise à carreaux, son pantalon bleu et ses souliers parfaitement agencés ; Carrier ne ressemble pas à l’image qu’on peut se faire du médecin à l’hôpital. 

 Sans le savoir, son père Jérôme, un choix de cinquième ronde des Flyers de Philadelphie en 1983, a semé une graine chez le petit Marc-André, qui le voyait travailler d’arrache-pied comme médecin, tantôt le jour, tantôt la nuit, pour améliorer le sort des autres — quand cela était possible.

« Quand je jouais au hockey, on se déplaçait souvent sur la route et on était serrés dans le temps. Au lieu de s’arrêter sur le bord de la route pour prendre l’appel, mon père me faisait parler au téléphone avec les infirmières et on jouait au téléphone arabe. Je devais avoir 10 ans et je ne comprenais pas pantoute de quoi je parlais », se souvient Carrier en riant.   

Discipline formatrice

Ironiquement, à maintenant 27 ans, le natif de Saint-Michel-de-Bellechasse connaît lui aussi bien le jargon du métier. Si son père et lui discutaient abondamment de hockey à une autre époque, la médecine s’invite désormais naturellement dans les conservations lorsqu’ils se voient.

« Des fois au plus grand désarroi de ma copine et de ma mère ! Cela dit, ma copine est infirmière et complète sa thèse de doctorat à l’Université de Montréal, mais ce n’est pas son style de parler de médecine autour de la table. Quand mon père et moi sommes au même endroit, on est un peu attirés à discuter de nos cas », avoue-t-il.

Marc-Antoine Carrier (qui a disputé 84 matchs avec les Remparts) affirme que le hockey lui a enseigné des valeurs qui lui servent aujourd’hui dans l’exercice de son métier.
Photo d'archives, Daniel Mallard
Marc-Antoine Carrier (qui a disputé 84 matchs avec les Remparts) affirme que le hockey lui a enseigné des valeurs qui lui servent aujourd’hui dans l’exercice de son métier.

Les athlètes d’élite qui ont pris une autre direction au terme de leur carrière répètent souvent que le sport a été bénéfique dans leur nouveau parcours. Carrier, qui a disputé 84 matchs avec les Remparts lors des saisons 2011-2012 et 2012-2013, abonde dans le même sens pour plusieurs raisons.

« Le hockey est très formateur [...]. L’éthique de travail, la discipline et le fait de ne pas toujours avoir des commentaires positifs sur nos performances, on est habitués à vivre avec la critique et c’est quelque chose qui m’a aidé tout au long de mon parcours en médecine.

 « La médecine, oui, c’est un travail où tu es seul avec le patient, mais il y a une équipe autour de ça. L’équipe qui choisit les consultants, il faut être capable de communiquer ensemble et de faire un travail conjoint pour le bien du patient. Le fait d’avoir joué au hockey m’apporte beaucoup là-dedans », soutient le « Doc ».

 Moments spéciaux

 Si une visite chez le médecin réserve parfois des surprises, Carrier se fait un devoir d’être le plus transparent possible avec les personnes qui le consultent. Qu’il s’agisse d’une bonne nouvelle, d’un problème de santé ou, dans le pire des scénarios, d’une situation irréversible, il sait qu’il doit faire preuve de sensibilité avec ses patients.

« C’est gratifiant de sentir qu’on a un impact dans la vie des gens. Ce n’est pas seulement de dire les choses selon les instructions du livre, mais il faut aussi vulgariser aux gens pour qu’ils comprennent. Je ne veux pas qu’ils sortent en se disant qu’ils n’ont rien compris et que c’était du chinois pour eux. Il y a des gens que tu ne penses pas être capable d’aider tant que ça, et finalement, ils s’en sortent et retournent à la maison. »

Mais quand les soins ne suffisent plus, le médecin a un autre rôle à jouer.

 « La médecine, ce n’est pas toujours [le fait] de guérir les gens. Parfois, il faut leur faire comprendre qu’on ne pourra pas leur sauver la vie et voir comment ils réagissent avec ça. Parfois, ce sont des cheminements difficiles. On ne les encourage pas vers une direction ou une autre, mais on les accompagne dans leur choix de vie et le meilleur choix pour eux. »

Comme quoi le sport forme des champions de la vie.

Reconnaissance envers les remparts

Marc-Antoine Carrier ne sera jamais assez reconnaissant envers les Remparts, qui lui ont ouvert les bras alors qu’il croyait que sa carrière de hockeyeur était terminée.

Carrier a disputé une saison à l’Université Brown (NCAA) avant de jeter l’éponge puisque le hockey occupait trop de place à ses yeux alors qu’il s’attendait à une meilleure ouverture du programme situé dans le Rhode Island.

« Ils étaient peu conciliants avec mes études et il était temps que je prenne ma retraite et que je vienne à me concentrer à l’école. Puis, Patrick [Roy] a entendu par la bande que j’étais disponible et m’a offert la possibilité de mélanger réellement les deux », explique le futur cardiologue.

Carrier était vu un peu comme l’extraterrestre au sein du vestiaire de la formation québécoise. Dès qu’il avait du temps libre, à l’aréna ou dans l’autobus, il en profitait pour se plonger dans ses livres. 

« Je pouvais manquer certaines pratiques et je partais avant la fin de certaines pratiques. Et j’ai manqué certains matchs. Ils m’ont fait prendre l’avion pour aller à Baie-Comeau le mardi soir parce qu’ils revenaient plus tard le lendemain. Parfois, j’étudiais dans la salle de Steve [Bélanger, le thérapeute sportif] le vendredi après-midi pendant que tous les autres faisaient leur sieste ! »

Un choix facile pour Roy

 Copropriétaire à l’époque ainsi que directeur général et entraîneur-chef des Remparts, Patrick Roy n’a jamais regretté son choix d’avoir déroulé le tapis rouge pour miser sur Carrier.

« La priorité pour lui était les études et on voulait qu’il joue deux ans chez nous à 19 et 20 ans. On l’a fait voyager en avion pour aller à des matchs. On comprenait, et l’éducation a toujours été un aspect important pour nous. On pense que c’est important d’avoir un plan B dans la vie. Quand on est jeune, on ne réalise pas l’importance de ça, et dans son cas, ça faisait partie des choses qu’on lui avait vendues et on a respecté ça », a-t-il mentionné au Journal.

« Je remercie beaucoup le junior et les Remparts, car si ça n’avait pas été de leur compréhension, je n’aurais probablement pas pu jouer dans le junior majeur. Patrick m’avait dit qu’il était un gars de paroles et ça a été ça. C’est expérience de vie que je vais chérir pour le reste de ma vie », a reconnu l’ancien hockeyeur.