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[PHOTOS] Voici 10 maires qui ont marqué Québec à leur façon

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En 1663, le procureur général Jean Bourdon demande aux bourgeois et aux principaux habitants de la ville et de sa banlieue de se choisir un maire et deux conseillers. Le maire élu sera Jean-Baptiste Le Gardeur de Repentigny, et les conseillers seront Jean Madry et Claude Charron de La Barre. Ils ne seront en poste que... 38 jours.   

Par la suite, la ville sera gérée par un syndic. À partir de 1765, à la suite de l'administration militaire qui a suivi la Conquête, la ville de Québec est administrée par des juges de paix. Ce système s'avère toutefois inefficace.     

C'est pourquoi, en 1833, la ville est incorporée et reçoit une charte. Dorénavant, elle sera administrée par un maire et un conseil municipal choisi par la population lors d'élections.     

L'actuel maire Régis Labeaume est le 37e à occuper ce poste. Parmi tous ces édiles, certains ont laissé leurs traces par des réalisations d'importances, pour des premières auxquelles ils sont associés ou par des coups d'éclat pas toujours prestigieux.     

Voici 10 de ces maires.    

1) Elzéar Bédard, le premier maire    

Elzéar Bédard en 1842  par Antoine Plamondon, Art Gallery of Hamilton.
Photo Wikimedia Commons
Elzéar Bédard en 1842 par Antoine Plamondon, Art Gallery of Hamilton.

Elzéar Bédard est passé à l'histoire pour avoir été le premier maire de la ville de Québec. Cet avocat est élu par acclamation comme conseiller du quartier Saint-Louis le 1er mai 1833.     

À cette époque, le maire n’était pas élu par les électeurs, mais plutôt choisi parmi les élus par les conseillers. Jusqu’à la fin de son mandat le 31 mars 1834, il s’affaire à jeter les bases de la nouvelle administration municipale.     

Par ailleurs, de 1832 à 1836, il sera député de Montmorency et il appuiera généralement le Parti patriote. Il fera partie du groupe qui déposera les «92 résolutions» à l’Assemblée législative.     

Nommé juge à la Cour du Banc du Roi en 1836, il en est suspendu en 1838 par le gouverneur Durham en raison de sa sympathie envers les patriotes. Il défend sa cause en Angleterre et il reçoit une nouvelle charge en 1840.     

Il l’occupera jusqu’à sa mort, survenue en 1849.    

2) René-Édouard Caron, le maire de l'adversité    

René-Édouard Caron en 1871, Musée de la civilisation, fonds d'archives du Séminaire de Québec.
Photo Wikimedia Commons
René-Édouard Caron en 1871, Musée de la civilisation, fonds d'archives du Séminaire de Québec.

René-Édouard Caron est né à Saint-Pierre-du-Sud en 1800. En 1833, il est élu conseiller municipal du quartier du Palais.     

Dès l’année suivante, le Conseil l’élit maire par une seule voie de majorité. Il le demeurera jusqu’en 1836, puis de 1840 à 1846.     

C’est lui qui permettra aux citoyens d’assister aux séances du Conseil. Il établira également une réglementation pour maintenir des corps de policiers et de pompiers.     

À partir de 1833, le conseil municipal a siégé à différents endroits: au palais de justice de la rue Saint-Louis, à l'hôtel Albion de la rue Sainte-Anne, à la Maison des pauvres de la côte du Palais et même chez le maire Caron.     

C'est lui qui, en 1840, louera la maison de Thomas Dunn située au coin des rues Saint-Louis et Sainte-Ursule pour en faire le premier hôtel de ville.     

Sous son administration, Québec connaîtra des catastrophes tels l’épidémie de choléra de 1834 et les deux incendies de 1845 qui détruiront plus de la moitié de la ville.     

Lors de ces événements malheureux, il se distingue par une efficacité remarquable.     

De 1850 à 1853, il sera l’avocat de la Corporation de Québec, puis il sera nommé juge de la Cour supérieure, puis de la Cour d’appel.     

De 1873 à sa mort, survenue en 1876, il occupera la fonction de lieutenant-gouverneur du Québec. La rue Caron, dans le quartier Saint-Roch, rappelle sa mémoire.    

3) Narcisse-Fortunat Belleau, un nom prédestiné    

Narcisse-Fortunat Belleau en 1865 par William Notman, Musée McCord.
Photo Wikimedia Commons
Narcisse-Fortunat Belleau en 1865 par William Notman, Musée McCord.

Narcisse-Fortunat Belleau est né à Sainte-Foy en 1808.     

En 1846, il est élu conseiller du quartier Saint-Jean. Il siège alors aux comités des Chemins, des Règlements, des Édifices publics et du Gaz.     

Par la suite, les membres du conseil de ville le choisissent unanimement pour le poste de maire pour un mandat de deux ans, soit 1850-1851.     

Le legs de Belleau sera la construction d’un barrage et d’un château d’eau à Loretteville, la construction d'un aqueduc jusqu'à Québec, l’établissement d’une taxe d’eau et... la naissance de la dette municipale.     

Il contribue également à la construction d’une ligne de chemin de fer sur la rive nord entre Québec et Montréal.     

Il sera également actif sur la scène politique de la province du Canada: il sera conseiller législatif de 1852 à 1867 et conseiller exécutif de 1865 à 1867.     

En 1867, il est nommé lieutenant-gouverneur de la nouvelle province de Québec, le premier en titre. Aujourd’hui, la rue Narcisse-Belleau du quartier Saint-Roch rappelle sa mémoire.    

4) Joseph Morrin, le premier maire élu par la population    

Joseph Morrin en 1859, par Théophile Hamel.
Photo Wikimedia Commons
Joseph Morrin en 1859, par Théophile Hamel.

Le docteur Joseph Morrin est né en Écosse en 1794. Arrivé à Québec vers 1798, il débute sa carrière médicale en 1815 et il s’oriente vers l’aide aux immigrants. Ainsi, il contribue à l’ouverture de l’Hôpital de la Marine.     

En 1849, il est associé à la direction du nouveau bureau de santé. Il participe également à la création d’une école de médecine à l’Université Laval.     

À partir de 1836, il sera juge de paix, et ce, jusqu’en 1840, alors qu’il est élu échevin du quartier du Palais pour un mandat de deux ans. Il occupe à nouveau cette fonction de 1850 à 1855. Il sera évidemment actif au sein du comité de la santé.     

En 1855, ses pairs le choisissent comme maire pour un an. Puis en janvier 1857, il devient le premier maire élu directement par la population.     

Ses principales réalisations à titre de maire sont l’acquisition des berges de la rivière Saint-Charles, la création de la Cour du recorder (cour municipale), la construction des halles du marché Jacques-Cartier et l’élargissement de la rue Saint-Jean extra-muros. Il amorce également la réorganisation du service de police avec notamment l’ouverture de postes dans différents quartiers.     

De nos jours, le Morrin Centre de la rue Saint-Stanislas rappelle sa mémoire.    

5) Thomas Pope, un maire transparent    

Thomas Pope, Ellisson & Company
Photo d'archives, Ville de Québec
Thomas Pope, Ellisson & Company

Cet avocat d'origine écossaise est né en Ontario en 1825. Il établit sa pratique de droit à Québec dès 1849.     

En 1858, il est élu conseiller du quartier Saint-Jean avant de devenir le 11e maire de la ville de Québec en janvier 1861.     

À titre de premier magistrat, il prône une démocratisation du droit de vote. En effet, pour pouvoir voter, un citoyen éligible devait d'abord avoir payé ses taxes.     

Il déplore donc que les classes pauvres soient privées du droit de voter. Il dénonce également la corruption politique et il demande aux différents candidats de dévoiler leurs dépenses électorales. Il était en avance sur son temps.     

Il est mort en service le 29 juin 1863. Il sera le premier maire à avoir droit à des funérailles civiques.    

6) Adolphe Guillet dit Tourangeau, le maire des coups d'éclat    

Adolphe Guillet dit Tourangeau, The Canadian album : men of Canada.
Photo Wikimedia Commons
Adolphe Guillet dit Tourangeau, The Canadian album : men of Canada.

Adolphe Guillet dit Tourangeau est élu conseiller du quartier Saint-Roch en décembre 1862.     

En juin 1863, le Conseil le nomme maire pour terminer le mandat du maire Thomas Pope, décédé en service. Il est ensuite réélu et il occupera cette charge jusqu'en décembre 1867.     

C'est sous son administration que le tramway hippomobile fera son apparition dans les rues de Québec. En 1865, il faisait adopter un règlement interdisant le port de masque et de déguisement dans les rues, et ce, pour le bon ordre et la paix dans la cité de Québec. Son départ de la mairie a été mémorable.     

Il avait été réélu en janvier 1870, mais peu avant, la charte de la Ville avait été modifiée. On était revenu au système de l'élection du maire par les seuls conseillers.     

Au mois de mai, le Conseil doit donc entériner son élection, mais Tourangeau conteste la nouvelle charte. Lorsque les conseillers se présentent à l'hôtel de ville pour tenir l'élection, il refuse de les faire entrer et il s'y barricade avec quelques partisans. À bout de souffle et de vivres, il se rend trois jours plus tard.     

Il faudra attendre 1908 avant de voir le maire de nouveau élu directement par la population.     

La rue Tourangeau du quartier Saint-Sauveur rappelle aujourd'hui sa mémoire.    

7) Simon-Napoléon Parent, le maire des grands travaux    

Simon-Napoléon Parent
Photo BAnQ
Simon-Napoléon Parent

Simon-Napoléon Parent est né Beauport en 1855. À la suite de ses études en droit, il s'installe à Saint-Sauveur.     

En 1890, il est élu échevin du quartier Saint-Sauveur puis, en 1894, le Conseil lui confie le poste de maire, qu'il occupera sans interruption jusqu'en 1905.     

À cette époque, le cumul des postes était possible. C'est ainsi que de 1900 à 1905, il sera également premier ministre du Québec.     

Sous son administration, la ville de Québec connaîtra de grands travaux. En effet, il est à l’origine de l’aménagement du parc Victoria, inauguré en 1897.     

De plus, c'est lui qui fait construire l’hôtel de ville actuel et qui permet l’introduction du tramway électrique. Il contribue également à l’amélioration des installations portuaires et il ouvre la première bibliothèque publique.     

Enfin, il participe au projet de construction du pont de Québec et il amorce l'aménagement des plaines d’Abraham en parc public.     

Aujourd'hui, l'avenue Simon-Napoléon-Parent du quartier Saint-Sauveur rappelle sa mémoire.    

8) Lucien Borne, le maire de la modernité    

Lucien Borne, Fonds J. E. Livernois Ltée.
Photo BAnQ
Lucien Borne, Fonds J. E. Livernois Ltée.

Lucien Borne est né à Québec en 1884. Il gagnera sa vie en administrant la manufacture de cuir de son père.     

Il est élu maire en 1938 et il occupera cette charge jusqu'à la fin de 1953 en obtenant six mandats consécutifs. Il modernisera la ville.     

On lui doit le remplacement des tramways par les autobus; c'est lui qui accorde la première convention collective aux fonctionnaires municipaux; il fait construire le Colisée dans un temps record de neuf mois; il fait effectuer d'importants travaux d'égouts et la construction de l'usine de pompage de la basse-ville; il fait dessiner les nouvelles armoiries de la Ville; il crée un commissariat industriel et le parc industriel Saint-Malo; il ouvre une importante bibliothèque municipale; il commande le premier plan d'urbanisme de la ville de Québec.     

Son trésorier et gérant municipal était le comptable Christian Fontaine. On désignait donc ce tandem sous l'appellation de «l'administration Borne-Fontaine». Beau sobriquet municipal.     

De nos jours, la rue Borne située dans Saint-Sauveur et le centre Lucien-Borne rappellent sa mémoire.    

9) Jean-Paul L'Allier, le maire visionnaire    

Jean-Paul L'Allier
Photo d'archives
Jean-Paul L'Allier

Jean-Paul L'Allier est né à Hudson en 1938. Avocat de formation, il a été au service du gouvernement du Québec avant de se lancer en politique provinciale. Il a occupé plusieurs ministères dans le gouvernement de Robert Bourassa.     

Il est élu maire de Québec en 1989. Il occupera cette charge jusqu'en 2005, détenant ainsi le record de longévité pour un maire de la capitale. Son legs s'articule autour de deux grands projets.     

D'abord, la démocratie municipale. Il a mis sur pied des conseils de quartier pour donner la parole aux citoyens. Ensuite, il a revitalisé le quartier Saint-Roch, qui était à l'époque sous respirateur artificiel.     

Ainsi, il a rénové de nombreux bâtiments, il a créé de nombreux logements, il a consolidé la fonction commerciale, il a fait aménager le Jardin de Saint-Roch, qui porte aujourd'hui son nom, il a fait ouvrir des ateliers d'artistes tel le projet Méduse, il a démoli le mail Saint-Roch pour en refaire une rue commerçante et il a renaturalisé la rivière Saint-Charles.     

Il a été un visionnaire pour qui la culture et le patrimoine étaient des leviers de développement et de mise en valeur de la ville.     

Il est décédé en 2016.    

10) Andrée P. Boucher, la première mairesse    

Andrée Boucher
Photo d'archives
Andrée Boucher

Andrée P. Boucher est née en 1937. Elle avait une formation d'enseignante.     

Elle a d'abord été connue en politique dans la ville de Sainte-Foy, où elle est élue conseillère en 1984, puis mairesse en 1985, poste qu'elle occupera jusqu'en 2001.     

Femme opiniâtre, elle réussit à faire construire un nouvel hôtel de ville malgré le rejet du projet par la population à la suite d'un référendum. Sur la scène régionale, elle s'oppose presque systématiquement aux projets de la Communauté urbaine de Québec.     

Ainsi, elle est contre la construction d'un nouveau colisée, contre la tenue des Jeux olympiques d'hiver de 2002 et contre les fusions municipales, dont elle dira qu'il s'agissait du combat de sa vie.     

Malgré la fusion forcée, elle se présente à l'élection à la mairie de la nouvelle ville en 2005 et elle remporte une victoire personnelle éclatante, bien qu'elle n'obtienne pas la majorité des districts. Elle doit donc composer avec une forte opposition.     

Elle meurt en service en août 2007.     

À l'intérieur d'un si court mandat, elle ne peut pas réaliser beaucoup de choses. Néanmoins, elle annonce la mise en valeur du site archéologique de l'Îlot des Palais. Elle voulait en faire le legs de la Ville de Québec pour son quatrième centenaire. Son successeur, le maire Régis Labeaume, rejettera ce projet.     

De nos jours, l'ancien hôtel de ville de Sainte-Foy, aujourd'hui le bureau d'arrondissement, porte son nom.    

Un texte de Jean-François Caron, historien   

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Pour plus d'information, consulter: Les maires de Québec depuis 1833 de Réjean Lemoine et Louise Côté.